Archives par mot-clé : morale

Midterms, Donald Trump et la fin de l’empire

Le Regard Libre N° 45 – Diego Taboada

Les élections de mi-mandat aux Etats-Unis ont mis en exergue la fracture séparant deux Amériques. Plus généralement, la situation aux Etats-Unis correspond peut-être aussi à l’étiolement moral d’un empire en perte d’influence constante.

Après de longues et intenses semaines de campagne aux Etats-Unis, les urnes ont parlé. Les démocrates ont repris le contrôle de la Chambre des Représentants (Chambre basse), perdue en 2010, mais le Sénat reste aux mains des républicains. Peu de surprise cette fois-ci, contrairement au choc qu’avait provoqué l’élection de Donald Trump deux ans auparavant. Les démocrates et progressistes de tous bords se sont réjouis de leur «victoire», qui leur permettront enfin selon eux de mettre des bâtons dans les roues à un président qui jusqu’alors n’avait aucune opposition institutionnelle réelle. La question du lancement d’une enquête visant M. Trump et ses relations avec la Russie devient enfin possible. Plus symboliquement, les médias retiendront l’élection d’un bon nombre de femmes, souvent issues des minorités ethniques – amérindiennes, musulmanes ou encore ouvertement homosexuelles.

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Agassiz, censurer le passé?

Le Regard Libre N° 44 – Jonas Follonier

Au bord du lac de Neuchâtel, aux pieds des Jeunes Rives, se niche la Faculté des lettres et sciences humaines de l’Université, sise à l’Espace Louis Agassiz. Cet espace porte le nom d’un grand scientifique américano-suisse du XIXe, Jean Louis Rodolphe Agassiz, devenu professeur à l’académie de Neuchâtel, qui allait devenir ce que les modernes appellent l’UniNE.

Seulement voilà, c’était sans compter les bien-pensants qui peuplent les différentes ramifications étatiques. Louis Agassiz était un raciste, voyez-vous, il fallait donc, d’urgence, ôter son nom de cet espace et le remplacer par celui, plus politiquement correct, de Tilo Frey, qui a – pardonnez mon sarcasme – la triple compétence d’être une femme, une métisse et une «pionnière de l’égalité». La proposition a été formulée par le Conseil général de la Ville de Neuchâtel et s’est vue validée par le rectorat de l’Université.

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La découverte d’un nouvel intime

Le Regard Libre N° 44 – Hélène Lavoyer

L’amour! L’Amour «vrai»! Incessant partage dont jugements et craintes sont absents, complicité éternelle, permettant de braver à deux tous les périls d’une vie. Ce rêve, cette considération normative de la relation de couple et de l’amour, François Jullien (philosophe, helléniste et sinologue) l’attaque à travers une analyse fine de la sémantique et de la conscience que l’on a de l’«intime». Son essai De l’Intime affirme un genre unique de relation, un nouveau «vivre ensemble».

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«Portnoy et son complexe»

Le Regard Libre N° 43 – Jonas Follonier

Dossier spécial Philip Roth (4/4)

Un petit livre incontournable que Portnoy et son complexe, roman de 1969 ayant valu à l’Américain Philip Roth sa sulfureuse notoriété. L’auteur avait déjà publié un recueil de nouvelles dix ans plus tôt, Goodbye, Columbus, qui n’avait pas obtenu le succès. Néanmoins, les thèmes obsessionnels de Roth étaient déjà présents, à commencer bien sûr par la judéité. Obsessionnel, cet écrivain l’est assurément, comme tous les génies. Imaginez un Tarantino qui ne fût pas obsessionnel, de même qu’un Proust, un Polnareff, un Flaubert ou un Kubrick. Et il est une obsession qui parcourt tout Portnoy et son complexe: celle du sexe.

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L’«Indignation» de Philip Roth

Le Regard Libre N° 43 – Alexandre Wälti

Dossier spécial Philip Roth (3/4)

Mourir bêtement d’un coup de baïonnette par refus de subordination à n’importe quel ordre moral. Finir déchiqueté sur le champ de bataille comme un bout de viande parce qu’on a refusé l’inculcation d’une quelconque tradition. Est-ce que cela en vaut la peine? La question fait écho au terme «indignation» – le sentiment de colère qui soulève une action qui heurte la conscience morale, le sentiment de la justice – titre du roman de feu Philip Roth.

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Une manipulation génétique qui pose des questions

Les lundis de l’actualité – Diego Tabaoda

La semaine dernière, des chercheurs chinois ont réussi à obtenir des souriceaux après reproduction de souris de même sexe, grâce à des manipulations génétiques. Donnée remarquable, les souriceaux ont pu survivre et se reproduire à leur tour: une première dans le monde de la biogénétique. Le développement de cette nouvelle méthode – dont nous vous épargnons les détails techniques – pourrait ouvrir de nouvelles perspectives, notamment dans le clonage et la reproduction des mammifères. Jusqu’à être appliquées chez les êtres humains? Peu probable dans un avenir proche, selon certains scientifiques consultés par les médias généralistes, bien qu’ils ne l’excluent pas complètement.

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Non à l’avortement: quand l’Etat se met à faire le bien

Le Regard Libre N° 42 – Diego Taboada

Le refus du droit à l’avortement en Argentine a été révélateur d’un malaise peu évoqué qui traverse les sociétés: l’acharnement des Etats à décréter et imposer ce qui est bien, en oubliant de faire respecter ce qui est juste.

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« Gaspard va au mariage », le film le plus bizarre de ce printemps

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Déjà le générique aux lettres vertes « fluo » témoigne d’une esthétique particulière, plutôt désagréable. Tout comme la musique qui l’accompagne, digne des pires répondeurs automatiques de filiales commerciales. Puis, une invraisemblable première scène. Sans rire, le hasard de circonstances qui réunit Gaspard (Félix Moati) et Laura (Laetitia Dosch), nous n’y croyons pas une seconde, si tant est que nous y comprenions quelque chose.

Mais, qui l’eût cru, le pire reste à venir. Le spectateur se dit : non, tout de même, ils n’ont pas osé ? C’est bien l’annonce d’un premier chapitre au titre kitsch qu’il voit défiler à l’écran, avec en arrière-fond le plan d’un personnage au ralenti. Au ralenti ! C’est comme si le directeur de la photographie découvrait, euphorique, les quelques options d’iMovie et qu’il tentait une première expérimentation. Redevenons un peu sérieux : ce découpage en quatre parties n’était vraiment pas une bonne idée – un « reste du scénario », selon le réalisateur Antony Cordier – car la matière du film, elle, mériterait une meilleure forme.

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Qu’est-ce que le mal ?

Le Regard Libre N° 36 – Loris S. Musumeci

La question est grave. Les philosophes s’y sont écorchés. Ce qui pose la difficulté majeure pour une interrogation d’une telle ampleur, c’est son mystère inépuisable, le sentiment de frustration qu’elle provoque à ne jamais pouvoir y apporter une réponse satisfaisante. L’article se limitera donc à quelques réflexions, inspirées de maîtres.

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« Momo » : mauvais, mauvais…

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Dans la comédie Momo, à l’affiche depuis le 27 décembre, Christian Clavier endosse une fois de plus le rôle d’un bourgeois français, bohème ou bourru, peu importe. Oui, car on connaît la chanson. Après un Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? d’une grande qualité qui tournait en dérision les mariages cosmopolites et un A bras ouverts moyennement apprécié où le jardin de Clavier se faisait envahir par des Roms, le nouveau fond de commerce du célèbre interprète de Jacquouille semble suivre une pente de la mort.

A présent, place à l’arrivée d’un sourd dans la vie du riche. Un sourd ridicule que personne ne comprend et qui apparaîtra bien vite comme le fruit d’une des relations extra-conjugales de Clavier. On peine à rire devant cette énième comédie franchouillarde ne reposant sur rien d’autre que l’adage « on peut rire de tout ». Certes, tout objet est un sujet risible en puissance, mais encore faut-il qu’il soit servi avec goût, surtout au cinéma. Les chefs-d’œuvre Le dîner de cons ou La soupe aux choux ont beau être des comédies françaises à la sauce beauf, elles ne peuvent cependant pas être vues comme de simples copies de brèves de comptoir. Il y a un art de la beaufitude. Continuer la lecture de « Momo » : mauvais, mauvais…