Une excellente idée pour un film catastrophique

Le Netflix & chill du samedi – Loris S. Musumeci

Soyons corrects, plus que d’un film catastrophique, il s’agit avant tout d’une arnaque. The Last Days of American Crime promet par son résumé une réflexion on-ne-peut-plus actuelle, on-ne-peut-plus palpitante. Les Etats-Unis d’un futur proche décident d’éradiquer totalement et radicalement le crime de leur territoire. Pour ce faire, les autorités mettent au point des antennes nommées API dans chaque Etat. Celles-ci émettent des ondes qui handicapent le corps à chaque fois qu’une personne s’apprête à commettre un acte de violence, un acte illégal. Quand au cœur de notre actualité siègent des soucis primordiaux telle la propagation d’antennes 5G, lesdites violences policières et les allures totalitaires du monde post-covid, eh bien un tel synopsis interpelle. Il donne envie.

Premier problème. Les deux heures et dix-neuf minutes – dix-neuf minutes auraient amplement suffi pour une telle débâcle – n’abordent que peu ou pas du tout la problématique de ces fameuses antennes. Sauf dans le dernier quart d’heure, maladroitement, parce que le réalisateur a dû quand-même se dire, le pauvre, qu’il était en train de réaliser du grand n’importe quoi. Les téléviseurs, très présents, abordent aussi la question. Toujours sur une chaîne d’info en continu, on a des espèces de journalistes ou des espèces de politiques qui répètent toujours la même chose. Au moins, là, c’est drôle. Ça donne plus au moins ça :

«– Alors que pensez-vous de l’API, n’est-ce pas une grande opération de privation de liberté ?
– Ah, non, je ne suis pas d’accord avec vous…»

Deux minutes après dans le film, à nouveau un écran, toujours sur la même chaîne où un autre journaliste débat avec un autre politique:

«– L’API sera activé dans deux jours, ne pensez-vous pas que nous allons entraver aux libertés de nos concitoyens?
–  Votre question est très intéressante, mais vous savez, je ne pense pas que…»

Et ainsi de suite…

Rien pigé

Deuxième problème, on ne comprend rien au scénario ni aux personnages. J’ai pourtant tout compris aux films d’Harry Potter ou du Seigneur des Anneaux réputés pour engendrer la confusion dans les esprits, j’adore les films à thèses ouvertes comme un Shutter Island ou un Inception avec DiCaprio – ce genre de films qui perturbent, dont on ne comprend pas tout tout de suite, mais qui laisse le loisir de la méditation des années après leur sortie encore. Mais là, rien pigé.

En fait, le personnage principal tue plein de gens, dont on comprend tout de même qu’ils ne sont pas ses grands copains. Après, il veut venger la mémoire de son frère qui se serait suicidé en prison. Ensuite, il va dans un bar, il se fait allumer par une fille, puis il la viole. Après, il veut tuer un gars, la fille violée deux minutes avant s’interpose parce que c’est en fait la fiancée du gars qui sur le point de mourir. Jusque-là, comme c’est passionnant!

Ensuite, c’est encore plus génial et encore plus incompréhensible. Le personnage principal s’allie avec le mec qu’il voulait tuer – et avec sa meuf aussi au passage. Mais ce nouvel allié est un type un peu bizarre qui a un père tout aussi bizarre; alors il se rend au manoir de son père avec son nouvel allié – donc le personnage principal si vous me suivez encore – et il roule une pelle à sa sœur, pour se rendre après dans le bureau de son père et lui envoyer une hache à la gueule. Charmant. Mais j’oubliais de vous dire aussi que la fille du trio, baisée en alternance par ses deux petits camarades, collabore avec le FBI, parce qu’elle a une petite sœur dont on ne sait rien, et parce qu’elle a eu une enfance difficile… «Mon beau-père me battait, alors j’ai appris à ne faire confiance à personne.» Oh ouais, sniff sniff, trop de douleur dans ce monde…

Ah oui, encore deux points du scénario juste pour rire un bon coup. Le trio, en plus d’être en soi absurde, veut cambrioler une banque, et il y parvient très facilement. Mais le truc, c’est qu’une fois l’API activé, l’argent, nous informe-t-on sans en donner le pourquoi, n’aura plus aucune valeur. Enfin, le personnage principal se prend des balles à n’en plus finir, il reste enfermé dans une caravane en flammes, mais il ne meurt jamais. Sauf à la toute fin: il meut, mais c’est trop cute, parce qu’il meurt juste après avoir échangé un ultime baiser avec la fille qu’il avait violée au début du film. Le tout dans un camion, au Canada, sous le coucher de soleil. J’ai failli pleurer.

Troisième problème, même les scènes d’action sont nullissimes. C’est pourtant tout ce qui aurait pu rester de potable dans ce film. Mais non, rien. Irréalistes, totalement exagérées et franchement kitsch, elles sont portées par un jeu d’acteur pitoyable, et dans un décor à vomir. Je m’arrête là, j’arrête le massacre. Le film est déjà victime de lui-même. Dans The Last Days of American Crime, il y a bel et bien un crime: un crime contre le cinéma. Espérons que le film vive lui aussi ses derniers jours, et que Netflix pense à le virer de sa liste. Le réalisateur français, Olivier Megaton, a quant à lui au moins la chance d’être sûr de mieux faire la prochaine fois.

Ecrire à l’auteur: loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédits photos: © Netflix

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