En 1969, le blues psychédélique de Johnny Hallyday

Les mélodies du jeudi – Jonas Follonier

En 1969, Johnny Hallyday sortait un album qui allait devenir le sixième meilleur album de rock français selon l’édition francophone du magazine Rolling Stone. Comptant sur la participation de guitaristes de renom, Rivière… ouvre ton lit est une pépite trop méconnue où le blues se fait psychédélique.

L’album mérite une rétrospective. D’abord, Johnny Hallyday – on le sait – a fait du bon et du moins bon dans sa carrière sans égale, et il s’agit ici non seulement d’un bon cru musical, mais encore d’un matériau à l’inventivité folle et à la cohérence bluffante. Aussi, nous nous autorisons à être nostalgiques, la nostalgie étant aussi et surtout une foi à l’éternel retour plutôt qu’à l’irrémédiable beauté du passé. Ce n’est pas Marc Bonnant qui nous contredira.

L’un des éternels retours de Johnny Hallyday avec son classique «Je suis né dans la rue», qui clôt l’album «Rivière… ouvre ton lit» (1969) et ouvre son concert à l’Olympia en 2000.

Voilà cinquante ans, donc, sur notre Vieux Continent, l’Elvis français se renouvelait pour la douzième fois dans l’obscurité d’un studio, en s’entourant – et ce fut sa plus grande force toutes époques confondues – d’excellents musiciens. Si ses fidèles guitaristes Tommy Brown – dont la chanson Atlanta Boogie (1949!) contient les toutes premières références au rock and roll – et Mick Jones – qui fut membre du groupe culte Foreigner – signent la plupart des titres de l’album, les bêtes du rock psychédélique Steve Marriott et Ronnie Lane participent aussi aux compositions.

Et ce n’est pas anodin de le remarquer. Parce que ces deux-là sont les compositeurs d’une des plus belles ballades rock de Johnny – ballade vraiment rock, pas pop rock comme il en a fait des centaines: Regarde pour moi, à faire craquer les cœurs et les rancœurs. C’est Gilles Thibault qui a écrit les paroles de cette perle que je vous invite à écouter ici, comme d’ailleurs celles de tous les autres titres de l’album, sauf Les anges de la nuit de Ralph Bernet et Voyage au pays des vivants de Long Chris. Une chanson qui vaut le détour, elle aussi:

Si cet hymne noir est devenu culte, il est aussi capital de s’y intéresser parce qu’il est justement représentatif du style de blues proposé par les dix titres de Rivière… ouvre ton lit. C’est un blues teinté de rock psychédélique. Des riffs de guitare saturés, des harmonies frôlant la descente en enfer, de l’orgue déchaîné, des envolées lyriques issues d’un corps pas forcément clean, on voit là l’influence qu’ont exercée les deux musiciens cités plus haut. Osons la formule inédite: cet album initie et termine le genre du blues psychédélique français. Du blues psychédélique tout court.

Comme l’indique le seul commentaire de cette vidéo: «chef-d’œuvre du rock français point final.»

Ce n’est pas pour rien que cet album-OVNI est inclus dans l’ouvrage Philippe Manœuvre présente: Rock français, de Johnny à BB Brunes, 123 albums essentiels. Il est la vitrine d’un art virtuose et complètement dingue, participant à l’évolution du rock dans les variantes qui furent les siennes lors des grandes années. Il laisse entendre la voix de la rue dans la langue de Molière et sur des notes bleues et noires. Il crée un boomerang musical que l’on se prend en pleine figure, avant que l’on reconsidère la chose au fil des écoutes qui suivent. Rivière… ouvre ton lit: un monument. A écouter encore et encore.

Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo: © YouTube

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