Quand tout est dit dans le titre

Les bouquins du mardi – Diana-Alice Ramsauer

Journal de bord d’une jeune Iranienne hantée par une vieille folle moralisatrice est le prototype de l’ouvrage d’une auteure qui n’a pas su vraiment ce qu’elle voulait dire avec son bouquin. Rien n’est mauvais dans ce roman graphique. Mais rien n’est vraiment bon non plus. Peut-être parce qu’il n’y a pas grand-chose tout court. Cette introduction ne vous donne pas envie de lire la suite de l’article? C’est regrettable: il y a quand même quelque chose à prendre dans ce premier ouvrage de Shaghayegh Moazzami.

Une fois que l’on a lu le titre, on connaît déjà l’histoire. C’est le journal de bord d’une jeune Iranienne qui est hantée par une vieille moralisatrice. Si l’on ajoute un peu de chair à ce descriptif: on fait connaissance avec une immigrée iranienne dessinatrice de presse qui arrive au Canada pour échapper aux restrictions de son pays. Elle s’appelle Shagha (l’auteur se nomme Shaghayegh Moazzami) et elle ne sait pas très bien ce qu’elle va faire de sa vie.

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Tout à coup, une «vielle moralisatrice» apparaît dans son récit. Ce petit démon posé sur son épaule la traite alors de putain occidentalisée, de fille déflorée, mais surtout de garce, de garce, de garce et encore de garce. Du soir au matin. Nulle difficulté de comprendre que cette vieille femme représente la voix des codes iraniens qui la poursuit dans sa vie au Canada.

Enfoncer des portes ouvertes

Et c’est là où le récit manque sa cible. Tenter de comprendre les déchirements d’une jeune Iranienne arrivée au Canada au travers de cette vieille moralisatrice? Pas inintéressant du tout. Apprendre qu’en Iran les droits constitutionnels des femmes et des hommes ne sont pas les mêmes… Représenter le poids de la religion sur la vie quotidienne en montrant l’interdiction de manger du porc… Illustrer la censure dans la République islamique par l’impossibilité de mettre la main sur un album de Tintin? Merci, on était déjà au courant. Un scénario simpliste et ennuyeux.

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Ça vaut bien une heure de lecture

Un simple conseil: n’achetez pas cet ouvrage. Si par contre on vous l’offrait par le plus grand des hasards: ne le refilez tout de même pas avant de l’avoir lu. Pourquoi? Tout d’abord parce que le dessin n’est pas désagréable. Il y a une très subtile alternance entre les traits «croquis/au fusain» de la vie quotidienne de Shagha et les lignes plus claires des retours en arrière historique qu’elle raconte.

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Aussi parce que l’auteure a une manière de dessiner les deux hommes de sa vie avec une certaine finesse: le premier, représenté tout d’abord sans tête, simplement comme un corps présent; le second, esquissé comme un nuage de coton moelleux. Enfin, parce que malgré le côté simpliste et caricatural de l’entièreté du bouquin, la représentation de la relation entre Shagha et son mari sort des codes. Et cela fait du bien de lire le récit de ruptures saines. Rien que pour cela, l’ouvrage valait bien une chronique.

Ecrire à l’auteure: diana-alice.ramsauer@leregardlibre.com

Crédit Photo: © Diana-Alice Ramsauer pour Le Regard Libre

Shaghayegh Moazzami
Journal de bord d’une jeune Iranienne hantée par une vieille folle moralisatrice
Editions ça et là
2021
208 pages

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