Une soirée sucre d’orge au Montreux Jazz Festival

Le Regard Libre N° 30 – Jonas Follonier

Le Montreux Jazz Festival, réputé pour son acoustique exceptionnelle, repose sur une longue tradition mettant en valeur la qualité musicale et les liens subtils entre les différents genres. Le 10 juillet dernier, deux révélations de la chanson française actuelle se sont succédées dans l’atmosphère intimiste et privilégiée du Montreux Palace.

Pour sa cinquante-et-unième édition, le Montreux Jazz Festival a inauguré les « Out of the box », permettant à quelques artistes coups de cœur de se produire dans des lieux historiques de la région. Au Fairmont Le Montreux Palace, le festival a eu l’excellente idée de réunir sous une même soirée deux auteurs-compositeurs-interprètes français. Deux très bons musiciens. Elle, une amoureuse de la musique du langage ; lui, un amoureux du langage de la musique.

Juliette Armanet, un ange tombé du ciel

Qui se rend à un concert de Juliette Armanet a besoin de temps pour s’en remettre. C’est que l’ancienne reporter à Arte et France Culture, révélée pour son talent musical lors du concours « inRocKs lab 2014 », marie la féminité à l’intelligence. Et cela donne quelque chose d’envoûtant, d’enivrant, d’ensorcellant.

Seule devant son piano à queue, c’est un moment très intime que nous a proposé la chanteuse, considérée à juste titre comme l’héritière de William Sheller et de Laurent Voulzy, son idole. Juliette Armanet se situe dans un univers mélancolique complaisant et lance les mots comme des notes colorées, des bulles de savon. Sa voix semble éviter les imperfections du direct, tant elle paraît parfaite. Quant à son attitude, c’est clairement celle d’une coquine. Multipliant les clins d’œil à la gente masculine, elle a même invité quelqu’un du public à venir s’asseoir à côté d’elle pour le temps d’une chanson romantique. La charmante Armanet ne manque pas d’audace. C’est sans doute ce qui fera d’elle une star.

Son premier album est sorti cette année, sous le prestigieux label Barclay. Intitulé Petite amie, cet opus parle de l’amour tendre dans son ensemble. L’amour passé, certes, mais également la volonté d’indépendance et l’impact qu’ont nos sentiments sur notre vision du monde. Un album concept, en somme, riche d’arrangements pop absolument réussis qui n’empiètent pas sur le piano demeurant l’instrument central des chansons.

L’amour inassouvi
S’effacera sous la pluie
J’n’y verrai plus que du feu
Ce sera merveilleux
Merveilleux
Oui, le bleu du ciel
Sera éternel

(Sous la pluie)

Si vous ne connaissez pas Juliette Armanet, rappelez-vous de son nom, car elle a un grand avenir devant elle. Surtout, prenez une bonne demi-heure pour écouter ses chansons, à votre domicile, dans le train ou au bord de l’océan. L’indien, A la Folie, L’amour en solitaire ou Alexandre ne sauraient vous laisser de marbre.

L’amour en solitaire en live au Fairmont Le Montreux Palace :

L’univers d’Albin de la Simone

Après le choc sensuel de Juliette Armanet, il me fallait bien quelqu’un pour me faire redescendre sur Terre. Albin de la Simone fut cet homme. Plus pragmatique, moins aérien, son univers n’en est pas moins atypique. Un guitariste et percussioniste, une violoncelliste et choriste et une violoniste et choriste accompagnent Albin de la Simone, qui chante assis derrière son clavier. Seuls le chanteur et son instrument sont amplifiés par un petit haut-parleur. Le concert est quasiment acoustique. De quoi s’assurer un public à l’oreille attentive et à la bouche silencieuse.

Côté paroles, un tout autre registre que la jeune chanteuse. Finie, la passion amoureuse. « On ne parlait pas d’amour. L’amour, ça n’existait pas. » Place à l’humour de bon goût : « Parlons de moi, et grandissons. Faisons de moi notre passion. » Albin de la Simone est un homme de fine dérision, qui accompagne par la gestuelle chacune de ses trouvailles. Ce sont des histoires qui sont racontées au public.

Côté musique, une pure merveille. C’est quand on comprend que l’arrangeur de Pascal Obispo, d’Alain Souchon ou encore de Vanessa Paradis aurait pu choisir mille autre registres musicaux, que cela devient encore plus touchant de découvrir précisément le registre qu’il a choisi. Construits sur une base jouée au clavier, les arrangements nous font entrer dans un monde feutré fait d’enfance et de fulgurances. Mes épaules, La fleur de l’âge, Ma barbe pousse, autant de perles à écouter dans son salon, à défaut du Montreux Palace.

Ecrire à l’auteur : jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo : © RTS / Alberic Jouzeau – Universal Music France

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