Retrouver l’amour avec «Mon inconnue»

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

Olivia et Raphaël – avec le tréma sur le «e»! – tombent amoureux en dix minutes. Et c’est parti pour dix ans. Comme quoi le coup de foudre existe, comme quoi il peut s’éteindre aussi. Durant leurs années de vie commune, les deux tourtereaux ont évolué professionnellement chacun selon ses rêves. Olivia est devenue pianiste, pas forcément avec le succès qu’elle méritait, mais elle ne s’en plaint pas: elle est heureuse. Raphaël, quant à lui, a tout fait péter. De l’adolescent qui griffonnait des histoires dans son petit carnet, il est devenu un immense écrivain à succès. Au point de commencer à occulter sa femme, parce qu’il est fatigué, entre les passages à la télévision et les rencontres avec ses admirateurs. Elle en a marre, elle se sent seule. Il s’en fout.

Dispute. Et le lendemain matin, il se réveille dans une autre dimension. Sans Olivia, sans son succès. Il est professeur de littérature dans un collège. Sans trop réussir à y croire, il se retrouve dans sa nouvelle vie perdu et dépité. Olivia est au contraire montée vers les étoiles; c’est une star. A elle de faire la une des journaux et le tour des plateaux de télévision: pianiste de renom, pianiste adulée, pianiste comblée. Raphaël doit tout essayer pour la reconquérir, même si elle est quasiment inaccessible et même si elle ne sait rien de lui – changement de dimension oblige – parce qu’il se rend compte très rapidement qu’il ne peut pas vivre sans elle.

Une comédie romantique fantastique

Mon inconnue, une comédie romantique avec une pointe non négligeable de fantastique. Qui plus est française. Aïeaïeaïe, ça sent la cata’! Tu parles, Charles! Point de cata’ du tout. En tout cas pas pour moi, qui suis totalement tombé sous le charme de cette comédie, qui est bien une comédie, romantique, qui est bien romantique, et fantastique, qui est bien fantastique aussi. Même si cette dernière dimension revêt une importance moindre par rapport aux deux autres. Et c’est tant mieux. Il y a juste ce qu’il faut. Juste de quoi permettre au scénario d’apporter une pointe d’originalité qui fait tout basculer dans la vie des deux amoureux. 

Parlons-en, des deux amoureux. Parlons-en, de ces deux acteurs: Joséphine Japy et François Civil. Ils sont géniaux: pas parce qu’ils interprèteraient un rôle des plus difficiles ou parce qu’ils accompliraient quelconque prouesse. Non, simplement, ils jouent leur rôle, très bien, à leur place, sans trop en faire, et en en faisant plus qu’assez. Et qu’ils sont beaux! Deux belles personnes, un beau couple. Outre leurs dispositions physiques, ils charment les spectateurs par leur vérité, leur humour et leur jeu de séduction subtil. François Civil a la classe; c’est un Andrew Garfield à la française. Joséphine Japy, n’en parlons même pas. Cette femme est sublime. Avec son visage pur, sa douceur à la Audrey Hepburn. Je crois que je suis tombé amoureux.

Une chose est sûre: ils valent mille fois plus que les deux clowns de Cinquante nuances de je ne sais plus quoi. Evidemment, c’est aussi grâce à un ensemble de choses. On rit, on pleure, on s’amuse, on repense à l’amour perdu. Le scénario donne à l’un et à l’autre des répliques qui fonctionnent on ne peut mieux. Pourquoi? Parce que le texte s’allie à leur jeu. François Civil a la classe, certes, mais il conjugue également, par son attitude et ses dires, la maturité de l’homme qui a déjà fait du chemin et la bonhomie d’un jeune gars qui rêve d’amour. Joséphine Japy est très belle, mais elle joue également la spontanéité d’une fille qui cherche à se libérer pour mener une vie de folie. Merci aux acteurs, merci au scénario d’Hugo Guélin et de ses deux coscénaristes.

Là, Hugo, tu nous fais plaisir! Le réalisateur ne se contente pas en effet de parfumer l’atmosphère d’un peu d’eau de rose et de petits rires çà et là. Hugo Guélin nous parle d’amour. Et, bien sûr, pas de l’amour qui, en fin de compte, va bien, mais de l’amour qui souffre. A cause de la négligence, à cause de la lassitude. Mon inconnue, c’est un film sur la nostalgie de l’ombre d’un amour perdu. Mon inconnue, c’est un film sur la nostalgie d’un amour à retrouver. On ne le dira jamais assez: la nostalgie, c’est croire en l’éternel retour. 

Peut-on retrouver l’amour?

Qu’est-ce, en outre, que connaître réellement quelqu’un? Qu’est-ce que tomber amoureux? Qu’est-ce que choisir d’aimer? Qu’est-ce que se sacrifier? Qu’est-ce que se donner? Le film ne répond pas à ces questions. Il les pose, et nous oriente vers des bribes de réponse à travers l’histoire d’Olivia et Raphaël. Mais la question principale demeure: peut-on retrouver l’amour? Ah! déchirement de tant de cœurs, rêveries de tant d’idylles. Raphaël peut-il retrouver sa vie d’avant? Peut-il faire en sorte qu’Olivia tombe derechef amoureuse de lui? En fait, peu importe car la question se suffit à elle-même. Se poser cette question dans nos vies, c’est déjà vivre, exploser de l’intérieur, bouillonner de désir, rire, profiter, boire, pleurer, sourire, songer au lendemain, se réveiller sur le passé. Avancer et être heureux. 

Je m’emporte un peu. Tel est l’effet, peut-être exagéré, de Mon inconnue sur moi. Tout cet engouement m’a presque fait oublier que la comédie romantique en question s’avance même sur la scène du grand cinéma, toutes proportions gardées bien sûr. Franchement, les plans sont très agréables à  regarder. De la ville qui pétille à la Camargue et ses flamants rose, au soirées sur la plage après un bon verre de rosé. La musique, puisque Olivia est pianiste, est très présente, bien qu’elle aurait pu jouer un rôle plus important et avoir plus d’impact. Le classique n’a d’ailleurs pas le monopole. Le Dancing in the Moonlight à la fin fait danser le souffle d’une poitrine qui a été émue et qui a ri. 

Sans oublier l’hommage incroyable rendu à La Forme de l’eau qui a remporté l’Oscar du meilleur film en 2018. Un baiser sous l’eau, des corps qui s’enlacent autour d’un amour dit impossible qui plonge pourtant dans la passion d’une bête aquatique et d’une femme muette; de Raphaël et Olivia. Qu’on vienne me dire enfin que mon article c’est du blabla parce qu’on ne fait pas de bons films avec des bons sentiments. Ma réponse est prête: on ne fait de bons films avec des bons sentiments, mais on fait une excellente comédie romantique avec de vrais sentiments. Pour retrouver l’amour, avec mon inconnue.

Ecrire à l’auteur: loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédit photo: © Frenetic Films

MON INCONNUE
FRANCE, BELGIQUE, 2018
Réalisation: Hugo Gélin
Scénario: Hugo Gélin, Igor Gotesman, Benjamen Parent
Interprétation: François Civil, Joséphine Japy, Benjamin Lavherne, Edith Scob, Amaury de Cayencour
Production: Zazi Films, Mars Films, Chapka Films, France 3 Cinéma, C8 Films, Mars Cinéma, Belga Productions
Distribution: Frenetic Films
Durée: 1h58
Sortie: 3 avril 2019
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