La Russie est-elle redevenue une puissance mondiale ?

Le Regard Libre N° 26 – Clément Guntern

Ces dix dernières années, est réapparu sur la scène internationale un acteur que beaucoup d’Etats avaient oublié depuis la chute de l’Empire soviétique : la Russie. Depuis le début des années 1990, l’hégémon américain a fait oublié qu’avant l’hyperpuissance, il y avait deux superpuissances. On a parlé du retour de la Russie sur le plan mondial avec ses interventions à l’étranger ou parfois loué son activité sur la scène internationale face à l’inactivité de l’Occident. Est-il pourtant vraiment question d’un véritable retour en force de la Russie au niveau mondial ou est-ce une puissance de façade, bruyante mais peu constructive ?

Tout d’abord, il s’agit de définir les contours du concept de puissance d’un Etat ainsi que de puissance mondiale. La puissance n’existe que dans la relation d’une personne à une autre. C’est-à-dire la capacité qu’a une personne (dans notre cas un Etat) à soumettre sa volonté à autrui. Mais cette capacité d’un Etat peut être comprise de plusieurs façons. Premièrement, un Etat peut être puissant parce qu’il possède une force militaire supérieure à son ennemi. Deuxièmement, la puissance étatique peut être comprise comme économique, avec une forte capacité de production ou la possession de ressources stratégiques comme les hydrocarbures. Ainsi, plus son économie est développée ou stratégique, plus un pays est puissant. Un autre aspect de la puissance est ce que l’on appelle la  « soft power », ou puissance douce. Il s’agit d’une forme de puissance intangible mais qui pourtant se retrouve tous les jours dans la politique mondiale. La puissance douce consiste en la capacité d’un Etat (ou d’autres formes d’organisations : ONG, organisations internationales, entreprises, etc.) à faire changer de comportements d’autres Etats, les mener à penser différemment de manière indirecte, en douceur. Ces différentes définitions de la puissance étatique vont nous permettre de définir si oui ou non la Russie mérite le qualificatif de puissance mondiale. Continuer la lecture de La Russie est-elle redevenue une puissance mondiale ?

« Life – Origine inconnue »

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 1er mai 2017, 20h30 – 21h00

« Bonsoir Lune. Bonsoir Terre. Bonsoir Etoiles. »

Mission Mars, vaisseau Pèlerin I. L’équipage à bord joue ses dernières cartes pour intercepter un satellite qui contient du sable de Mars. C’est fait ! Petit pas pour l’homme et grand pas pour l’humanité. Gloire si l’on décèle la première forme de vie extraterrestre dans la substance martienne. Un être apparaît bel et bien, sous forme unicellulaire. L’exploit est suivi depuis Times Square. En connexion avec les astronautes, les élèves d’une classe new-yorkaise annoncent sur un plateau télévisé le nom qu’ils ont choisi pour la petite bête déjà attachante : Calvin.

Le Britannique Hugh (Ariyon Bakare), responsable du laboratoire d’analyses, stimule la créature en quarantaine sous le regard émerveillé de ses collègues. Elle lui caresse tendrement le doigt à travers le gant plastique traversant la vitrine. Mais la caresse se transforme en poignée violente, qui serre toujours plus, sans sembler vouloir se détacher. La main est broyée, Calvin s’échappe furtivement de son vivarium. L’ingénieur Rory (Ryan Reynolds) plonge dans la salle, sauve son confrère et verrouille de l’intérieur la porte vitrée pour ne pas mettre en danger les autres. Rory ne sortira jamais de ce laboratoire. Il est dévoré intérieurement par le nouvel ennemi qui lui a sauté dans la bouche. Gouttes de sang en apesanteur, bras étendus comme le crucifié. Calvin comporte désormais un haut danger pour les scientifiques du vaisseau. Pas question de rentrer sur Terre avec cette chose. Il faut l’éliminer.

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L’amour comme ciment du religieux

Le Regard Libre N° 26 – Léa Farine

« L’âme du philosophe veille dans sa tête. L’âme du poète vole dans son cœur. L’âme du chanteur vibre dans sa gorge. Mais l’âme de la danseuse vit dans son corps tout entier », écrit Khalil Gibran dans son poème « La Danseuse ».

Nombreux sont les courants de pensée, ou religieux, qui reconnaissent le corps comme un véhicule où, véritablement, l’âme peut se déployer pour entrer en contact avec Dieu. Le salut, alors, passe par l’incarnation : aucune libération n’est possible après la mort puisque cette libération a besoin du corps pour s’opérer, par l’ascèse, par la danse, par l’érotisme peut-être.

Créatures et créateur

Bien loin de cette conception, l’islam et le christianisme perçoivent le corps de manière différente, pour des raisons théologiques et historiques incontournables. Dans chacun de ces deux grands monothéismes, la rédemption intervient seulement après la mort. Si le contact avec Dieu peut toutefois s’établir, c’est à travers une distance immense car Dieu est souffle, verbe, mais jamais chair. Corps et âme ne peuvent se rejoindre car, par définition, Dieu est « tout ce qui n’est pas le corps » et la matière est « tout ce qui n’est pas Dieu », puisque la création ne peut se confondre avec le créateur. Dieu ou une parcelle de Dieu peut habiter un corps, ou le visiter durant l’existence physique d’un être, mais l’être ne peut pleinement retourner à Dieu tant que ce corps existe. Continuer la lecture de L’amour comme ciment du religieux

François Mitterrand, prince de l’ambiguité

Le Regard Libre N° 26 – Nicolas Jutzet

La vie du Charentais de la Nièvre est assurément romanesque, faite d’intrigues et de manœuvres machiavéliques. Il laisse une image brumeuse, avec des zones d’ombres vite oubliées par ceux qui, aujourd’hui encore, parviennent à s’enorgueillir d’être mitterrandistes. Une constante apparaît : son action est inlassablement guidée par une soif de pouvoir qui finira par le voir triompher de la mort. Clairement, la politique prime sur l’idéologie ; il n’a pas l’esprit de système. Bien souvent chez lui, la fin justifie les moyens.

Mitterrand ne serait pas Mitterrand si son parcours n’était que manigance et coup bas. Cet homme fit preuve de bravoure et d’éloquence, n’hésitant pas à affronter le peuple ou l’opposition quand l’intérêt supérieur de la France semblait le mériter. Un courage qui fait aujourd’hui défaut à ceux qu’il présupposait comme insignifiants en affirmant : « Je suis le dernier des grands présidents. Après moi, il n’y aura plus que des financiers et des comptables ». Il importe de tordre le cou à cette allégation. En effet, Valéry Giscard d’Estaing, son prédécesseur, était déjà ce qu’on peut appeler un comptable-financier qui, en plus d’autres qualités reconnues, excellait dans les domaines de l’économie et des finances qui suscitent au mieux le mépris dans l’esprit de son successeur. Continuer la lecture de François Mitterrand, prince de l’ambiguité

Rencontre avec Philippe Zumbrunn, l’homme le plus fou de jazz

Le Regard Libre N° 28 – Jonas Follonier

Cheveux blancs tirés en arrière, lunettes jaune rétro sur le nez, moustache et, si on a de la chance, cravate extravagante. Les milieux de la radio suisse romande et du jazz le reconnaissent aussitôt. Philippe Zumbrunn, huitante-six ans, est une véritable mémoire vivante. Passionné de jazz et de radio, il est l’initiateur technique de RTN, le fondateur de Radio Framboise (et des annonces radars), mais aussi un photographe bien connu pour avoir immortalisé les grandes figures du jazz il y a plus de soixante ans. Durant tout le mois d’avril, on peut découvrir une sélection de ses plus belles photographies exposées à la Galerie YD, à Neuchâtel, dans le cadre de Jazzzed, un festival construit sur le surnom de Philippe Zumbrunn : Z. Rencontre dans les lumières sombres du Bar King à Neuchâtel.

Jonas Follonier : De quelle époque datent les photographies que vous exposez en ce moment à la Galerie YD ?

Philippe Zumbrunn : Ce sont surtout les photographies de mes débuts. Pour une raison simple : ce sont les plus rares. Elles mettent en lumière des monstres du jazz, qui tous sont morts actuellement, à savoir Louis Armstrong, Billie Holiday ou encore Lionel Hampton. J’ai eu la chance de les côtoyer dans les années 1950. J’avais vingt-et-un ans lorsque j’ai pris ma première photo de jazz ; c’était en 1952. J’ai donc démarré très vite.

Cette exposition doit être importante pour vous. D’où est venue l’idée de ce projet ?

Cette exposition a d’abord eu lieu pendant trois mois à la FNAC de Lausanne. Ce fut l’événement déclencheur. Cela fait au moins trois ans que Denis Juvet, le propriétaire de la Galerie YD, me parle de son projet de monter une exposition-festival sur le jazz avec une série de concerts et de témoignages. Tout cela a mûri, et le résultat est très satisfaisant. Continuer la lecture de Rencontre avec Philippe Zumbrunn, l’homme le plus fou de jazz

« Lion », une ode bouleversante à la fraternité

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 1er mai 2017, 20h30 – 21h00

Bouleversant. Tel est l’adjectif sans doute le plus adapté à ce drame tiré d’une histoire vraie. Lion raconte le destin incroyable du jeune indien Saroo, cinq ans, qui se retrouve enfermé dans un train après avoir perdu de vue son frère Guddu. Les portes du wagon ne s’ouvriront que 1500 kilomètres plus tard, à Calcutta. Après des jours d’errance, le jeune garçon est intégré à un orphelinat avant d’être adopté par un couple d’Australiens.

Vingt ans plus tard, Saroo traverse une crise existentielle et cherche à retrouver son village natal avec l’aide du logiciel Google Earth et des quelques souvenirs qui lui restent de cette fameuse nuit où tout a basculé. Cela fait trop longtemps qu’il est rongé par le désir de retrouver sa mère et son frère biologiques. De tout son coeur, il veut que sa première famille sache qu’il va bien, même après toutes ces années.

La première partie du film, présentant au spectateur l’histoire hallucinante du petit garçon depuis le soir où il a été séparé de son frère jusqu’au jour où il va rencontrer ses parents adoptifs, constitue un chef d’oeuvre à elle toute seule. Les lumières sombres, l’omniprésence de la ferraille, les bruits inquiétants du train, tout est traité sous le regard de l’enfant. Le spectateur se retrouve dans un véritable cauchemar, extrêmement bien mis en scène, où le wagon se transforme en prison ; les hommes en monstres ; et le temps, et la faim, et la soif, en supplices. Continuer la lecture de « Lion », une ode bouleversante à la fraternité

Le paradoxe du succès de Jean-Luc Mélenchon

Regard sur l’actualité – Jonas Follonier

C’est le nouveau rebondissement qui s’ajoute à cette campagne présidentielle hors du commun. Devancé par Benoît Hamon il y a quelques semaines, Jean-Luc Mélenchon est désormais le troisième homme dans la course à l’Elysée (de 18% à 20% selon les sondages), derrière les deux favoris Marine Le Pen et Emmanuel Macron qui peinent à se maintenir à leur hauteur et devant François Fillon qui se situe à environ 17%. Bien que les sondages – cela s’est avéré ces derniers temps – peuvent être démentis le jour de l’élection, ils donnent néanmoins de bonnes indications sur la tendance du moment.

Cette tendance, nous pouvons la comprendre. Jean-Luc Mélenchon mène en effet une campagne très intelligente, et plusieurs éléments semblent susceptibles d’expliquer sa rapide remontée. Tout d’abord, sa constance et sa précision : tenant le même discours depuis le début de la campagne, Mélenchon est le premier à avoir présenté son programme aux Français et à l’avoir chiffré. Sa franchise aussi. S’il s’avère impossible de sortir d’une manière ou d’une autre des traités européens, son plan B est clair : la France quittera l’Union européenne. Sur ces sujets, la candidate frontiste est par exemple plus ambiguë. Continuer la lecture de Le paradoxe du succès de Jean-Luc Mélenchon

Le djihad au féminin – Rencontre avec Noémie Merlant

Le Regard Libre N° 26 – Loris S. Musumeci

Noémie Merlant est une jeune actrice française. Révélation au théâtre, elle se plaît également à pratiquer l’art de la chanson. Sa carrière n’est qu’à l’aube du succès. Après avoir joué dans les films L’Orpheline avec en plus un bras en moins et Les Héritiers, elle a été nommée dans la catégorie du Meilleur espoir féminin aux Césars de cette année, pour Le ciel attendra. Ce film raconte, sous la plume de Marie-Castille Mention-Schaar, l’histoire de Sonia (Noémie Merlant) et Mélanie (Naomi Amarger). Deux jeunes filles normales, que rien ne semble rassembler, si ce n’est un malheureux embrigadement pour le djihad. Dans une France meurtrie par la montée de l’islamisme.

Loris S. Musumeci : Qu’est-ce qui vous a poussée à jouer dans Le ciel attendra ?

Noémie Merlant : J’ai voulu prendre part à ce film pour plusieurs raisons. J’avais d’ailleurs déjà travaillé avec Marie-Castille pour Les Héritiers, ce qui m’avait énormément plu, autant sous le rapport artistique qu’humain. Cette femme traite en effet d’actualité, de jeunesse, d’espoir ; toujours avec profondeur. Lorsqu’elle m’a contactée pour Le ciel attendra, je me suis donc empressée de lire le scénario, et là j’ai pris conscience de l’ampleur du thème. Il était devenu, pour moi, simplement nécessaire d’en parler. Autrement que dans les médias. Qui avait déjà entendu parler d’un djihad féminin ? Sans doute très peu de monde. Aussi, l’avantage d’un support artistique pour traiter la grave question, c’est de toucher ces jeunes dans leur vie émotionnelle, toujours avec une bonne distance. Ensuite, je me suis sentie également prise par la mission de rendre la vérité sur l’identité des adolescentes qui partent en Syrie. Ce ne sont pas forcément des filles de banlieues, délaissées, pauvres, sans parents. Les pourcentages nous indiquent que la moitié de ces dernières sont des converties. De tous les milieux sociaux.

En fait, ce sont, pour la plupart, des jeunes filles absolument normales.

Oui, tout à fait. Elles peuvent être très bonnes à l’école, avoir des amis et des parents merveilleux. Mais Daesh pointe des questions qui nous concernent bien tous. Celles-ci portent sur le sens de la vie et les dérives de notre société de surconsommation. Les réseaux islamistes sur le web posent en réalité de vraies questions ; auxquelles ils apportent évidemment de fausses réponses. Continuer la lecture de Le djihad au féminin – Rencontre avec Noémie Merlant

« A bras ouverts », une comédie pas drôle du tout

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 1er mai 2017, 20h30 – 21h00

A bras ouverts. Après le succès de son très bon film Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? (2014) qui mettait en scène Christian Clavier dans le rôle du traditionnel Français de droite confronté au multiculturalisme avec les compagnons de ses filles, Philippe de Chauveron signe son huitième opus. Du côté de la distribution, on retrouve Christian Clavier et Ary Abittan. L’histoire part aussi de la même idée, sauf que cette fois, ce n’est pas la bourgeoisie catholique qui se heurte à la différence, mais la gauche caviar.

En effet, Clavier incarne Jean-Étienne Fougerole, une caricature évidente des intellectuels multiculturalistes à la Bernard-Henri Lévy. Sur un plateau de télévision, il cède à la pression populaire pour ne pas être le perdant du débat et déclare, devant son contradicteur d’extrême-droite, qu’il serait prêt à accueillir des Roms chez lui pour montrer l’exemple. Bien sûr, son appel généreux va être pris à la lettre. Des « gens du voyage » vont débarquer chez lui. Continuer la lecture de « A bras ouverts », une comédie pas drôle du tout

Vieille France

Regard sur l’actualité – Nicolas Jutzet

Un sentiment étrange me reste après la lecture de Bienvenue place Beauvau, celui d’une France qui se meurt. Comme si elle arrivait au bout, essoufflée, et qu’un nouveau départ était nécessaire. Une feuille blanche, pour retrouver ne serait-ce qu’un semblant de virginité, ô combien mise à mal par les actuels « amoureux de la République ». L’essai des journalistes d’investigation français Olivia Recasens, Didier Hassoux et Christophe Labbé dresse un compte-rendu mortifiant de la déliquescence d’un organe pourtant central dans un Etat de droit qui se veut respectable. La machine policière française est une véritable usine à gaz qui laisse la part belle à la connivence, au copinage et, ce qui semble en être la suite logique, à la médiocrité.

Nombreux sont les exemples listés dans ce témoignage désabusé de la situation exécrable que vit la France. La surveillance est monnaie courante, que ce soit pour un rival politique ou un criminel supposé, les procédures sont faciles. Le soupçon est généralisé. Mais plus inquiétant encore, certaines affaires sortent carrément de la légalité et restent impunies. Ce qui, vous l’admettrez, est une réalité passablement difficile à assumer pour ceux qui devraient justement faire régner l’ordre.

Les luttes d’influence pour une once de pouvoir supplémentaire gangrènent l’entier de la construction qui ne cesse de trembler sur des fondations instables. Sans cesse remise en question, réformée sans réflexion sur le long terme, la machine policière est à l’agonie. On place ses amis aux postes délicats, pour s’assurer de leur fidélité le moment venu. On se court-circuite, on intrigue, on fait échouer l’autre, on détruit ce que notre prédécesseur a mis en place, oubliant sans cesse que c’est pour la France, un idéal, que l’on s’est engagé. Et les mêmes, Valls en particulier, qui ne jurent que par la « République » face à la caméra, s’avèrent être de pitoyables fossoyeurs en coulisses. Continuer la lecture de Vieille France

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