Le nouveau McCartney: un chef-d’œuvre, vraiment?

Le Regard Libre N° 43 – Jonas Follonier

Paul McCartney, l’ancien bassiste du mythique groupe The Beatles, s’est imposé depuis longtemps en solo comme une icone de la pop britannique. Son nouvel album, Egypt station, se trouve en tête des ventes aux Etats-Unis. Se joignant à cette reconnaissance populaire, les médias eux aussi saluent le génie du rockeur anglais. Cette unanimité des journalistes est-elle justifiée? La tentation est trop forte, quand on a affaire à une telle star, de partir de l’idée présupposée que tout album ne peut être qu’un chef-d’œuvre.

Cela faisait trentre-six ans que Sir Paul McCartney ne s’était pas trouvé en tête des ventes aux Etats-Unis. Une réussite commerciale, une réussite populaire aussi, incontestablement. Mais les gens n’ont pas forcément bon goût. Les médias non plus. Moi non plus. Et alors, ne peut-on tout de même pas tenter de proposer la critique la plus juste possible de cet album? J’espère bien que si. Car sinon, à quoi bon lire encore Rock&Folk? La critique musicale est pertinente, elle a sa raison d’être. Elle permet d’éclairer les propriétés objectives d’une œuvre musicale, certes avec ses propes oreilles.

Un album varié et entraînant

J’ai donc écouté Egypt station, le nouveau McCartney. Avec un certain plaisir et même un plaisir certain, j’en conviens. Les chansons se laissent apprécier, à condition d’être entendues avec des écouteurs. Produit par Greg Kurstin, à qui l’on doit des succès d’Adele comme Hello ou Million Years Ago, le dix-septième album solo du septuagénaire est varié. Comptant pas moins de seize titres, cet opus va musicalement de la ballade rock à la pop enjouée, qui font partie depuis longtemps de l’ADN du chanteur.

Au niveau des textes aussi, Egypt station est varié. L’homme de septante-six ans y évoque l’amour, bien sûr, mais aussi le doute, par exemple, dévoilant un McCartney plus intime qu’à l’ordinaire sur certaines chansons, telles que le deuxième titre de l’album, I Don’t Know. Deux autres ballades méritent d’être citées pour leur beauté: Hand in Hand et Do It Now.

Pop facile et voix peu assurée

Mais un album varié et entraînant n’est pas nécessairement un chef-d’œuvre. Il lui faut quelque chose en plus. On ne trouve pas forcément ce supplément de génie au fil de ces chansons certes respectables, mais pas non plus cosmiques. Le bilan émotionnel est moyen; la tonalité générale, convenue. Nous avons affaire, et ce n’est pas forcément un défaut, à une pop facile. Pas de prouesse sur les arrangements ni sur les airs, sauf la réussite que représente la superposition de quatre mélodies dans une même chanson, chose que l’artiste avait pourtant déjà expérimentée.

Quant à la voix, il faut le reconnaître, elle a beaucoup baissé depuis son dernier album en date, NEW, où l’auteur-compositeur-interprète pouvait encore atteindre des notes élevées. Dans la pop, la voix est un élément important, surtout quand il ne s’agit pas de chansons à texte, comme ici. Au moins, cette voix peu assurée a quelque chose de touchant.

Finalement, toute cette discussion n’a du sens que si l’on a conscience que l’on parle d’un très grand. De ce genre d’hommes qui se sont faits légendes, à l’instar d’un Sting, lui aussi bassiste d’un des plus grands groupes de rock de l’histoire. Quand on parle donc d’un album qui n’est pas un chef-d’œuvre, on veut dire par là qu’il est moins bon que ce à quoi on a pu assister par le passé. Egypt station reste dans le domaine extraterreste de l’excellence. Mais il est important de ne pas partir du principe qu’il n’y a rien à redire à ce nouveau bébé. C’est le danger des génies: ils nous servent quelque chose de si beau que nous leur attribuons une magie à jamais. N’oublions pas que cette magie a parfois des failles et qu’elle n’est pas éternelle. Mais elle pourra aussi renaître.

Paul McCartney, Egypt Station (2018), Capitol, 16 titres

Ecrire à l’auteur : jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo: © Capitol

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