Leif Vollebekk, « Twin Solitude »

Les mélodies du jeudi – Alexandre Wälti

La mélancolie, c’est vrai. Nous pouvons l’entendre dans la musique de Leif Vollebekk. Mais pas seulement. Il y a surtout une maîtrise du groove qui n’est pas commune chez les songwriters. Le Canadien m’est tombé une première fois dans les oreilles en 2010 avec l’album intimiste Inland. Heureusement !

Je réécoute souvent Inland avec beaucoup de plaisir. Quand j’ai besoin d’authenticité musicale. Quelque chose de l’ordre de l’inachevé le caractérise encore aujourd’hui, peut-être le charme du premier album. La guitare acoustique n’y est pas dissimulée derrière des arrangements trop précis. Elle est brute et parfois imparfaite.

Elle y domine et sert ce recueil de petites mélodies fugitives dont les émotions touchent sans détour comme l’harmonica de Quebec ; puis les sensations s’enfuient comme un hobo pressé par une note de piano ou le crissement d’un violoncelle, l’empreinte musicale des plaisirs éphémères. Par ailleurs, l’artiste a enregistré ce premier album à la suite d’un séjour en Islande ; là-bas, sur l’île mélomane, où il a puisé dans la prolifique scène locale avant de revenir au Canada et d’enregistrer dix morceaux.

Les accords acoustiques groovent aussi

Depuis, il y a eu North Americana en 2013 et, enfin, Twin Solitude en 2017. Un troisième album qui nous intéresse à présent plus particulièrement. En ouverture, Vancouver Times impose le changement de ton et surtout l’évolution. Une mélodie bien plus ronde que les précédentes, plus arrangée. Trop ? La question se pose d’office et annonce une cassure. Le piano est plus présent que par le passé. Notons que le gaillard est un multi-instrumentiste et qu’il peut s’amuser presque avec tout ce qui traîne dans un studio.

La suite ? La magie opère dès All Night Sedans. Un fond sonore qui se compose de vagues successives de guitare électrique. La métaphore est parfaitement adéquate puisque les doigts du musicien donnent l’impression de glisser comme le flux et reflux d’un océan sur son instrument. Une batterie à la rythmique très jazzy s’y superpose pour créer une véritable surprise et provoquer une sérénité toujours bienvenue. Ces deux caractéristiques et le rythme « groovement » lancinant forment le véritable fil rouge de Twin Solitude.

Heureusement que la guitare acoustique resurgit ! Elle entre notamment en dialogue avec une pedal steel guitar dont les effets habillent d’intensité le merveilleux Road To Venus. Et que dire de l’intriguant East Of Eden ? Où la guitare électrique prend des airs de country mâtinée d’une pop enivrante.

Leif Vollebekk garde dès lors ses racines de songwriter dans la tradition des Bob Dylan et autres héritiers. Cependant, il ajoute juste ce qu’il faut de groove pour rendre sa musique unique. En bref, Twin Solitude contient le rêche de l’être et la fragilité du coeur.

Ecrire à l’auteur : alexandre.waelti@leregardlibre.com

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