Archives du mot-clé homosexualité

« La Belle et la Bête », ou l’innocent militantisme

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Trouve-t-on jamais le bonheur sans liberté ? »

Il était une fois, dans une noble contrée de France, un jeune prince qui vivait d’excès et de fêtes. Un soir, se présenta au seuil de sa porte une vieille femme qui cherchait un abri pour la nuit. Elle lui offrit une rose contre l’accueil, mais le prince, égoïste et acariâtre, le lui refusa dans la moquerie. La pauvre dame avertit le beau garçon de ne point se fier aux apparences, mais se vit derechef repoussée. De laide, elle se métamorphosa alors en une fée nimbée de lumière. Le prince, à genoux, tacha de trouver son pardon. En vain. Il était trop tard. Le château sombra sous un sort effroyable laissant ses domestiques en objets animés et le prince, dans un aspect de créature monstrueuse.

Seul pourrait rompre le charme, avant que la rose magique ne flétrît, l’amour mutuel d’une femme et de la bête. Sans quoi les victimes du sort seraient condamnées à tout jamais. Le temps passait, et le prince maudit désespérait toujours davantage, car « qui pourrait un jour apprendre à aimer une bête ? »

Quel enfant de la génération Disney n’a pas été épris de crainte et de passion face à ce délicieux prologue ? La Belle et la Bête. Le conte est resté le même que celui du dessin animé homonyme de 1991. Le père de Belle est tombé incongrûment entre les griffes de la Bête lors d’un voyage d’affaires. La demoiselle, par amour de son aîné à la santé fragile, s’offre en prisonnière du château à sa place. Cohabitation difficile et insolite entre une jeune rêveuse assoiffée de liberté et une créature damnée par sa méchanceté d’antan. Lire la suite « La Belle et la Bête », ou l’innocent militantisme

« Moonlight », une poésie d’images

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Sous la lumière de la lune, les garçons noirs sont bleus. »

Miami. Quartier chaud, quartier noir. Chiron, le gringalet nommé Little, court de toutes ses jambes, de toute sa force. Il doit échapper aux autres enfants qui veulent le fracasser. C’est la même rengaine au quotidien. Juan (Mahershala Ali), le « dealer » respecté du coin, aborde le gamin en douceur. Epris de compassion et cherchant à l’aider, il veut simplement connaître son prénom et le reconduire chez lui. Le petit, sans doute surpris et de nature tacite, ne réagit pas.

« Tu parles pas mais tu bouffes », remarque, souriant, Juan, alors qu’il a emmené le petit chez lui pour manger un morceau. C’est sa femme, Teresa (Janelle Monae), douce et maternelle, qui réussit à donner confiance à Chiron. Le couple comprend vite sa situation délicate : pas de père, mère fragile. Elle se drogue et se prostitue. Son fils ne veut simplement plus rentrer à la maison.

C’est ainsi que, progressivement, le jeune garçon se trouve des parents adoptifs, sans abandonner totalement sa mère, qui l’exige chez elle, parfois violemment. La vie de Chiron, si elle trouve un soutien, ne devient pas moins dure. Adolescent, il demeure le souffre-douleur à l’école. Il est différent ; trop fin et timide. On le traite de « tapette » et on continue de le tabasser après les cours ; le quartier miséreux n’arrange pas la donne. Homosexuel, il l’est vraiment. Sans l’avoir choisi. Tel est le tourment dans une société qui ne comprend pas, qui n’accepte pas.

Malgré la légitimité plus ou moins crédible des Oscars – du meilleur film, meilleur scénario adapté et meilleur second rôle pour Mahershala Ali – la nouvelle réalisation de l’Afro-américain Barry Jenkins inquiétait. Lourde et superficielle eût pu apparaître l’œuvre porteuse de la grande prophétie. Homosexualité et négritude sont d’habitude défendues avec tant de maladresse et furieuse ignorance. Les dites minorités émeuvent et provoquent incessamment le pire : une marginalisation indésirable. Qui plus est toujours médiocre en sa forme. Moonlight a assumé le défi. Et l’a relevé avec grâce. Poésie d’images s’imposant. Lire la suite « Moonlight », une poésie d’images

La situation des gays en Suisse

Un entretien paru dans Le Regard Libre N° 19

Le 25 juin dernier eut lieu l’événement de la Gay Pride à Fribourg. Me baladant d’un pavillon à un autre, dégustant une bière de ci, de là, contemplant la sensualité de charmantes « drag queens » ou de viriles demoiselles, j’aperçois également des personnes de tous types : jeunes et vieux, hommes et femmes sont là pour festoyer tous ensemble. Dansant au rythme de « Voyage, voyage » chantée par son auteure Desireless qui était présente pour l’événement, je finis par m’arrêter au stand de la Fédération Genevoise des Associations LGBT. J’échange quelques propos avec sa représentante.

Loris S. Musumeci : Vous êtes responsable du stand de la Fédération Genevoise des Associations LGBT ici à la Gay Pride de Fribourg. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste l’œuvre de votre association ?

Delphine Roux : Je coordonne la Fédération Genevoise des Associations LGBT – lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres – qui est composée de cinq associations : « Association 360 », « Dialogai », « Lestime », « Parents d’homos » et « Think out ». Chacune de ces dernières a ses spécificités, et elles se sont fédérées en 2008 pour porter des projets communs. « Association 360 » a un groupe Bi, un groupe Trans, un groupe Homoparents et un groupe Tamalou (pour les aînés LGBT). « Dialogai » concerne les hommes homosexuels et bisexuels, « Lestime » est pour les femmes lesbiennes et bisexuelles, « Parents d’homos » se tient au service des parents d’homosexuels et « Think out » est l’association des étudiants LGBT de l’université ainsi que des hautes écoles de Genève. Un des projets de la Fédération consiste en l’écoute, le soutien et la rencontre par notre groupe « Totem » qui concerne spécifiquement les jeunes LGBT jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans. Lire la suite La situation des gays en Suisse

Islam et homosexualité à Orlando

Regard sur l’actualité – Loris S. Musumeci

Furent au cœur de l’actualité de samedi dernier, le 11 juin 2016, l’homosexualité et l’islam au sein du drame d’Orlando. Quarante-neuf morts et cinquante-trois blessés, tel est le résultat sanglant. La tuerie a eu lieu dans un club homosexuel d’Orlando, une ville de Floride. Un jeune américain d’origine afghane, Omar Mateen, en est le responsable ; l’acte est revendiqué par l’Etat Islamique.

Au royaume des incohérences d’apparaître en plein soleil à présent, pour l’idéologie libertaire comme pour celle conservatrice, pour les Démocrates comme pour les Républicains américains. Les populistes de la droite puritaine, tels un Trump, profitent de l’événement pour blâmer davantage l’islam et l’immigration. Il faut cependant rappeler que la plupart de ces politiciens ne sont pas tout à fait les meilleurs amis de la communauté homosexuelle. Ils les traitent même bien volontiers de sodomites qui nuisent à la société par leur pratique d’une sexualité « contre nature ». Pourtant, si ces derniers subissent un massacre de la part d’un musulman, autant jouer de la fausse compassion pour consolider ses propos politiques. C’est dégoûtant. Lire la suite Islam et homosexualité à Orlando

Les polnarévolutions

Article partagé par Michel Polnareff sur sa page Facebook le 4 août 2016.

Le Regard Libre N° 8 – Jonas Follonier

Qui est Michel Polnareff ? Que peut-on retenir de son œuvre, de ses révolutions musicales ? Tels seront les deux grands défis de cet article, auxquels je vous invite naturellement à vous intéresser : le jeu en vaut la chandelle. En effet, méfiez-vous de l’image que vous vous faites de cet homme, qui, bien au-delà de ses lunettes et cheveux blonds ondulés qui le caractérisent pour un public large, n’est rien d’autre qu’un génie.

C’est dans la froideur et la tristesse d’une enfance rythmée par le ceinturon facile de son père et la pression qu’il subissait quant à son niveau musical que le jeune Michel, très bon élève, s’avéra très vite (et dut surtout s’avérer) être un pianiste virtuose. La rigueur extrême et étouffante de son cadre familial le poussa à claquer la porte de son foyer à l’âge de vingt ans pour aller, beatnik, jouer de la guitare sur les marches du Sacré-Cœur.

Il est donc très important de bien prendre en compte l’ambivalence qu’il y eut durant son enfance entre le bagage musical classique qu’il acquit et la cruauté du père : par exemple, son fils lui ayant demandé qu’il lui achète une fleur pour l’offrir à une jeune fille qu’il convoitait, L. Polnareff alla acheter un cactus pour son fils pourtant très sage. Ce dernier pointant une mine surprise, l’autorité paternelle lui jeta le cactus à la figure. Lire la suite Les polnarévolutions