Archives du mot-clé mélancolie

« La Passion Van Gogh », la première peinture animée de l’histoire du cinéma

Les mercredis du cinéma. La critique du soir – Jonas Follonier

Pour la première fois dans l’histoire du cinéma, un film d’animation voit le jour sur la base de peintures, et non d’images. Des peintures produites à la main, se voulant le plus proche possible du style de Vincent Van Gogh. La Passion Van Gogh raconte l’histoire d’Armand Roulin, fils du facteur qui transmettait les nombreuses lettres du peintre. Le facteur a demandé à son fils de remettre la dernière lettre de Vincent, désormais mort, destinée à son frère, Theo Van Gogh.

Apprenant que ce dernier est lui aussi décédé, Armand Roulin va mener l’enquête sur la mort de l’artiste. Ce sont des personnages peints par Van Gogh lui-même qui se succèdent sur l’écran, pour le plus grand bonheur de l’esthète comme du cinéphile. Ensuite, c’est un travail colossal : plus de soixante mille peintures réalisées manuellement pour l’occasion, numérisées et animées par les technologies modernes, pour leur offrir un mouvement perpétuel. C’est tout l’univers de Van Gogh que nous retrouvons, les champs de blé, le village d’Anvers, la nuit étoilée, les corbeaux, l’ivrogne assoupi.

Quelques bémols

Lire la suite « La Passion Van Gogh », la première peinture animée de l’histoire du cinéma

Cézanne rayonnant à la Fondation Gianadda

Le Regard Libre N° 31 – Loris S. Musumeci et Jonas Follonier

La Fondation Pierre Gianadda, à Martigny, en Valais, accueille une centaine d’œuvres du maître d’Aix. L’exposition se tient du 16 juin au 19 novembre. Se laissant apprécier pour ses tonalités variées, elle place à l’honneur autant les portraits que les natures mortes ou les paysages de Cézanne. Ces derniers gardent cependant un rôle particulier à jouer : ouvrez grand votre esprit, les terres du peintre se mettent à chanter.

Après un passage des impressionnistes Degas, Manet, Gauguin, Van Gogh, Morisot, Renoir et Monet, c’est Paul Cézanne qui habite les murs de la Fondation artistique. Il est d’ailleurs un emblème de ce mouvement. Père de la modernité picturale, il choqua par son style épais et tacheté. Il permit l’audacieuse innovation d’une lumière qui fait vivre autant les paysages que les visages. Cela ne se déploya pas sans un manque de reconnaissance à son époque, et une grande solitude.

Un titre symphonique

Daniel Marchesseau, commissaire de l’exposition, s’est tout naturellement inspiré de l’état d’âme du personnage pour le choix du titre : Le Chant de la Terre. C’est le nom d’une symphonie de Mahler, dont les liens à Cézanne paraissent parler d’eux-mêmes. Dans un entretien au Figaro, le commissaire expliquait : « Ce sentiment de terrien qui est celui de Cézanne, ce marcheur accroché à sa lande, à sa terre, mort après avoir peint des heures sous la pluie, m’a semblé en profonde résonnance avec Le Chant de la Terre de Mahler. J’ai réécouté cet ensemble de lieder écrit pour voix seule : Cézanne lui aussi est seul, et l’orchestration de ses coloris, de ses panoramas, de ses mondes intérieurs, donne à sa peinture une dimension symphonique. La rencontre avec Mahler m’a semblé naturelle. » Lire la suite Cézanne rayonnant à la Fondation Gianadda

Marc Chagall, « Le Champ de Mars »

Le Regard Libre N° 30 – Loris S. Musumeci

Regard vers le peintre-poète : Chagall (3/3)

Les années cinquante marquent le moment trouble qui fête une guerre achevée, mais pleure encore ses douloureuses reliques. Le Champ de Mars (1955) traduit ce regard mélancolique et joyeux de Marc Chagall (1887-1985) sur Paris, ville qu’il a aimée.

Paris. Chagall y vécut de nombreuses années ; si bien en pauvre débutant, qu’en peintre reconnu et admiré. De la misère en sa location à « la Ruche », recoin des bohèmes, il raconte dans Ma Vie : « Atelier comblé de tableaux, de toiles qui n’étaient pas d’ailleurs des toiles, mais plutôt mes nappes, mes draps, mes chemises de nuit mis en pièces. » Alors même que « Paris ! Il n’y avait pas un mot qui fût plus doux pour moi. » En 1941, l’artiste est poussé au port de Marseille par la guerre qui fait rage, et embarque pour l’Amérique. Paris sera retrouvé, après la guerre. En deuil.

Marc Chagall, "Le Champ de Mars"
Marc Chagall, « Le Champ de Mars »

Lire la suite Marc Chagall, « Le Champ de Mars »

Rencontre avec Elisa Shua Dusapin, une révélation métissée des lettres romandes

Le Regard Libre N° 29 – Loris S. Musumeci

En plus d’être jeune et charmante, Elisa Shua Dusapin apparaît sur la scène des lettres romandes comme une révélation envoûtante, pour sa plume délicate et son sens du métissage. De mère coréenne et père français, l’écrivain a grandi à la frontière de ces deux cultures. Ce qui a donné une tonalité multiculturelle à son premier roman, Hiver à Sokcho (2016). Il y est question de la rencontre entre une narratrice franco-coréenne dont on ne connaît le nom et Kerrand, un auteur de bande-dessinée normand. Elle, travaille dans une pension miteuse pour financer ses études ; lui, devient son hôte en quête d’inspiration. Se tisse entre ces deux êtres, que tout semble séparer, un lien empreint d’angoisse et de sensualité, de lassitude et de pudeur. Cette œuvre simple et percutante connaît un vrai succès, qui lui a valu récemment de nombreux prix.

Loris S. Musumeci : Vos origines familiales ne sont pas sans liens avec le roman. De quel joyeux métissage êtes-vous issue ?

Elisa S. Dusapin : D’emblée, il est pour moi fondamental d’établir qu’Hiver à Sokcho n’est pas une autobiographie. Le seul point commun que l’on retrouve entre la narratrice et moi, c’est l’origine franco-coréenne. Ma mère étant Coréenne et mon père Français. Je suis née en France, mais la plus grande partie de ma vie s’est déroulée ici, à Porrentruy. Ma protagoniste est en revanche née en Corée et ne connaît la France que par la littérature. Lire la suite Rencontre avec Elisa Shua Dusapin, une révélation métissée des lettres romandes

Charles Aznavour reçoit le prix Nikos Gatsos 2016

Regard sur l’actualité – Jonas Follonier

Cette semaine, Charles Aznavour a reçu le prix Nikos Gatsos 2016 décerné aux auteurs de chansons. Il faut dire que le chanteur de nonante-deux ans en a écrit plus de huit cents, ce qui reste un très haut chiffre en comparaison avec les autres auteurs-compositeurs-interprètes. Or il est bien connu que ce n’est pas la quantité qui compte, mais la qualité. Et force est de constater que le jury, présidé par la chanteuse Nana Mouskouri, ne s’est pas trompé : les chansons d’Aznavour témoignent d’un talent remarquable d’écriture poétique et de sensibilité musicale. Mieux, elles définissent un style.

Le style d’Aznavour est constitué tout d’abord d’une certaine régularité métrique. Beaucoup de ses chansons sont composées de vers français classiques, à savoir d’alexandrins et d’octosyllabes, bien sûr arrangés çà et là pour les besoins de la musique. Aznavour, déjà dans sa génération, est l’un des seuls à montrer une telle rigueur poétique. Il convient de la saluer, d’abord en tant que telle, mais aussi pour le plaisir qu’elle procure à l’écoute de chansons telles que Le toreador, La mamma ou la récente Avec un brin de nostalgie. Lire la suite Charles Aznavour reçoit le prix Nikos Gatsos 2016