Quid des élections fédérales ?

Le Regard Libre N° 11 – Sébastien Oreiller

Le 18 octobre est passé, le deuxième tour pour le Conseil aux Etats se fait attendre. Pourtant, la scène politique suisse est déjà définie : la droite sort gagnante, l’UDC surtout, le PLR ensuite. Tout le monde connaît le scénario de la prochaine législature : alliance entre les deux partis, majorité au Parlement, un conseiller fédéral en plus pour le premier parti de Suisse, indépendamment de la position, volatile, du PDC.

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« Phèdre » en Valais – Rencontre avec Stéphane Albelda

Le Regard Libre N° 11 – Jonas Follonier

Professeur de littérature, musicien, Stéphane Albelda est aussi metteur en scène : il dirige depuis 2006 la troupe du Lycée-Collège des Creusets à Sion (Valais) et assure la mise en scène de nombreux autres spectacles. En 2015, il a monté la tragédie « Phèdre » de Racine, un classique qui a eu du succès dans la capitale valaisanne.

Jonas Follonier : Pourquoi le choix de Racine ? Etait-ce la première fois que vous vous attaquiez à une tragédie classique ?

Stéphane Albelda : C’est la première fois que je me suis attaqué à une pièce en alexandrin. C’est une telle entreprise que j’y ai toujours renoncé. Mandaté par le Théâtre des Collines, je m’y suis rendu pour refuser leur proposition. Mais la rencontre humaine m’a fait changer d’avis et a précédé l’entreprise artistique : il s’agit d’une troupe extrêmement hétérogène, de milieux différents et d’expériences différentes. Le fait que ces gens se soient fédérés pour faire vivre un texte classique m’a touché et a laissé augurer une entreprise pure.

Quels sont les grands défis dans la mise en scène d’une tragédie de Racine ?

Il y a deux défis majeurs. Le premier porte sur le sens : que raconte Phèdre ? Que raconte un mythe au XXIe siècle ? On sait que les mythes ont une parole fondamentale. L’enjeu de la mise en scène consiste à trouver le pont entre un texte et un public actuel. Le deuxième défi est formel : comment révéler la langue de l’alexandrin aujourd’hui ? Car il faut la garder : je ne crois pas aux processus de modernisation par la destruction. Pour que l’alexandrin se révèle, il faut une certaine écoute. L’effet contemporain s’est surtout porté sur les césures : en les travaillant bien, le jeu des silences devient fondamental. Il s’agit donc d’un grand travail sur le rythme. Ce travail se rapproche de celui du chef d’orchestre, qui doit faire jouer de manière actuelle une composition classique ou baroque. Continuer la lecture de « Phèdre » en Valais – Rencontre avec Stéphane Albelda

Il y a deux cents ans : Frédéric Gard (1767-1848)

Article inédit – Sébastien Oreiller

L’histoire, selon Nietzsche, s’arrête pour bien des hommes à l’époque de leur grand-père. En cette année où nous fêtons le bicentenaire de l’entrée du Valais dans la Confédération, année de mémoire et d’identité, il me semble de mon devoir de rendre honneur à un ancêtre, Frédéric Gard, qui, député du dizain d’Entremont, avait voté l’union du Valais avec la Suisse.

Né en 1767 dans une dynastie de notaires bagnards, Frédéric Gard sert d’abord en tant que capitaine au service d’Espagne, avant d’occuper la charge féodale de banneret et capitaine d’Entremont.[1] A l’évidence, l’engouement pour les idées libérales le saisit assez rapidement puisqu’il prend déjà part à la révolution bas-valaisanne de 1798 en tant que membre du comité général des communes du Bas-Valais (gouvernement indépendant[2])[3]. Qui plus est, son frère, le docteur et chevalier Arnold Gard, connu pour avoir introduit la vaccination en Valais[4], épousera une nièce du grand-bailli de Rivaz[5], acteur majeur et parfois infortuné de cette période révolutionnaire. Continuer la lecture de Il y a deux cents ans : Frédéric Gard (1767-1848)

Edwy Plenel, le fou de l’égalité

Article inédit – Jonas Follonier

Pour les musulmans. Puisqu’une personne m’a incité à le lire, je l’ai lu. Je n’en avais pas l’intention, certain de connaître déjà le contenu de l’essai avant de l’ouvrir. Néanmoins, la lecture fut agréable car les thèmes abordés m’ont beaucoup intéressé, et je remercie Edwy Plenel d’avoir pu faire ressurgir en moi de grandes réflexions et de m’avoir inspiré cet article.

La couverture de l'ouvrage

Commençons tout de suite avec le premier passage qui m’a interpellé, à savoir le quatrième chapitre, où l’auteur affirme que nier l’égalité des civilisations, c’est la porte ouverte à la ségrégation, à la colonisation et à l’extermination. Il base sa réflexion sur un petit scandale qui a lieu à l’assemblée nationale début 2012 (remarquons par là que la droite était en campagne pour la présidentielle). Le ministre Guéant ose revendiquer une inégalité des civilisations. Continuer la lecture de Edwy Plenel, le fou de l’égalité

Poésie théâtrale : Noces de Sang

Le Regard Libre N° 10 – Jonas Follonier

Les spectateurs de la salle ont le souffle coupé. Jamais la scène des Creusets n’a été autant poétique. Plus rien n’existe que la terre, le sang, le ciel, la passion. Nous nous trouvons dans Noces de Sang.

La pièce de Frederico Garcia Llorca laissera des marques rouges tant elle est palpitante. L’excellence du spectacle présenté du 13 au 19 avril à l’aula du Lycée-Collège des Creusets se mesure aux émotions du public au moment de la représentation, mais aussi au travail qu’un tel niveau exige : si le metteur en scène Stéphane Albelda a toujours atteint les sommets qu’il s’est fixé, je crois ne pas trop m’avancer en affirmant que cette année, la troupe du Lycée-Collège des Creusets a présenté la meilleure précision scénique de son histoire. La gestuelle des acteurs, jusqu’au moindre battement de cil, la pigmentation des décors et des costumes, l’intensité tragique de la musique ou encore la justesse des chœurs resteront gravées dans les mémoires.

Ecrire à l’auteur : jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo : © Jean-Yves Fumeaux

 

Un Valais « glocal »

Le Regard Libre N° 10 – Jonas Follonier

Le 5 mai dernier a eu lieu la sixième conférence « Entreprises » annuelle des Ecoles-clubs Migros du Valais. Cette année, le choix de l’intervenant s’est porté sur André Schneider, vice-président de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne. La soirée a commencé vers 18h30, à la clinique romande de réadaptation.

Le connaisseur en économie, musicien virtuose et brillant vulgarisateur Schneider avait comme objectif de parler du « Valais, entre économie mondialisée et développement local. » N’étant pas un féru d’économie, je ne sais pas s’il a répondu au problème ; mais en tout cas il m’a intéressé.

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Plaidoyer pour les libertés – Rencontre avec l’historien Philippe Bender

Le Regard Libre N° 10 – Sébastien Oreiller et Jonas Follonier

Si le Valais compte un grand historien, c’est bien Philippe Bender. Spécialisé dans le radicalisme valaisan et suisse, il est une mémoire vivante qui fait beaucoup parler. Monsieur Bender nous a très aimablement accueillis chez lui, à Fully, pour répondre à nos questions.

S. O. et J. F. : Vous êtes un historien spécialisé dans le radicalisme. Pourquoi cette passion ?

Philippe Bender : L’historien doit aller aux sources, aux documents multiples, en tous genres, et les critiquer selon les règles de l’art. Il doit faire preuve de rigueur, même s’il se consacre à l’histoire du parti de son choix. Il y a beaucoup de choses à apprendre sur l’évolution du mouvement libéral et radical depuis 1830. D’abord, c’est le plus grand courant intellectuel, en Suisse et en Valais. Ensuite parce qu’il a forgé les mentalités et pesé constamment sur la politique et l’économie. Le fait d’être minoritaire dans le Valais de 2015 pousse à se surpasser.

Quels ont été historiquement les grands enjeux, moments, de ce mouvement ?

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Albert Camus, ou la tragédie du bonheur

Le Regard Libre N° 10 – SoΦiamica

«Le bonheur après tout, est une activité originale aujourd’hui. La preuve est qu’on a tendance à se cacher pour l’exercer. Pour le bonheur aujourd’hui c’est comme pour le crime de droit commun: n’avouez jamais. Ne dites pas, comme ça, sans penser à mal, ingénument: «Je suis heureux». Car aussitôt, vous verriez autour de vous, sur des lèvres retroussées, votre condamnation: «Ah! vous êtes heureux, mon garçon? Et que faites-vous des orphelins du Cachemire, ou des lépreux de la Nouvelle-Zélande, qui ne sont pas heureux, eux?» Et aussitôt, nous voilà tristes comme des cure-dents. Pourtant moi, j’ai plutôt l’impression qu’il faut être fort et heureux pour bien aider les gens dans le malheur.» – Albert Camus

La philosophie de Camus est très proche de l’existence qu’il mena. Il naît en 1913 à Mondovi (Algérie) d’une famille pauvre et analphabète; les siens déménagent très tôt à Alger (suite au décès du père, à la guerre) et permettent ainsi la rencontre du petit Camus et de l’instituteur Louis Germain, qui verra du talent en lui et convaincra sa famille à l’inscrire au lycée malgré leur pauvreté. Sa première lutte sera celle du langage: il s’est voulu le porte-parole de tous ceux qui, démunis ou n’ayant pas pu aller à l’école, ne pouvaient pas parler. Il découvrira à la même période les inégalités dues à la pauvreté, et étonnement le football pour les contrer! Gardien de but, on le décrira comme «solitaire dans sa cage, mais solidaire dans l’équipe». Il se lance plus tard dans des études de philosophie.

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Le métal et le baroque, deux genres que beaucoup rapproche

Le Regard Libre N° 10 – Corentin D’Andrès 

Au début du XVIIe, avec l’Orpheo de Monteverdi, émergea un genre musical nouveau, en révolte contre les canons de la Renaissance, rebaptisé dans les années 1990 comme le mouvement architectural et pictural en vogue à son époque, le baroque.

En 1970, le groupe Black Sabbath, avec son album éponyme, va créer un genre lourd et sombre, eux aussi en révolte contre la musique de leur temps qu’ils jugaient trop euphorique. Le genre, lui, a été baptisé d’après un journaliste du New York Times qui décrivait le jeu de Jimi Hendrix par : « like hearing heavy metal falling from de sky ».

Mais alors, bien que ces genres aient plusieurs siècles d’écart et qu’ils aient émergé dans des contextes très différents, qu’est-ce qui peut les rapprocher?

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Tolérance et philanthropie – L’interview de Claude Oreiller

Le Regard Libre N° 10 – Sébastien Oreiller et Jonas Follonier

Monsieur Claude Oreiller nous a très aimablement reçus dans son bureau afin de répondre à nos questions relatives à son expérience en tant que président du Parti radical démocratique valaisan et en tant que vénérable de la loge maçonnique de Bex. Il est à présent également directeur des Transports Publics Chablais.

S. O. et J. F. : Pouvez-vous tout d’abord nous décrire votre parcours ?

Claude Oreiller : J’ai commencé la politique en 1988 au niveau local en tant que conseiller municipal à Massongex. Au début des années 90, je suis entré au comité directeur du PRD Valais, dont je suis devenu président en 1997 jusqu’en 2001. En mai 1983, je suis entré dans la loge de Bex, à laquelle je suis resté très fidèle. J’en suis d’ailleurs devenu vénérable par la suite.

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