Seriez-vous prêts à croire au retour du «Messiah»?

Le Netflix & chill du samedi – Loris S. Musumeci

L’attente ardente du retour de Jésus-Christ, le Messie, est chantée chaque dimanche dans les églises chrétiennes du monde entier. Les Juifs, n’ayant pas reconnu en Jésus de Nazareth la figure du Sauveur, attendent encore et toujours leur Messie. En islam, particulièrement dans sa branche chiite, on attend Al Mahdi. Une sorte de Messie lui aussi, qui sera douzième et dernier imam, dernier successeur du prophète Mahomet. Allah l’enverra sur Terre dans une période de troubles, vers la fin des temps derniers.

Trêve de théologie pour en venir à la série Netflix Messiah. Donc ce Messie, tout le monde l’attend. Et c’est tout le sujet des dix épisodes de la première saison messianique sortie en début d’année. Parce que le Messie est de retour. C’est pour le moins ce que certains croient. C’est pour le moins ce que l’on suppose. Toute la première saison oscille entre croyance illuminée et scepticisme. Des protagonistes, comme du spectateur.

Suivre ledit Messie

Syrie, de nos jours. Guerre, misère, Daesh. Une ville est sur le point d’être ravagée par les tanks islamistes. Tempête de vent, qui arrête net l’assaut. Au milieu de cette tempête se trouve un homme inébranlable, fixe. Il parle à la foule qui se protège du vent. Message d’espérance et de paix, mais aussi avertissement radical des souffrances à venir pour l’humanité. Un groupe d’hommes et de femmes sont séduits; ils décident de suivre ce personnage qu’ils acclament en Messie. Ils le suivent jusqu’à la frontière israélienne, où les problèmes commencent pour eux.

De la frontière, on retrouve ledit Messie à Jérusalem, esplanade des Mosquées. Agitation, coup de feu d’un policier israélien sur un enfant palestinien. Et là, c’est le deuxième miracle qui advient. Le Messie passe sa main sur la blessure mortelle de l’enfant et le guérit. Il disparaît ensuite pour se retrouver dans un village du Texas où d’autres miracles provoquent à la fois la fascination et la méfiance envers ce personnage mystérieux. Aux Etats-Unis, tout prend de l’ampleur. Arrestation du Messie, procès, libération, puis prédication jusqu’au cœur de Washington, jusqu’à la Maison Blanche. Le monde entier a les yeux tournés vers cet homme, qui à ce point, ne peut-être que le Fils de Dieu, ou le plus doué des imposteurs, le plus dangereux semeur de zizanie.

Le spectateur est captivé

En tout cas, en produisant un tel sujet, Netflix montre son ouverture à tout type de thème. Non, il n’y a pas que des coups de poing et du sexe sur la plateforme. Il est vrai néanmoins que lorsque c’est le retour du Messie qu’on traite par le biais d’une série grand public, on peut s’attendre à du grand n’importe quoi. Eh bien ce n’est pas le cas. Messiah compte son lot de clichés, de défauts, voire d’énormités, mais ce n’est en tout cas pas une série inintéressante.

Le spectateur est captivé. Il ne peut que difficilement s’arrêter après un épisode. Chaque fin d’épisode appelle avec urgence le prochain. Vous me direz que c’est le but d’une série. Je vous répondrais que c’est le but auquel parvient une série réussie. Le réalisateur Michael Petroni a été blâmé pour blasphème par quelques bigots, mais personne n’a pu lui reprocher le découpage en épisodes de sa première saison. La procédure est assez classique. On coupe à un moment fatidique, puis on reprend l’épisode suivant par un prologue sans réattaquer directement l’action en cours dans l’épisode précédent.

Et même au niveau d’autre éléments formels de la réalisation, il n’y pas vraiment de quoi critiquer Petroni. Messiah n’a pas la photographie d’un film d’auteur, c’est certain, mais la mise en scène comme les décors relèvent d’un bon niveau. Surtout pour les scènes de désert, où l’on s’y croit vraiment. On est réfugié avec les réfugiés dans l’étendue chaude et infinie, en suivant un Moïse ou un Messie sans savoir ce qui nous attend.

Le Messie en training

La construction des personnages paraissait assez caricaturale et superficielle lors des deux premiers épisodes; leur complexité se révèle toutefois au fur et à mesure qu’on les connaît un peu, qu’on les suit. Que ce soit pour l’agent de la CIA Eva Geller (Michelle Monaghan) ou pour l’agent des services secrets israéliens Aviram Dahan (Tomer Sisley). Tous les deux pourchassent le Messie, mais ils pourchassent en réalité bien d’autres fantômes qui hantent leur histoire personnelle respective.

Le pasteur texan et sa famille que vient visiter le Sauveur réservent les plus grandes surprises au niveau de leur évolution. Et l’acteur qui joue le rôle du pasteur (John Ortiz) est le plus émouvant et le plus prenant de tous. Le plus marquant qui montre à travers les seules expressions de son visage le plus amer désespoir mêlé de la plus lumineuse espérance pour lui, pour sa famille et pour toutes les personnes qu’il aide et qu’il assiste.

Et ce fameux Messie alors? Bon, si je vous dis qu’il a une barbe, des cheveux longs et qu’il ressemble à un hippie, vous me direz qu’il est caricatural. Oui! Al Massiah a tout de la figure christique un peu redondante. Mais on laisse tomber la toge, la djellaba ou tout autre robe pour passer au training bien de la street, bien à la mode. Au-delà de son apparence, ce personnage est interprété avec beaucoup de conviction par l’acteur belge Mehdi Dehbi – une fois! – qui sait rendre son Messie tout aussi profond et dur par son insaisissable regard qu’insupportable par ses insaisissables propos.

Le Messie est vague; il échappe toujours aux questions, soit en y répondant trop simplement, soit en faisait des détours qui ne mènent à rien. Il ne répond même pas à la question si oui ou non il est le Messie. Il se contente de dire «c’est toi qui l’affirme», ou «si telle est la volonté de Dieu» ou d’autres échappatoires du genre. C’est ce qui provoque la fascination des adeptes qui boivent ses paroles; c’est ce qui provoque l’agacement de ceux qui ne voient en lui qu’un malin, un imposteur, qui manipule à sa guise un troupeau de brebis égarées. En cela, la ressemblance avec la figure du Jésus de la Bible est assez bien amenée.

Trop américano-centré

Si ce n’est que le Messie de Netflix est bien plus politisé que Jésus. Même un peu trop. Ce n’est pas un reproche adressé au personnage fictif créé par Michael Petroni, mais à Micheal Petroni lui-même. La voix qu’il donne à son protagoniste principal quand il parle de la politique étrangère des Etats-Unis vaut à peine une discussion de bistrot. On est dans les grandes affirmations, les grandes théories qui arrivent évidemment à la conclusion que les Américains et leurs soldats ne sont pas très gentils et qu’en fin de compte, si les USA retiraient leurs troupes du Moyen-Orient, la paix règnerait dans le monde entier.

D’un point de vue politique, le scénario n’accomplit donc pas de prouesses; il se contente plus volontiers de déballer des banalités, qui pour la plupart sont fausses d’ailleurs. Sans compter que les seuls pays dont on parle sont Israël, les territoires palestiniens, la Syrie, l’Iran, la Russie et les Etats-Unis. Merci pour les autres! Alors, le Christ, c’est bon pour la CIA, le Mossad, mais peu importe du reste. En somme, trop américano-centré.

Le cœur de Messiah reste néanmoins la question du retour du Messie et encore plus de sa réception parmi les hommes. Mais il s’agit d’une question qui est posée dans une œuvre de fiction. Cela n’a donc aucun sens de crier au blasphème ou je ne sais quoi. Dans un roman comme dans un film, on construit le personnage qu’on veut comme on veut. On dessine les traits du Messie, du Christ, d’un terroriste, d’un magicien, d’un imposteur ou d’un taré tels qu’on souhaite les montrer. Au pire, on dénoncera un brin d’indécence ou de mauvais goût.

Seriez-vous prêts?

Quoi qu’il en soit, rien ne paraîtrait plus loufoque et déplacé qu’un Messie de nos jours. Et pourtant, les religions qui ont façonné, qui embellissent et déforment le visage de l’Occident et du Proche ou Moyen-Orient attendent sa venue. Comment réagiriez-vous aujourd’hui si vous aviez le Messie face à vous? Seriez-vous prêts à le croire? Seriez-vous prêts à le suivre? Seriez-vous prêts à tout lui confier, à commencer par votre propre vie, après l’avoir vu rendre la vue aux aveugles, rendre le souffle aux morts? Seriez-vous prêts à accepter la folie d’un Dieu si lointain qui se ferait tout proche, si proche à en devenir humain parmi les humains?

Et si ce Messie était au contraire le plus perfide, le plus pervers des imposteurs? Seriez-vous prêts à résister à sa tentation? Sauriez-vous reconnaître ce faux prophète vous balançant de la vraie poudre aux yeux? Sauriez-vous savoir? Sauriez-vous faire? Sauriez-vous agir correctement?

Sauriez-vous écouter au fin fond de votre cœur la voix d’un homme vous indiquant«le chemin, la vérité, la vie»?

Ecrire à l’auteur: loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédit photo: © Netflix

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Une réflexion sur « Seriez-vous prêts à croire au retour du «Messiah»? »

  1. Pas mal cette serie, cela se regarde.
    Quant au messie je l’ai connu, j’ai sa date de naissance.
    C’est une date soi-disant secrete. De ce fait, ça a fuité de chez les francs maçons… Apparemment eux savent également que son retour en « public » aura lieu en 2022 car ce sera alors l’armageddon sur la Terre…

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