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«Si Beale Street pouvait parler»: un film qui parle par ses violons

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

Un jeune couple marche. La caméra les suit en plan avion. Les violons de la bande originale l’accompagnent. Ils s’embrassent pudiquement. Coupure. On se retrouve en prison. L’amoureux, Fonny, est d’un côté de la vitrine. Elle, Tish, se trouve de l’autre côté. Elle vient le visiter pour lui annoncer une grande nouvelle malgré les circonstances. «On va avoir un bébé.» La vie n’est pas facile pour les Noirs de New York dans les années septante. Elle l’est encore moins pour une femme qui accumule les tares d’être dans la minorité raciale et d’être mère célibataire. Sa famille s’unit pour aider Fonny à sortir de prison. Il clame son innocence, si tant est qu’il soit vraiment innocent.

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« Moonlight », une poésie d’images

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Sous la lumière de la lune, les garçons noirs sont bleus. »

Miami. Quartier chaud, quartier noir. Chiron, le gringalet nommé Little, court de toutes ses jambes, de toute sa force. Il doit échapper aux autres enfants qui veulent le fracasser. C’est la même rengaine au quotidien. Juan (Mahershala Ali), le « dealer » respecté du coin, aborde le gamin en douceur. Epris de compassion et cherchant à l’aider, il veut simplement connaître son prénom et le reconduire chez lui. Le petit, sans doute surpris et de nature tacite, ne réagit pas.

« Tu parles pas mais tu bouffes », remarque, souriant, Juan, alors qu’il a emmené le petit chez lui pour manger un morceau. C’est sa femme, Teresa (Janelle Monae), douce et maternelle, qui réussit à donner confiance à Chiron. Le couple comprend vite sa situation délicate : pas de père, mère fragile. Elle se drogue et se prostitue. Son fils ne veut simplement plus rentrer à la maison.

C’est ainsi que, progressivement, le jeune garçon se trouve des parents adoptifs, sans abandonner totalement sa mère, qui l’exige chez elle, parfois violemment. La vie de Chiron, si elle trouve un soutien, ne devient pas moins dure. Adolescent, il demeure le souffre-douleur à l’école. Il est différent ; trop fin et timide. On le traite de « tapette » et on continue de le tabasser après les cours ; le quartier miséreux n’arrange pas la donne. Homosexuel, il l’est vraiment. Sans l’avoir choisi. Tel est le tourment dans une société qui ne comprend pas, qui n’accepte pas.

Malgré la légitimité plus ou moins crédible des Oscars – du meilleur film, meilleur scénario adapté et meilleur second rôle pour Mahershala Ali – la nouvelle réalisation de l’Afro-américain Barry Jenkins inquiétait. Lourde et superficielle eût pu apparaître l’œuvre porteuse de la grande prophétie. Homosexualité et négritude sont d’habitude défendues avec tant de maladresse et furieuse ignorance. Les dites minorités émeuvent et provoquent incessamment le pire : une marginalisation indésirable. Qui plus est toujours médiocre en sa forme. Moonlight a assumé le défi. Et l’a relevé avec grâce. Poésie d’images s’imposant. Continuer la lecture de « Moonlight », une poésie d’images