Archives par mot-clé : humanité

Père, pain, pardon: la visite du pape François à Genève

Le Regard Libre N° 41 – Loris S. Musumeci

Le pape François était attendu depuis peu, mais il était très attendu. Sa visite à Genève du 21 juin dernier a été marquée par une forte valeur symbolique au niveau politique et œcuménique ; par une forte valeur émotionnelle pour la population. Outre le discours central prononcé au COE (Conseil œcuménique des Eglises), il y avait l’homélie qui suscitait l’impatience. Qu’aurait-il bien pu dire, ce brave homme, aux bons Suisses ? Une fois le prêche accompli, l’ardeur est passée ; le message, lui, a demeuré.

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Fortuna, l’espoir d’un sort chanceux

Les mercredis du cinéma – Alexandre Wälti

Un hospice, une adolescente éthiopienne, deux religions qui cohabitent et un amour illégal sont les ingrédients principaux de Fortuna, réalisé par Germinal Roaux. Le film se déroule à plus de 2000 mètres d’altitude entre les parois rocheuses et enneigées des Alpes. Une zone hostile ou d’accueil. Un territoire isolé ou de partage. Une plaine d’abandon ou de liberté. Ces mots en ouverture du long-métrage :

Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit ; mais tu ne sais d’où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit. (Jean 3:8)

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« Chien » : la passivité de la compréhension

Les mercredis du cinéma – Hélène Lavoyer

« On a un personnage qui est dénué de cynisme et qui n’a pas d’ambition. Mais qui va essayer de vivre quand même. » Samuel Benchetrit

Jacques (Vincent Macaigne) est un chien. En tant que tel, il observe les gens. Les aide, de temps en temps. Jacques aime la douceur. C’est un chien. Quand il se fait quitter par sa femme (Vanessa Paradis), Jacques ne dit rien. Il ne pleurniche même pas car il comprend. Mais il revient, trouve les tennis rouge de taille 47 à l’entrée de la porte de la chambre du couple qu’il formait avec elle. Son fils, Victor (Tom Canivet), le surprend dans sa chambre et le regarde depuis son lit alors que Jacques lui sourit dans la pénombre. Il ne dit rien. Ne sourit pas en retour.
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Ontologie de la beauté

Le Regard Libre N° 12 – Sébastien Oreiller

Quand Nietzsche crut renverser la morale ancienne, la morale du bien et du mal, pour la remplacer par celle, plus exigeante, du bon et du mauvais, il ne fit que remplacer une philosophie du comportement, une philosophie éthique dirions-nous, par une moralité plus froide et plus distante, peut-être même plus dangereuse. Nous semblons avoir pris la fâcheuse habitude depuis vingt-cinq siècles, c’est-à-dire depuis Socrate et surtout depuis Platon, de lier l’essence au bien, de ne plus être capable d’admirer l’être en soi sans le rattacher, d’une manière ou d’une autre, à la perfection de l’acte humain, loin de là l’ingénuité morale qui avait marqué leurs prédécesseurs. Il me semble être une philosophie plus exigeante et plus noble, d’autant plus détachée des médiocrités quotidiennes qu’elle est elle-même intrinsèquement liée à l’être, je veux parler de la philosophie du beau en tant que tel.

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La société animale

Le Regard Libre N° 6 – Sébastien Oreiller

« Une certaine confusion règne encore, mais encore un peu de temps et tout s’éclaircira ; nous verrons enfin apparaître le miracle d’une société animale, une parfaite et définitive fourmilière. » – Paul Valéry, La Crise de l’Esprit (1919)

Il est à se demander si toutes les libéralisations récentes, toutes les avancées technologiques, en bref tout ce qui avait pour but de rendre à l’être humain sa liberté et sa dignité, n’ont pas servi à faire de lui la chose, l’animal peut-être, qu’il redoutait tant de devenir. « Rien ne se fera plus que le monde entier ne s’en mêle » prophétise encore Valéry à la fin de la IIe Guerre Mondiale. Facebook, Instagram, Twitter et j’en passe sont devenus les garants de ce nombrilisme généralisé : Moi sur les montagnes. Moi en train de me saouler. Moi en train d’aider les pauvres. Tout ce petit moi moi est devenu insupportable ; la charité elle-même n’est plus que carnaval. Continuer la lecture de La société animale