L’Empire du Milieu, bientôt celui de la bière?

Les vendredis de la microbrasserie – Max Moeschler

Parmi le foisonnement des pays producteurs de bière, ils en sont qui, forts de traditions millénaires, ont depuis longtemps gagné leurs lettres de noblesse dans le monde entier. C’est le cas, par exemple, de la Belgique, de l’Allemagne ou encore de l’Angleterre. Viennent ensuite ceux qui, comme la Suisse ou les Etats-Unis, connaissent une formidable expansion des brasseries artisanales, dont le succès et la renommée grandissent de pair. J’ai eu, au cours d’un récent voyage, le plaisir de découvrir une terre dont la production brassicole, à l’image de nombreux autres aspects du pays, reste méconnue sur le Vieux Continent: la Chine.

Dès l’atterrissage, le premier constat qui s’impose au biérophile dans sa quête de saveurs maltées et autres fantaisies houblonnées est le suivant: l’Empire du Milieu est aussi celui de la lager. A commencer par la bière nationale, bière la plus consommée au monde et l’une des rares à être vaguement distribuée en Europe, la Tsing Tao. Bière blonde de soif typique des productions industrielles occidentales, elle s’avère néanmoins agréable en bouche, avec une amertume légère mais bien présente.

Chaque province possédant ses propres marques, l’occasion m’a été donnée de découvrir un intéressant florilège de bières chinoises. Cependant, force est de constater que beaucoup d’entre elles, bien que très désaltérantes, se classent immédiatement parmi les bières (très) light. Plafonnant aux alentours de 2,5% à 3% d’alcool et avec un goût parfois à peine perceptible, certaines auraient, sous nos latitudes, plus leur place quelque part entre Evian et Valser dans les rayonnages. Les bières chinoises blanches, ambrées ou brunes s’avèrent être des denrées particulièrement rares, la quasi-totalité de l’offre étant importée d’Europe. 

Fort heureusement, certaines bières locales se sont avérées beaucoup plus goûteuses et intéressantes que la production industrielle majoritaire. A l’image de nombreux autres pays, les brasseries artisanales pointent, timidement mais sûrement, le bout de leurs nez. Bien que l’immensité du pays les rend bien souvent difficiles d’accès, j’ai eu la chance de découvrir à Pékin la Panda Eyes Red Honey Ale, une surprenante bière rousse de la brasserie Panda Brew. Avec son caractère bien trempé et ses arômes de pin et de miel, elle n’a rien à envier au savoir-faire européen. Autre découverte agréable, un restaurant de la province du Yunnan, dans le sud du pays, produisant sa propre bière. On pourrait situer cette dernière quelque part entre l’ambrée et la porter britannique. Si son goût particulièrement boisé peut surprendre, l’équilibre qui s’en dégage ensuite et sa mousse généreuse la rendent parfaite pour accompagner un repas traditionnel.

Si le phénomène des microbrasseries reste encore, à l’échelle du pays, relativement confidentiel, il ne fait aucun doute que, dans un futur proche, elles seront amenées à étoffer le déjà très large panorama des richesses gastronomiques et culturelles que la Chine a à offrir. 

Ecrire à l’auteur: max.moeschler@leregardlibre.com

Crédit photo: ©️ Panda Brew

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