Archives par mot-clé : religion

«Le Jeune Ahmed», prix de la mise en scène à Cannes

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

«Un vrai musulman ne serre pas la main d’une femme.» 

Ahmed a treize ans. Mais c’en est déjà fini des jeux de l’enfance. Plus de Playstation, plus de posters, plus de bêtises. Désormais, c’est la foi qui a pris toute la place. Ahmed veut être un vrai musulman. Il se radicalise, comme on dit. Seules comptent les paroles de son imam; seul son cousin est digne de vénération, parce qu’il est parti mourir en martyr au front avec l’Etat Islamique. Ahmed veut passer à son tour à l’action, en tentant d’assassiner sa prof d’arabe, Madame Inès, trop libérale à ses yeux. Il échoue, il entre en centre de détention. Mais l’idéologie continue de le suivre.

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«Boy Erased» et la réorientation sexuelle

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

«Le diable te tentera sans cesse.» 

Jared Eamons est sage et pieux. Un vrai petit américain qui travaille bien à l’école, qui obéit à ses parents avec lesquels il discute beaucoup, qui donne un coup de main au garage Ford de son papa, et qui ne manque pas un dimanche à l’église. Le père est pasteur, donc normal. Jared a des amis qui sont de braves gars, et il a même une petite copine. Lorsqu’il quitte le foyer familial pour aller étudier à l’université, il se découvre – ou s’avoue – un penchant pour les garçons; de plus en plus imposant. Les circonstances font que ses parents sont avertis par l’université. Inadmissible. Il faut corriger le jeune, le remettre sur le droit chemin. Heureusement, l’institut Love in Action est spécialisé dans la réorientation sexuelle. Quitte à utiliser des méthodes quelque peu douteuses. L’histoire de Jared est une histoire vraie.

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«Grâce à Dieu» et aux paroles creuses

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

«Au fond, je savais; on savait tous, et on n’a rien dit.» 

Les faits sont désormais bien connus. Pour l’affaire Preynat, comme pour d’autres affaires de pédophilie concernant l’Eglise catholique à travers le monde. Un film au cœur de l’actualité, donc. François Ozon a pour autant voulu rester dans la fiction, plutôt que de se diriger vers le documentaire. Inspirée directement et étroitement de la réalité, l’histoire d’Alexandre, et celle d’autres victimes d’abus sexuels lorsqu’elles étaient scouts dans le diocèse de Lyon, est portée à l’écran pour provoquer le choc nécessaire à faire bouger les choses. A «libérer la parole».

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«Arcadie»: quand libertinage et religion ne font qu’un

Les bouquins du mardi – Loris S. Musumeci

«Sans Arcady, nous serions morts à plus ou moins brève échéance, parce que l’angoisse excédait notre capacité à l’éprouver. Il nous a offert une miraculeuse alternative à la maladie, à la folie, au suicide. Il nous a mis à l’abri. Il nous a dit: ‘N’ayez pas peur.’»

Farah vit avec ses parents et sa grand-mère dans la communauté libertaire d’Arcadie, la Liberty House. Portant toutes les caractéristiques graves et comiques d’une secte, Arcadie est dirigée par son fondateur Arcady, un prophète de l’amour à l’appétit sexuel très large. Farah y passe une enfance plutôt heureuse. Elle jouit de la nature verte et immaculée qui entoure le domaine isolé. Mais voilà que l’adolescence surgit, avec son lot de questions. Et ses pulsions de révolte. 

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«Au nom du père», de ses deux fils et de son esprit détraqué

Les mercredis du cinéma – Diana-Alice Ramsauer

Un article paru dans Bon pour la tête

Oui, la série Au nom du père regroupe tous les questionnements d’une frange de la population aisée, centrée sur son petit épanouissement personnel: rapport au père, problème de couples, spiritualité, gestion des émotions ou encore découverte d’une sexualité LGBTQIA*. Et pourtant, la force des émotions qui en ressort n’est pas anodine. Le jeu de l’acteur Lars Mikkelsen, primé aux Emmy Awards pour la meilleure interprétation masculine, n’est pas étranger à la puissance du récit. Continuer la lecture de «Au nom du père», de ses deux fils et de son esprit détraqué

« Le Poirier sauvage »

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

Expérience étrange. Qui suscite même un certain malaise. Réaction assez normale pour un film d’auteur. Le Poirier sauvage. Car il s’agit bien d’un authentique film d’auteur, et pas des moindres. Cependant, il ne passe pas avec tout spectateur. La nouvelle réalisation de Nuri Bilge Ceylan signe-t-elle un (très) long-métrage vraiment mauvais ? Est-elle inaccessible ? Le trop-plein d’arrogance de Sinan, le protagoniste principal qui veut devenir écrivain, et du film en lui-même voile-t-il un chef-d’œuvre ? L’arrogance est-elle, au contraire, le reflet d’un faux grand réalisateur qui a réalisé un faux grand film ?

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« Diable d’acteur et Dieu en bouteille » : le conte d’une soirée avinée

Les lettres romandes du mardi – Alexandre Wälti

Le neuchâtelois Roger Favre a écrit son Diable d’acteur et Dieu en bouteille comme un conte dont le lecteur boit autant les paroles qu’il respire les effluves d’alcool des deux personnages. Il pourrait se croire dans un soir de weekend interminable. Une histoire dont le point de départ est d’une simplicité ahurissante : une conversation de bistrot. Un voyage littéraire nourrit par l’Histoire avec le rire sarcastique au coin des lèvres en bonus.

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Fabrice Hadjadj, un penseur du sexe et de l’écologie intégrale

Le Regard Libre N° spécial « Ecologie : pour un revirement intégral » – Loris S. Musumeci

Fabrice Hadjadj est connu comme le philosophe juif au nom arabe et de confession catholique. Auteur de nombreux essais et œuvres littéraires, le penseur dirige également l’Institut Philanthropos à Fribourg. Il s’intéresse depuis quelques années à l’écologie, thème auquel il est parvenu par le biais de réflexions sur la chair, la sexualité et la famille. Rencontre. Continuer la lecture de Fabrice Hadjadj, un penseur du sexe et de l’écologie intégrale

L’islam en Suisse : l’heure du débat ?

Regard sur l’actualité – Nicolas Jutzet

L’entrevue donnée par Saïda Keller-Messahli dans Le Temps du 2 septembre fait son effet sur le lecteur. Dans le cadre du lancement de son nouveau livre Islamistische Drehscheibe Schweiz: Ein Blick hinter die Kulissen der Moscheen, elle veut nous avertir sur le problème que pose l’islam actuellement dans notre pays. La présidente et directrice du Forum pour un islam progressiste dresse un constat alarmant.

C’est le moins que l’on puisse dire. Selon elle, il existe « une stratégie globale qui vise à implanter un islam conservateur, rétrograde, discriminant et parfois violent » et que « l’islam radical s’est invité dans les mosquées suisses ». Elle indique par ailleurs que « chaque mosquée ou presque à son jardin d’enfants ou son groupe de jeunes. Il s’avère que ce sont des lieux d’endoctrinement religieux ». Continuer la lecture de L’islam en Suisse : l’heure du débat ?

« Je te souhaite d’être heureux dans tes solitudes », mars 1958 – décembre 1969

Le Regard Libre N° 26 – Loris S. Musumeci

Jours fastes (5/6)

Embarras, incertitudes et lassitudes pétrissent les missives de Corinna Bille et Maurice Chappaz. Tout particulièrement celles du quatrième chapitre de Jours fastes, « Je te souhaite d’être heureux dans tes solitudes », présentant les échanges de 1958 à 1969. Reste, pour la gloire de l’amour, une partie majeure d’affection et de tendresse entre les deux écrivains. Dans un langage toujours aussi vrai ; à eux la parole.

Tourments laboureurs

« Je crois que j’arriverai à sortir des embarras financiers.
Je pense à toi chaque jour. J’espère arriver à une époque où tu seras déchargée. Je n’ai pas toujours de la patience, certes mais je me laisse prendre par les soucis, les obsessions lorsque je ne peux pas retrouver la joie dans la poésie, dans l’écriture.
Mais tu es toujours en moi comme ma plus belle certitude.
Je t’embrasse ainsi que les petits.
Maurice »

C’est un Maurice bien angoissé qui se retrouve tout au long de cette partie de correspondance. Il n’en désire pas moins des lendemains plus sereins, dans une confiance ardente. Continuer la lecture de « Je te souhaite d’être heureux dans tes solitudes », mars 1958 – décembre 1969