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Luchini – Finkielkraut, quand deux grands hommes s’admirent

Les lundis de l’actualité – Jonas Follonier

Il existe des moments de télévision qui sont de véritables perles en direct, des instants d’intelligence et d’intimité qui rehaussent le téléspectateur. L’émission La Grande Librairie du 26 octobre dernier, sur France 5, m’a particulièrement ému, tant j’assistai à un grand moment du petit écran.

L’émission présentée par l’excellent animateur François Busnel mettait à l’honneur Fabrice Luchini. Ce comédien français devenu incontournable est venu parler de son nouveau spectacle, « Des écrivains parlent d’argent ». Fait étonnant, la star névrotique ne s’est pas emportée jusqu’aux délires hystériques (et délicieux) auxquels il nous a habitués à la télévision. Luchini fut serein, sans pour autant se travestir dans la normalité. Lire la suite Luchini – Finkielkraut, quand deux grands hommes s’admirent

Des chiffres et des lettres (Rencontre avec Olivier Rey)

Le Regard Libre N° spécial langue française – Loris S. Musumeci

Olivier Rey est mathématicien et philosophe. Diplômé du polytechnique où il a enseigné par la suite, il a été chercheur au CNRS pour la section des mathématiques. Egalement homme de lettres, il s’est forgé une place dans l’univers des humanités. L’intellectuel occupe d’ailleurs toujours un poste au CNRS, mais dans la section de philosophie. Il est, de plus, professeur de cette même discipline à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne. Olivier Rey est aussi l’auteur de nombreux ouvrages dont le roman Le Bleu du sang ou l’essai Une question de taille, récompensé du prix Bristol des Lumières. En 2015, la Fondation Prince Louis de Polignac lui décerne le grand prix pour l’ensemble de son œuvre. Que voici un homme de taille !

Loris S. Musumeci : Quel fut l’apport de la langue française dans l’évolution des sciences ?

Olivier Rey : La langue scientifique, en Europe, a commencé par être le latin. Au milieu du XVIIe siècle, Pascal, dans une correspondance avec Fermat sur des questions mathématiques, éprouve encore le besoin de changer de langue au moment d’entrer dans le vif du raisonnement : « Je vous le dirai en latin, car le français n’y vaut rien. » Le passage aux langues vernaculaires a été progressif. Le point important, c’est que les scientifiques pensent et pratiquent leur science dans une langue la plus riche possible, et qu’ils maîtrisent le mieux possible. Certes, la science cherche à dégager des notions exemptes des ambiguïtés des langues communes. Mais l’ambiguïté des mots dans le vocabulaire courant, comme la richesse de leurs connotations, jouent un rôle heuristique considérable, et sont aussi ce qui préserve un lien entre la science constituée d’une part, le monde de l’expérience quotidienne d’autre part. L’œuvre scientifique considérable qui a été accomplie en français au cours des trois derniers siècles prouve les ressources qu’offre cette langue pour la pensée scientifique. Quant à son apport spécifique, il est difficile à cerner. Ce que je pense, c’est que la diversité des langues n’est pas un obstacle à l’évolution des sciences, mais au contraire un facteur de fécondité. Lire la suite Des chiffres et des lettres (Rencontre avec Olivier Rey)