« Les Fantômes d’Ismaël » ou le passé qui nous rattrape

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 5 juin 2017, 20h30 – 21h00

« Ne sois pas jalouse des fantômes, ma chérie. »

Vingt et un ans, huit mois et six jours que Carlotta (Marion Cotillard) a disparu. Son mari, Ismaël (Mathieu Amalric), imbibe d’alcool son deuil inassouvi. Son père, Monsieur Bloom (Laszlo Szabo), vit dans l’horreur constante d’imaginer voir sa fille partout. Et voilà qu’elle ressurgit d’entre les morts, sereine. « Je suis partie seule. Je sais plus pourquoi. »

Elle apparaît un après-midi de soleil doux, sur une plage limpide de Bretagne. Seulement, cela fait deux ans qu’Ismaël est sur une voie – maladroite – de reconstruction. Il a rencontré Sylvia (Charlotte Gainsbourg), une astrophysicienne austère et maternelle. Le fantôme, s’imposant d’un élan naïf et blessé, triangule la relation amoureuse.

Le mélodrame à tendances psychologiques et comiques ne s’arrête pas à cette seule trame. Une histoire en imbrique une autre. Toujours plus incomplète et en suspend. C’est d’ailleurs dans un autre plan de réalité que s’ouvre Les Fantômes d’Ismaël. Quai d’Orsay, au Ministère des Affaires étrangères. On y retrouve le mystérieux Ivan Dédalus (Louis Garrel), personnage principal du thriller qu’Ismaël est en train de réaliser avec peine. L’auteur et son Ivan souffrent de la même maladie leur infligeant d’affreux cauchemars toutes les nuits, le syndrome d’Eleseneur.

Il est justement question de cauchemar tout au long du nouveau film d’Arnaud Desplechin, comme il est question aussi de famille, de filiation, de regrets et dépendances, ou encore du temps qui passe. L’œuvre cinématographique a ouvert ce festival de Cannes, bien qu’hors compétition. Elle le doit sans doute à son genre « film d’auteur ».

Une réussite, qui plonge le spectateur dans un monde très terre-à-terre par ses personnages banalement perdus dans des événements qui dépassent leur faiblesse toute humaine. Un monde aussi onirique dans sa confusion entre fiction et réalité. Enfin, un monde théâtral par la récitation poétique et romanesque invoquant du Rilke, transfigurant le quotidien de tout un chacun en tragédie du passé qui nous rattrape.

« Absente. Et ça n’a rien pu apaiser. »

Ecrire à l’auteur : loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédit photo : © lepacte.com

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