« Le Misanthrope », une amère comédie

Promenades théâtrales (6/6)

Le Regard Libre N° 19 – Loris S. Musumeci

« ALCESTE. Je veux que l’on soit homme, et qu’en toute rencontre
Le fond de notre cœur dans nos discours se montre
Que ce soit lui qui parle, et que nos sentiments
Ne se masquent jamais sous de vains compliments. »

C’eût été bien dommage de ne pas trouver de place à l’inimitable Molière dans au moins un des épisodes consacrés à l’art théâtral. Me voici alors avec Le Misanthrope, un chef-d’œuvre présenté à la cour du bon Roy Louis en 1666. Mais quelle pièce étrange ! On ne sait s’il faut rire ou s’inquiéter. Les éléments du ridicule y sont en effet soigneusement estompés, pour laisser place à de plus sérieuses questions, telles que la mesure de l’honnêteté, la valeur de l’amitié ou encore le comportement adéquat en société.

Il semble superflu de raconter la trame du grand classique de Molière encore et encore, toujours et sans cesse. Pour ceux qui de leurs souvenirs scolaires subissent aujourd’hui quelques oublis, Le Misanthrope raconte l’histoire d’un misanthrope authentique, en pensées et actes : Alceste. Ce dernier vit dans une société plus mondaine que les mondanités, où le compliment mignon et respectueux a toujours sa place, où la trahison est une coutume, la médisance un jeu et le sourire un masque. Continuer la lecture de « Le Misanthrope », une amère comédie

Un local culturel ouvre à Neuchâtel

Le Regard Libre N° 20 – Jonas Follonier

En plein centre-ville de Neuchâtel, dans l’un des nombreux beaux immeubles de cette cité estimable, ce n’est pas un appartement d’habitation, un « open space » ou un salon de massage qui vient d’ouvrir ses portes, mais un local aménagé par des jeunes de la région soucieux de créer un espace culturel. Et pas n’importe lequel. Ni élitiste ni alternatif, le Lokart a pour vocation de servir de lieu de création et de présentation de toute forme d’art. Lors du week-end d’inauguration les 27 et 28 août derniers, j’ai pu échanger des propos avec l’un des membres fondateurs du collectif artistique.

Jonas Follonier : Bonjour, pouvez-vous nous dire d’où est née l’idée de créer un tel local ?

Mehdi Berdai : L’origine se trouve clairement dans des intérêts communs pour la culture, notamment neuchâteloise. Le noyau s’est créé autour de la danse, avec Héloïse Marcacci et moi. D’autres personnes se sont vite montrées intéressées par notre projet : Virginia Eufemi et Thierry Fivaz, tous deux passionnés de théâtre, de cinéma et d’art pictural ; Lisa Mazenauer, interessée par la photographie et l’approche du corps, ainsi que Sacha Dubois, qui nous a rejoints par la suite et qui lui a apporté la dimension théâtrale.

Ce local dans lequel nous nous trouvons me paraît être un endroit rêvé pour les amoureux de soirées culturelles et de débats (j’en fais partie). A quoi sera-t-il destiné ?

Tout d’abord, il va nous servir à donner des cours dans les domaines où nous avons une certaine expérience. Héloïse donnera des cours de danse orientale et de tribal fusion, pour ma part ce sera la danse classique. Des leçons de renforcement corporel seront proposées par nous deux. Ensuite, la salle peut aussi très bien se prêter à des soirées débats, à des vernissages d’ouvrages, etc. Enfin, le local a un potentiel cinématographique vu qu’il possède un écran. Le studio peut servir à d’autres compagnies et associations que nous, cela va de soi. Continuer la lecture de Un local culturel ouvre à Neuchâtel

Rwanda, la terre du silence

Le Regard Libre N° 20 – Justine Aymon (notre invitée du mois)

Les jeunes de l’Association Tête au Cœur, établie à Sion en Valais, sont partis découvrir le Rwanda avec ses tragédies et ses beautés. Ils ont été accueillis par le Foyer de charité de Remera, situé au nord du pays. Le groupe a pleuré, ri, chanté, dansé, vécu trois semaines durant avec les membres de la communauté.

Une paix. C’est le premier ressenti que j’exprimerais en parlant de ce voyage, de ce pays. La paix des silences.

Il y a le silence des paysages. Ce pays aux mille collines, ces sentiers en terre rouge, ce lac aux îles innombrables, ces volcans aux flancs luxurieux, cette savane vivante d’animaux sauvages, ces champs interminables, ces couchers de soleil rouges.

Il y a le silence de la vie, une vie sans complication quotidienne ni pensée futile, une vie que l’on ne s’imagine pas, que l’on ne théorise pas, une vie que l’on accueille. Cette population si réjouie par l’étranger et la nouveauté, si généreuse et pleine d’amour envers celui qui se présente, dans les repas offerts, les chants d’accueil, les cadeaux de départ. De la danse, beaucoup de danse, et du chant, des messes animées par le djembé, des journées ponctuées par le travail de la terre dans les villages et par des services au foyer, la cuisine, le repassage, la vaisselle, les cours de français. Des femmes et des hommes pieds nus, la tête surplombée par de grandes charges, des bébés accrochés au dos de femmes, d’enfants. Il y a là une vie simplement vécue, sans pourquoi et sans demain. Et une passion, une passion indicible pour la vie. Continuer la lecture de Rwanda, la terre du silence

Hercule Poirot, entre criminologie et philosophie

Le Regard Libre N° 20 – Jonas Follonier

Pourquoi avoir besoin de philosophes ? Oui, dans le fond, à quoi nous servent ces intellectuels autoproclamés qui, sentant le tabac à pipe, nous parlent du sens de l’existence ? Ces questions sont si sottes. Rien que le verbe « servir » mériterait un meurtre. Or je n’en commettrai pas, sachant déjà qu’on trouverait l’assassin, aussi subtile soit ma façon de procéder. C’est bien la leçon que nous enseignent les enquêtes d’Hercule Poirot.

Pourquoi, donc, devrions-nous avoir des philosophes ? Pour répondre à cette question, utilisons un moyen didactique très présent en philosophie : l’analogie. Et cette analogie, que nous pourrions ici appeler également comparaison, constituera l’objet de cet article. Il s’agit de comparer la méthode qu’utilise Hercule Poirot pour résoudre ses énigmes avec la démarche qu’un philosophe doit adopter pour répondre à ses questions. Continuer la lecture de Hercule Poirot, entre criminologie et philosophie

Le scandale des médias

Le Regard Libre N° 20 – Jonas Follonier

S’il y a bien une grande erreur que commettent les médias aujourd’hui, c’est la manie consistant à raconter en long et en large le parcours et l’identité des terroristes.

En effet, le jour même où un attentat a été commis, les journalistes d’investigation, soucieux de gagner leur salaire auprès du service public ou parfois de leur employeur privé, s’empressent d’aller piocher le nom du coupable ainsi que ses informations générales (lieu d’habitation, origine, casier judiciaire, …) Je vais peut-être en surprendre plus d’un, mais qu’a-t-on à faire ne serait-ce que de son nom de famille ? Continuer la lecture de Le scandale des médias

La situation des gays en Suisse

Le Regard Libre N° 19 – Loris S. Musumeci

Le 25 juin dernier eut lieu l’événement de la Gay Pride à Fribourg. Me baladant d’un pavillon à un autre, dégustant une bière de ci, de là, contemplant la sensualité de charmantes « drag queens » ou de viriles demoiselles, j’aperçois également des personnes de tous types : jeunes et vieux, hommes et femmes sont là pour festoyer tous ensemble. Dansant au rythme de « Voyage, voyage » chantée par son auteure Desireless qui était présente pour l’événement, je finis par m’arrêter au stand de la Fédération Genevoise des Associations LGBT. J’échange quelques propos avec sa représentante.

Loris S. Musumeci : Vous êtes responsable du stand de la Fédération Genevoise des Associations LGBT ici à la Gay Pride de Fribourg. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste l’œuvre de votre association ?

Delphine Roux : Je coordonne la Fédération Genevoise des Associations LGBT – lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres – qui est composée de cinq associations : « Association 360 », « Dialogai », « Lestime », « Parents d’homos » et « Think out ». Chacune de ces dernières a ses spécificités, et elles se sont fédérées en 2008 pour porter des projets communs. « Association 360 » a un groupe Bi, un groupe Trans, un groupe Homoparents et un groupe Tamalou (pour les aînés LGBT). « Dialogai » concerne les hommes homosexuels et bisexuels, « Lestime » est pour les femmes lesbiennes et bisexuelles, « Parents d’homos » se tient au service des parents d’homosexuels et « Think out » est l’association des étudiants LGBT de l’université ainsi que des hautes écoles de Genève. Un des projets de la Fédération consiste en l’écoute, le soutien et la rencontre par notre groupe « Totem » qui concerne spécifiquement les jeunes LGBT jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans. Continuer la lecture de La situation des gays en Suisse

« Si le peuple pense mal, il faut changer le peuple »

Le Regard Libre N° 19 – Nicolas Jutzet

Rejet de l’EEE en 1992, refus de la constitution pour l’Europe en 2005, 9 février 2014 en Suisse et désormais le Brexit. Le point commun de ces votations ? La grande majorité de la classe politique se prend une claque, par une partie du peuple qui refuse de suivre l’avis d’une élite trop sûre d’elle. Et souvent, loin de faire preuve d’intelligence en se remettant ne serait-ce que légèrement en question, cette dernière s’enfonce par la suite encore plus dans l’embarras, en stigmatisant l’avis sorti des urnes, en remettant en cause la compréhension même de la votation. Cette élite qui s’autoproclame « éclairée » pratique la démocratie par beau temps. Sans comprendre le message envoyé pendant les averses, elle crée des orages.

Le récent Brexit est un exemple parfait. Les jours suivant le résultat, nombreux journalistes, écrivains, politiciens et autres sociologues en souffrance morale sont venus nous expliquer que, malheureusement, c’étaient l’ignorance, le populisme, le racisme et la vieillesse qui se sont imposés. En face ? L’intelligence, l’ouverture, le progressisme et la jeunesse. Rien que ça. On aura même droit aux articles regroupant les témoignages des pro-brexit qui regrettaient de l’avoir voté, agrémentés de graphes montrant une explosion de questions type « Que se passe-t-il si nous quittons l’UE ? Qu’est-ce que l’UE ? » sur Google. Le tout pour nous expliquer que finalement, même si le oui s’était imposé, cela ne représentait pas une réelle volonté du peuple. Continuer la lecture de « Si le peuple pense mal, il faut changer le peuple »

Sion sous les étoiles : une réussite !

Le Regard Libre N° 19 – Jonas Follonier

Du 15 au 18 juillet 2016, la plaine de Tourbillon a réuni quelque 45’000 personnes pour la troisième édition du festival Sion sous les étoiles. La scène sédunoise a vu se succéder notamment L.E.J, Maître Gims, Johnny Hallyday, Black M, Francis Cabrel, UB40, Alice on the Roof, Kendji Girac, Michel Polnareff, Pony Pony Run Run ou encore Indochine. Il y en a pour toutes les générations, mais aussi pour tous les goûts. Si je m’y suis rendu du vendredi au dimanche, c’est bien pour voir mes trois plus grandes idoles : Hallyday, Cabrel et Polnareff. Comme quoi, ce ne sont pas que de vieux chanteurs pour les vieux, mais avant tout des légendes vivantes qui, à elles seules, réunissent les générations.

Et Johnny en est le meilleur exemple. Le vendredi 15 juillet 2016 restera dans l’histoire du festival, tant le public fut unanimement abasourdi par la qualité du concert que nous a présenté le Taulier. Avant lui, c’est Maître Gims qui a fait le show, et mes préjugés le concernant se sont vite estompés : en effet, il a fait valoir une voix magnifique et une musique remarquable. Or l’ambiance a bel et bien changé une fois la nuit tombée, et il est bouleversant de vivre ce moment. A 22h30, la batterie du centre de la scène s’est élevée dans les airs, laissant arriver en-dessous Johnny Hallyday dans un nuage de fumée. Celui-ci commence son concert par l’une de ses dernières chansons, Rester vivant. Cela sonne vrai, cela donne. S’ensuit, impeccablement rodée, une série de tubes que tout le monde chante : de Noir c’est noir à L’envie en passant par Requiem pour un fou, Johnny ne chante pas seul, mais avec 15’000 choristes totalement fascinés. Continuer la lecture de Sion sous les étoiles : une réussite !

Du sang et des larmes : « that’s entertainment » !

Le Regard Libre N° 19 – Thierry Fivaz

C’est un moment très attendu durant l’année. Qu’ils soient retraités, étudiants ou travailleurs, les amateurs de films fantastiques se sont donné rendez-vous, pour la seizième fois, au Festival International du Film Fantastique de Neuchâtel (NIFFF), et ont pu profiter une fois de plus d’une programmation riche et variée qui, pour cette édition, comptait quelque 130 films (101 longs métrages et 29 courts métrages), dont cinq premières mondiales et pas moins de cinquante-deux premières suisses.

Pourtant, malgré une météo clémente, une programmation réussie et un afflux record, il subsiste une certaine retenue, un malaise, auprès des citoyens vis-à-vis dudit festival. Nombreux préfèrent en effet (par paresse, par désintérêt, par peur de ne pas comprendre, par peur d’avoir peur) passer l’entier de leurs soirées aux bars du festival plutôt que d’aller, d’oser, voir les films projetés. Certains d’ailleurs pensaient même que le NIFFF ne se résumait finalement qu’aux bars provisoires disposés pour l’occasion aux Jardins Anglais, et furent particulièrement étonnés lorsque, vantant leur soirée de la veille au NIFFF, il leur fut posé la question : « – Mais quel film avez-vous donc vu ? ». Continuer la lecture de Du sang et des larmes : « that’s entertainment » !

L’amitié est un élan du coeur

Le Regard Libre N° 19 – Sébastien Oreiller

Personne ne sait vraiment ce que c’est. Et pourtant, l’amitié, la vraie, est sans doute l’une des attractions que l’être humain connaît le mieux, celle qui donne à sa vie la valeur d’être vécue. Sujet mille fois rabattu, l’on pourrait se contenter ici de réaliser une anthologie des différentes doctrines. Ce ne sera pas le cas. La première distinction que je serais tenté d’opérer, la plus vitale sans doute, est celle entre l’amitié et l’accointance, entre l’ami et le copain dirions-nous, ou l’ami et le pote. On a des potes, on en perd, on en gagne, on en retrouve, peu importe. Un ami est un, on ne peut pas s’en passer. Comme le résume si bien le proverbe, les amis se comptent sur les doigts d’une main. Je pense qu’on ne peut pas les compter sur plus qu’un doigt, mais cela reste encore à prouver.

Du point de vue ontologique, qu’est-ce que l’amitié ? Je dirais que c’est un élan du cœur. L’amitié ne peut être un acte intéressé en soi, l’ami n’étant pas là pour ravir quelque chose à l’autre ; mais du point de vue inverse, il ne saurait y avoir amitié sans un échange perpétuel. L’amitié ne peut être qu’émulation, pousser l’autre en avant, alors qu’il nous tend lui aussi une main aidante. Emulation : un mot trop souvent oublié à notre époque, si éloignée de l’agôn grec, de la passion d’être le meilleur, mais de ne pas l’être tout seul. Continuer la lecture de L’amitié est un élan du coeur

Pour la culture et le débat d'idées

%d blogueurs aiment cette page :