Mais qui êtes-vous, envoûtant docteur Edwardes?

Les mercredis du cinéma – Edition spéciale: Tout savoir sur Hitchcock aujourd’hui avec Le Regard Libre – Kelly Lambiel

Une disparition, des souvenirs perdus, un couple en cavale. De la violence, de la vulnérabilité, de l’amour. Des violons, de la tension et une pointe d’inquiétude. Des cauchemars, une enquête, des révélations surprenantes. C’est avec La Maison du docteur Edwardes qu’Alfred Hitchcock, ayant toujours démontré un intérêt certain pour la psychologie de ses personnages, entre à proprement parler dans le thriller psychologique.

«J’ai toujours évité les whodunits car généralement l’intérêt réside seulement dans la partie finale. Vous attendez tranquillement la réponse à la question: qui a tué? Aucune émotion», précise Hitchcock dans un entretien avec François Truffaut. Bien que la scène finale de La Maison du docteur Edwardes révèle en effet le nom du meurtrier, le découvrir n’est pourtant pas le sujet principal de l’intrigue. Ce qui, paradoxalement, fait la saveur de ce film et démontre au passage le génie du réalisateur.

Nous apprenons en effet très tôt que le personnage incarné par le séduisant Gregory Peck n’est pas celui qu’il prétend être. Pire, nous découvrons même que ce dernier a usurpé l’identité du psychiatre pour qui il se fait passer, l’a peut-être tué et aussitôt tout oublié. Dommage, diront certains puisqu’attendre pour faire cette révélation aurait effectivement pu constituer le coup de théâtre parfait. Or, le retournement de situation intervient après quelques minutes déjà.

Il s’agira ensuite pour Constance Petersen (lumineuse Ingrid Bergman), convaincue de son innocence, de sonder l’esprit du charmant et énigmatique inconnu dont elle est tombée amoureuse afin de faire remonter à la surface les souvenirs de celui dont la mémoire est défaillante. Visiblement traumatisé, tantôt menaçant, tantôt fébrile, c’est autour de sa personne que naît le mystère et que se fait le suspense. Qui est-il? Que cache-t-il? Pourquoi semble-t-il envoûté (le titre du film étant Spellbound en anglais), prêt à défaillir chaque fois qu’il se trouve en présence de lignes noires sur fond blanc? Manipule-t-il Constance? Va-t-il s’en prendre à elle?

La critique a souvent reproché à Hitchcock son approche quelque peu naïve, grossière et simpliste de la psychiatrie. N’oublions pas cependant que dans les années quarante, la psychanalyse est encore jeune, elle n’a que vingt ans. En ce qui me concerne, je ne peux m’empêcher de voir La Maison du docteur Edwardes comme une réussite. Pourquoi? Parce que j’ai frémi puis souri. J’ai ouvert grand mes yeux, les ai aussitôt plissés. J’ai cru comprendre et ai vu ensuite mes hypothèses réfutées.

Alors tant pis si le scénario cède parfois à certaines facilités car j’ai été prise par la trame, touchée par les personnages, éblouie par les images (même si je vous le concède, la scène de la descente à ski est aujourd’hui très difficile à regarder). Les violons de Miklós Rózsa accompagnent parfaitement chaque séquence et subliment la narration. La scène du rêve imaginée par Dalí, emprunte des réminiscences du film Un chien andalou qu’il a coréalisé avec Buñuel, surprend et trouve parfaitement sa place dans un film qui fait la part belle à l’inconscient.

Certes moins aboutie que les célèbres Psychose, Les Oiseaux ou Vertigo, pour moi cette réalisation marque néanmoins l’entrée réussie du maître dans l’univers des désordres psychiatriques, alors mis au goût du jour par l’influence des surréalistes et le succès de la psychanalyse. Et si elle fait peut-être de nos jours pâle figure pour certains, je me demande comment on peut ne pas tomber sous le charme désuet d’un film qui s’inscrit aussi bien dans «son temps».

Voir le film en version originale sous-titrée en français:

Ecrire à l’auteur: kelly.lambiel@leregardlibre.com

Crédit photo: © United Artists

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