Il était une fois un chef d’oeuvre


Le Regard Libre N° 11 – Jonas Follonier

L’année 1968 marqua l’histoire des idées, de la chanson, mais aussi du cinéma. En effet, avec Il était une fois dans l’Ouest (C’era una volta il West), Sergio Leone n’avait plus à prouver la force du western italien apparu cinq ans plus tôt et dont il fut sans conteste le plus grand réalisateur.

Le bon, la brute et le truand, en 1966, avait déjà amorcé l’apogée du genre. L’apparition de gros plans au tout début du film suffisait à considérer l’art de Sergio Leone comme une révolution cinématographique. Toutefois, il serait fou de ne pas expliquer ces chefs d’œuvre, du moins partiellement, par la musique d’Ennio Morricone. Continuer la lecture de Il était une fois un chef d’oeuvre

Ontologie de la beauté

Le Regard Libre N° 12 – Sébastien Oreiller

Quand Nietzsche crut renverser la morale ancienne, la morale du bien et du mal, pour la remplacer par celle, plus exigeante, du bon et du mauvais, il ne fit que remplacer une philosophie du comportement, une philosophie éthique dirions-nous, par une moralité plus froide et plus distante, peut-être même plus dangereuse. Nous semblons avoir pris la fâcheuse habitude depuis vingt-cinq siècles, c’est-à-dire depuis Socrate et surtout depuis Platon, de lier l’essence au bien, de ne plus être capable d’admirer l’être en soi sans le rattacher, d’une manière ou d’une autre, à la perfection de l’acte humain, loin de là l’ingénuité morale qui avait marqué leurs prédécesseurs. Il me semble être une philosophie plus exigeante et plus noble, d’autant plus détachée des médiocrités quotidiennes qu’elle est elle-même intrinsèquement liée à l’être, je veux parler de la philosophie du beau en tant que tel.

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Quelle joie d’être juif !

Le Regard Libre N° 12 – Loris S. Musumeci 

L’Histoire du peuple juif est, dans ses épisodes les plus marquants, connue plus ou moins de tous. Il est du domaine de la culture générale que de connaître, en partie en tout cas, le récit de la création avec ses deux acteurs humains que sont Adam et Eve, ou encore le fol amour fraternel – accompagné de ses quelques difficultés – de Caïn et Abel, l’arche de Noé, la piété d’Abraham, l’esclavage en Egypte, Moïse qui fendit la mer, le petit David qui fracassa le grand Goliath, la noble sagesse du roi Salomon, mais également les différentes diasporas, les réseaux européens de Juifs dans les grandes villes depuis le Moyen Age, les ghettos, les persécutions, et, dans un passé bien récent, la tragédie de la Shoah.

L’image du mur des Lamentations à Jérusalem ainsi que la situation instable entre l’Etat d’Israël et la Palestine sont souvent les premières pensées qui surgissent à l’esprit lorsque le mot « judaïsme » est prononcé. La figuration d’un barbu jouant du violon, kippa sur la tête est assez présente aussi ; on pense également rapidement, dans une culture cinématographique francophone, au sympathique Rabbi Jacob ou aux gaffes et habitudes caricaturées des hilarants protagonistes séfarades des films La Vérité si je mens ! de Thomas Gilou. Au-delà de ces anecdotes qui font allègrement sourire et les Juifs eux-mêmes et les « goyims » – les non-Juifs –, l’intérêt du présent article serait, dans une humble démarche de découverte culturelle et spirituelle, celui de réaliser un premier pas vers la connaissance de l’essence juive, en d’autres termes, étudier une des multiples faces de l’expérience de judéité.

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Du cran, du cœur, victoire ! – Rencontre avec Philippe Nantermod

Le Regard Libre N° 12 – Jonas Follonier

Le valaisan Philippe Nantermod accède au Conseil national à l’âge de 31 ans. Son élection, le Chablaisien Philippe Nantermod la mérite par son engagement : vice-président des jeunes libéraux-radicaux suisses de 2007 à 2012 puis co-président de 2012 à 2013, député suppléant au Grand Conseil valaisan de 2009 à 2013 puis député, secrétaire général de l’Union des indépendants de 2012 à aujourd’hui… Son parcours pousse à l’admiration. Son slogan : « Du cran, du cœur, toujours. » Un mois après les résultats, Philippe Nantermod a répondu à nos questions dans son étude d’avocat, à Sion.

Jonas Follonier : Vous avez obtenu votre élection ; mais le PLR n’a pas obtenu ses deux sièges. Vous attendiez-vous à ce scénario ?

Philippe Nantermod : Je dirais que c’était une possibilité envisageable, mais malheureuse. Nous avons fait des erreurs stratégiques, des erreurs de travail. Pour le dire crûment, on n’a pas fait une bonne campagne. Mon élection est une victoire personnelle, mais un échec de groupe.

Comment interprétez-vous la nouvelle poussée de l’UDC ?

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Le bien social, pour tous ou pour chacun ?

Le Regard Libre N° 11 – Loris S. Musumeci

A vos urnes, prêts, partez ! Et le coup de revolver qui retentit dans le cœur de tout électeur. S’il est alors une période particulièrement intéressante pour s’interroger sur l’affaire publique, c’est bien celle-ci. Les chambres du national sont renouvelées. Très bien, mais à quoi bon ? Plus profondément, on peut aller jusqu’à se demander quel est le rôle de la politique. Philosophiquement, cette quête intellectuelle rejoint au plus intime d’elle-même la question du bien ; en le considérant, de toute évidence, au service du citoyen. C’est à ce point, en fait, qu’il devient autant complexe que difficile à penser. En effet, si l’on considère le bien social, il faut aussi réfléchir tantôt à la responsabilité politique du bonheur de l’homme – dans quelle mesure ce bien proposé pourra-t-il combler l’homme ? – tantôt au détachement du public face au privé au nom du respect de la liberté de chacun. De plus, en parlant du citoyen comme destinataire de ce bien, il est primordial de comprendre en quoi et comment il l’est. Cherche-t-on un bien pour tous, dans la collectivité et sans intimité, ou un bien pour chacun, dans la proximité, voire la filiation à l’Etat ? En somme, quel comportement du bien social ? Pour tous ou chacun ? Continuer la lecture de Le bien social, pour tous ou pour chacun ?

Gauche et droite ne veulent rien dire

Le Regard Libre N° 11 – Jonas Follonier

Gauche et droite. Les gentils et les méchants. Les pauvres et les riches. Les laxistes et les autoritaires. Que n’entend-on pas au café du commerce.

Depuis la Révolution française, la place des députés dans les rangs du sénat a figé pour ainsi dire les politiques en deux camps. Or il ne faut pas se leurer : la droite d’hier n’est pas celle d’aujourd’hui, de même que la gauche a bien changé. La raison est simple : gauche et droite renvoient au contexte du moment.

Comme depuis quelques décennies, l’économie détient une grande place au sein de la politique, la gauche et la droite renvoient à deux attitudes face au capitalisme : l’une critique, l’autre conservatrice, encore qu’il faille nuancer selon les partis. Continuer la lecture de Gauche et droite ne veulent rien dire

Décider de son avenir, une action délaissée aux vieux !

Le Regard Libre N° 11 – Nicolas Jutzet 

Le weekend électoral qui vient d’accoucher d’un Rechtsrutsch n’a, une nouvelle fois, que modérément mobilisé un corps électoral aux abonnés absents. 48,41 %, c’est le taux de participation. Soit à peine moins que les 48,5 % de 2011, mais toujours en dessous de la symbolique barre des 50 %, franchie la dernière fois en… 1979. Malheureusement, les détails de la participation par tranches d’âge ne tomberont que dans quelques mois. Dans l’attente de la confirmation précise des résultats, nous pouvons tirer des conclusions en nous appuyant sur ceux parus en 2011.

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Quid des élections fédérales ?

Le Regard Libre N° 11 – Sébastien Oreiller

Le 18 octobre est passé, le deuxième tour pour le Conseil aux Etats se fait attendre. Pourtant, la scène politique suisse est déjà définie : la droite sort gagnante, l’UDC surtout, le PLR ensuite. Tout le monde connaît le scénario de la prochaine législature : alliance entre les deux partis, majorité au Parlement, un conseiller fédéral en plus pour le premier parti de Suisse, indépendamment de la position, volatile, du PDC.

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« Phèdre » en Valais – Rencontre avec Stéphane Albelda

Le Regard Libre N° 11 – Jonas Follonier

Professeur de littérature, musicien, Stéphane Albelda est aussi metteur en scène : il dirige depuis 2006 la troupe du Lycée-Collège des Creusets à Sion (Valais) et assure la mise en scène de nombreux autres spectacles. En 2015, il a monté la tragédie « Phèdre » de Racine, un classique qui a eu du succès dans la capitale valaisanne.

Jonas Follonier : Pourquoi le choix de Racine ? Etait-ce la première fois que vous vous attaquiez à une tragédie classique ?

Stéphane Albelda : C’est la première fois que je me suis attaqué à une pièce en alexandrin. C’est une telle entreprise que j’y ai toujours renoncé. Mandaté par le Théâtre des Collines, je m’y suis rendu pour refuser leur proposition. Mais la rencontre humaine m’a fait changer d’avis et a précédé l’entreprise artistique : il s’agit d’une troupe extrêmement hétérogène, de milieux différents et d’expériences différentes. Le fait que ces gens se soient fédérés pour faire vivre un texte classique m’a touché et a laissé augurer une entreprise pure.

Quels sont les grands défis dans la mise en scène d’une tragédie de Racine ?

Il y a deux défis majeurs. Le premier porte sur le sens : que raconte Phèdre ? Que raconte un mythe au XXIe siècle ? On sait que les mythes ont une parole fondamentale. L’enjeu de la mise en scène consiste à trouver le pont entre un texte et un public actuel. Le deuxième défi est formel : comment révéler la langue de l’alexandrin aujourd’hui ? Car il faut la garder : je ne crois pas aux processus de modernisation par la destruction. Pour que l’alexandrin se révèle, il faut une certaine écoute. L’effet contemporain s’est surtout porté sur les césures : en les travaillant bien, le jeu des silences devient fondamental. Il s’agit donc d’un grand travail sur le rythme. Ce travail se rapproche de celui du chef d’orchestre, qui doit faire jouer de manière actuelle une composition classique ou baroque. Continuer la lecture de « Phèdre » en Valais – Rencontre avec Stéphane Albelda

Il y a deux cents ans : Frédéric Gard (1767-1848)

Article inédit – Sébastien Oreiller

L’histoire, selon Nietzsche, s’arrête pour bien des hommes à l’époque de leur grand-père. En cette année où nous fêtons le bicentenaire de l’entrée du Valais dans la Confédération, année de mémoire et d’identité, il me semble de mon devoir de rendre honneur à un ancêtre, Frédéric Gard, qui, député du dizain d’Entremont, avait voté l’union du Valais avec la Suisse.

Né en 1767 dans une dynastie de notaires bagnards, Frédéric Gard sert d’abord en tant que capitaine au service d’Espagne, avant d’occuper la charge féodale de banneret et capitaine d’Entremont.[1] A l’évidence, l’engouement pour les idées libérales le saisit assez rapidement puisqu’il prend déjà part à la révolution bas-valaisanne de 1798 en tant que membre du comité général des communes du Bas-Valais (gouvernement indépendant[2])[3]. Qui plus est, son frère, le docteur et chevalier Arnold Gard, connu pour avoir introduit la vaccination en Valais[4], épousera une nièce du grand-bailli de Rivaz[5], acteur majeur et parfois infortuné de cette période révolutionnaire. Continuer la lecture de Il y a deux cents ans : Frédéric Gard (1767-1848)

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