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Michael Mooleedhar, un cinéaste qui apporte à Fribourg la danse et l’insouciance trinidadiennes5 minutes de lecture

par Loris S. Musumeci
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Le Regard Libre N° 38 – Loris S. Musumeci

Dreadlocks, chapeau et écharpe arborant les couleurs de la République de Trinité-et-Tobago. C’était la tenue de Michael Mooleedhar au Festival International de Films de Fribourg. Le cinéaste y a présenté son premier long-métrage : Green Days by the River, adaptation du roman éponyme de Michael Anthony. Rencontre au rythme de la danse et de l’insouciance.

Loris S. Musumeci : Quel chemin vous a mené jusqu’à la réalisation de Green Days by the River ?

Michael Mooleedhar : Il s’agit de mon premier long-métrage. Je voulais raconter cette histoire simple aux thématiques pourtant complexes, inspirée directement du roman homonyme de Michael Anthony. Un classique chez nous. C’était donc le bon moment pour mettre en œuvre mes connaissances en technique de cinéma et l’expérience que j’ai pu acquérir par d’autres réalisations moins conséquentes.

Cela vous tenait-il tant à cœur de travailler local à partir d’une matière locale ?

Oui, vraiment. D’ailleurs, Green Days by the River est maintenant la première œuvre trinidadienne d’un auteur trinidadien adaptée au cinéma par un réalisateur trinidadien. C’est un honneur !

Comment vous y êtes-vous pris pour concrétiser ce projet ?

J’ai lu le livre et voulais en faire un film. Cinq ans plus tard, le producteur Christian James a pris connaissance du projet que je lui ai présenté. Nous avons beaucoup discuté et j’étais convaincu que ce film en puissance pourrait voir le jour, notamment grâce à la notoriété de Michael Anthony. Issue des tractations : nous réaliserons Green Days by the River et rien d’autre pour le moment afin de s’y impliquer à cent pour cent.

Vous avez réalisé un film local avec des questions universelles. On goûte à l’amitié, à l’amour, mais aussi à la vengeance de Gidharee qui a vu sa fille être trompée par Shell.

En réalité, ce n’est pas de la vengeance, mais de l’amour. Gidharee veut Shell pour sa fille, parce qu’il porte un amour paternel pour ce garçon. Néanmoins, il veut le contrôler. Gidharee est un personnage très complexe : il a son bon côté et son côté plus sombre. En tout cas, il prend une décision et doit la mener jusqu’au bout, quitte a utiliser la ruse et la violence.

Green Days by the River ne présente donc pas le basculement de l’amour à la haine, mais différents types d’amour.

Je le pense profondément. Gidharee n’aurait jamais tué Shell, il lui demande simplement d’assumer ses responsabilités. Le jeune a tout fait pour séduire sa fille ; il n’est par conséquent pas digne de tout laisser tomber ensuite pour une autre amourette.

Dans votre manière de filmer l’amour, même physique, vous faites preuve d’une pudeur devenue étonnante pour un regard européen. Est-ce pour vous une exigence de décence ?

Pas forcément. J’ai surtout cherché à traduire l’écriture de l’amour dans le roman d’Anthony. Il se place dans la tête des personnages sans exposer l’amour comme un spectacle. Il y a une grande discrétion de sa part que j’ai voulu laisser transparaître dans mon image. Ensuite, j’ai voulu parler le langage de ma culture, mon propre langage ; je me suis alors détaché de la manière holywoodienne de filmer l’amour. Il est vrai que dans mon film je mise davantage sur la suggestion que sur le fait de tout montrer.

L’histoire est dramatique, notamment par la mort du père de Shell. Pourtant l’ambiance du film regorge d’insouciance. Est-ce propre à votre culture ?

C’est la culture caribéenne qui nous pousse au calme malgré les problèmes. Les gens respirent tranquillement ; ils profitent de la vie. Le souci n’explose que dans des situations extrêmes. Par ailleurs, notre culture chrétienne nous aide à accepter la mort : c’est le cas de Shell quand son père meurt. Ce dernier décède même assez sereinement en priant. « Et que ta volonté soit faite », dit-il en s’abandonnant à Dieu.

Votre film est très dansant. Dans ses scènes de travail agricole, il l’est particulièrement. Quel lien voyez-vous entre danse et travail ?

La scène dont vous parlez n’est pas présente dans le roman. J’ai cependant voulu montrer la beauté de la cocodance, mêlant l’utile et l’agréable. Le corps se meut pour travailler et cela donne une danse : c’est très présent en Trinité-et-Tobago. Il faut noter également que dans le film, la cocodance n’exprime pas seulement la joie au travail, mais aussi la séduction. Elle prend quasiment une dimension sexuelle.

Les jeunes pratiquent-ils encore la danse de cette façon ?

Assurément, nous restons un peuple festif qui aime boire et danser. Cela concerne toutes les générations. Les jeunes ignorent en revanche beaucoup de pratiques de danse des années cinquante, époque durant laquelle se déroule l’histoire. J’ai voulu leur montrer que leurs aïeux proches avaient pour us de danser le foxtrot ou le mambo en costume. Beaucoup ont d’ailleurs souri en voyant la scène de l’après-midi dansant à la fête du village.

La rivière est dans le titre, elle est présente dans des plans silencieux. Qu’exprimez-vous précisément à travers elle ?

La rivière est une métaphore. Il s’agit de la rivière Ortoire, décrite par Micheal Anthony dans le roman. Mon idée est que le personnage de Rosalie représente la rivière, c’est pourquoi j’ai tenu à ce qu’elle soit filmée en train de s’y baigner en ouverture du long-métrage. La jeune fille paraît insaisissable à Shell, comme la rivière qui avance toujours. Mais dès qu’il réussit à la séduire, le problème inverse se présente : il ne peut plus s’en détacher, parce qu’elle avance et le prend dans son courant à tout jamais.

De quoi traitera votre prochain film ? Resterez-vous dans un projet local ?

Les idées que nous avons avec mon équipe dépendent beaucoup des fonds qui nous seront attribués. L’industrie du cinéma en Trinité-et-Tobago n’est ni riche ni puissante. C’est pourquoi je souhaiterais une coproduction avec les Etats-Unis ou le Royaume-Uni pour ma prochaine réalisation. Evidemment, ce n’est pas facile.

Votre talent vous aidera sans doute.

Je l’espère ! (rires) En tout cas, cette invitation au Festival de Films de Fribourg m’aide déjà beaucoup, et je tiens à exprimer à Fribourg et à la Suisse ma plus vive reconnaissance de me recevoir cette semaine. Le lieu est fantastique et j’y fais de très belles connaissances. Merci !

Merci à vous.

Ecrire à l’auteur : loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédit photo : © Loris S. Musumeci pour Le Regard Libre

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