Archives par mot-clé : algérie

Khaled Drareni, journaliste algérien condamné: son frère témoigne

Article inédit – Antoine Menusier

«Le gouvernement veut faire peur aux militants du hirak, mais cela va produire l’effet contraire.» De New York où il est établi, Chekib Drareni, le frère cadet du reporter et militant du soulèvement pacifique en Algérie, explique les actions qu’il mène en faveur de la libération de ce dernier et nous en dit plus sur son parcours depuis l’enfance.

Lire le témoignage en libre accès

Le hirak en Algérie et nous: la fin de l’innocence

Article inédit – Antoine Menusier

Le scandale provoqué par le documentaire de France 5 «Algérie, mon amour» a révélé une faille sociétale dans le mouvement populaire d’opposition au régime algérien. L’Europe progressiste a jusqu’ici présenté cette mobilisation pacifique sans précédent sous un jour idéal. Elle s’est trompée. Les choses sont à la fois banales et complexes.

Lire l’article

«Noces»: pour ne pas renoncer à la beauté du monde

Les bouquins du mardi – Edition spéciale «Les coronarétrospectives de la littérature» – Loris S. Musumeci

Quatre lieux, quatre explorations, quatre textes qui célèbrent les noces d’Albert Camus avec des environnements qu’il aime. Ecrits entre 1936 et 1937, ces quatre essais lyriques annoncent qu’un jeune homme d’un peu plus de vingt ans a déjà trouvé les sources d’un bonheur simple, mais d’un bonheur vrai. Et exaltant. Entre descriptions sensitives et sensuelles, méditations et souvenirs d’une jeunesse en cours, les éléments essentiels à l’œuvre d’un Camus en construction surgissent déjà. Ils l’accompagneront jusqu’au Premier homme, resté inachevé. Noces est en ce sens une célébration de l’auteur, une célébration de lecture, une célébration de la beauté de son monde. 

Lire la critique

«Papicha»: le fond dérobé par la forme

Les mercredis du cinéma – Fanny Agostino

Avec fougue et quelques maladresses, Mounia Meddour s’intéresse à la résistance invisible en Algérie. Dans les années quatre-vingt-dix, des étudiantes refusent de se soumettre à la montée islamiste bousculant leur quotidien en organisant un défilé de mode. Un film juvénile pour ses qualités comme ses défauts.

Lire la critique

«Idiotie»: un Médicis attendu depuis 1970

Tour d’horizon de quelques grands prix littéraires – épisode #1

Le Regard Libre N° 47 – Loris S. Musumeci

Pierre Guyotat est un monstre. Un monstre désormais sacré de la littérature française. Et pourtant, il n’a pas toujours été considéré comme tel. Censuré, accusé, décrié, il a fait l’objet de soutiens internationaux pour que son talent soit reconnu à sa juste valeur. Dès sa sortie en 1970, Eden, Eden, Eden a été partiellement censuré par le Ministère de l’Intérieur. Le roman se trouvait néanmoins en lice pour le Médicis, qui lui a échappé à une voix près. Claude Simon, l’un des jurés, avait alors furieusement quitté le jury. Il aura fallu attendre quarante-huit ans pour que le Médicis lui revienne enfin.

Lire la suite de la critique

«L’Art de perdre»: l’art de réussir à créer des liens

Les bouquins du mardi – Loris S. Musumeci

«Qu’est-ce que vous croyez qu’elles font vos filles dans les grandes villes? Elles disent qu’elles partent pour leurs études. Mais regardez-les: elles portent des pantalons, elles fument, elles boivent, elles se conduisent comme des putes. Elles ont oublié d’où elles viennent.»

Naïma est l’héritière d’une histoire familiale chargée de l’Histoire. Sa famille, d’origine kabyle, est arrivée en France durant l’été 62. Date maudite selon son père Hamid, qui n’a quasiment jamais parlé de l’Algérie à ses filles. Date maudite aussi pour son propre père, Ali, qui avait suggéré aux siens de ne jamais préciser la date de leur arrivée en France, surtout en présence d’autres ressortissants algériens. L’été 62 est en effet le moment où sont arrivés les «harkis», ces Algériens qui ont choisi la France face au FLN.

Continuer la lecture de «L’Art de perdre»: l’art de réussir à créer des liens

La bonne étoile d’Emmanuel Macron ne s’est pas encore éteinte

Regard sur l’actualité – Nicolas Jutzet

La bonne étoile d’Emmanuel Macron ne s’est pas encore éteinte. D’aucuns ont vu en lui, dès le lancement de son mouvement, une étoile filante, une bulle médiatique appelée à éclater. Jusqu’ici, tout a donné tort à ces prophètes du malheur, bien trop occupés à conserver leurs privilèges pour s’occuper du ressenti venant directement du terrain. Un besoin de changement. Tout réussissait à Emmanuel Macron, salles de meeting pleines avec une ambiance survoltée, la relative indulgence d’une presse sous le charme du brillant jeune homme venu d’Amiens et un engouement populaire remarquable avec des réunions de marcheurs un peu partout en France.

La machine s’est quelque peu grippée ces derniers jours, notamment suite à son voyage en Algérie. Il devait venir confirmer sa stature « présidentielle », il aura ravivé certains vieux démons de l’histoire française, avec laquelle une frange de la population entretient une relation pour le moins compliquée. Emmanuel Macron avait raison sur le constat – la colonisation est assimilable à un crime contre l’humanité – mais politiquement, c’est une erreur de l’affirmer, surtout maintenant. Il prend le risque de voir ses propos sortis de leur contexte ; personne n’a ainsi retenu qu’il rappelait également des conséquences positives de la colonisation. C’est également tendre une main salvatrice à un Fillon en pleine noyade. Cette incartade est d’autant plus dommageable qu’elle contredit l’une des habitudes qui m’a le plus convaincu dans le message de l’ancien Ministre de l’économie, de l’industrie et du numérique : on ne rassemble pas sur les sifflets, les quolibets, en stigmatisant. Or, en remettant le sujet sur la table, il vient rouvrir les plaies de nombreuses personnes, celle des harkis, celle des pieds noirs, celle des Français d’origine algérienne, celle des binationaux. Continuer la lecture de La bonne étoile d’Emmanuel Macron ne s’est pas encore éteinte

Albert Camus, ou la tragédie du bonheur

Le Regard Libre N° 10 – SoΦiamica

«Le bonheur après tout, est une activité originale aujourd’hui. La preuve est qu’on a tendance à se cacher pour l’exercer. Pour le bonheur aujourd’hui c’est comme pour le crime de droit commun: n’avouez jamais. Ne dites pas, comme ça, sans penser à mal, ingénument: «Je suis heureux». Car aussitôt, vous verriez autour de vous, sur des lèvres retroussées, votre condamnation: «Ah! vous êtes heureux, mon garçon? Et que faites-vous des orphelins du Cachemire, ou des lépreux de la Nouvelle-Zélande, qui ne sont pas heureux, eux?» Et aussitôt, nous voilà tristes comme des cure-dents. Pourtant moi, j’ai plutôt l’impression qu’il faut être fort et heureux pour bien aider les gens dans le malheur.» – Albert Camus

La philosophie de Camus est très proche de l’existence qu’il mena. Il naît en 1913 à Mondovi (Algérie) d’une famille pauvre et analphabète; les siens déménagent très tôt à Alger (suite au décès du père, à la guerre) et permettent ainsi la rencontre du petit Camus et de l’instituteur Louis Germain, qui verra du talent en lui et convaincra sa famille à l’inscrire au lycée malgré leur pauvreté. Sa première lutte sera celle du langage: il s’est voulu le porte-parole de tous ceux qui, démunis ou n’ayant pas pu aller à l’école, ne pouvaient pas parler. Il découvrira à la même période les inégalités dues à la pauvreté, et étonnement le football pour les contrer! Gardien de but, on le décrira comme «solitaire dans sa cage, mais solidaire dans l’équipe». Il se lance plus tard dans des études de philosophie.

Continuer la lecture de Albert Camus, ou la tragédie du bonheur