Le théâtre au cinéma

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Lorsqu’une venue du théâtre au cinéma est annoncée, l’heure est à la perplexité : on reste sceptique face à ce nouvel avatar du mélange des genres, dont notre époque est si friande, et dont les exemples ont été parfois catastrophiques… Ne pensons qu’au mélange littérature-musique avec Camus, l’art ou la révolte, un spectacle actuel du rappeur Abd Al Malik faisant côtoyer son slam avec le génie littéraire d’Albert Camus.

Et pourtant, comme une fois sur deux, le préjugé s’avère totalement faux lorsqu’on se rend sur place. Le jeudi 9 février dernier, au Cinéma Rex à Neuchâtel, un public relativement âgé mais pas seulement put découvrir sur l’écran Le Misanthrope de Molière, joué par la Comédie Française, retransmis en direct de la célèbre Salle Richelieu, à Paris. Soyons objectif : ce fut un véritable événement. Continuer la lecture de Le théâtre au cinéma

L’union valaisanne du 18 février 2017

Regard sur l’actualité – Loris S. Musumeci

Sion, place du Scex, 14h45, les Valaisans ont afflué de toutes les contrées. L’appel avait été lancé par l’enseignant socialiste Yannick Délitroz. La cause : rassembler un peuple, certes, mais encore la manifestation de dégoût à l’encontre d’une affiche de l’UDC et l’opposition à un certain Oskar Freysinger.

Environ mille personnes se réunirent. L’ambiance se chantait en bon enfant, on débouchonnait quelque Cru de la convivialité et l’on entonnait des mélodies du terroir. A lire Le Matin Dimanche ou Le Nouvelliste, rien ne semble poser problème. Ce dernier insiste même sur les propos de l’organisateur rappelant plusieurs fois que cet Appel du 18 février ne s’adresse pas « contre quelqu’un », mais « pour le Valais ». Continuer la lecture de L’union valaisanne du 18 février 2017

Rencontre avec Nicolas Fraissinet

Le Regard Libre N° 24 – Jonas Follonier

Cela fait maintenant neuf ans que Fraissinet s’est imposé dans la chanson francophone, grâce à son album Courants d’Air. Lauréat du Centre de la Chanson en 2008, il ne fait qu’enchaîner les récompenses par la suite, jusqu’à obtenir le Prix Charles Cros en 2011 pour son second album, Les Métamorphoses. Après de grandes tournées internationales et divers engagements dans le monde de la musique, l’artiste franco-suisse présente en ce tout début d’année un nouvel album qui marque un tournant dans sa carrière. Discussion avec ce chanteur fascinant le 25 janvier dernier à Lausanne.

Jonas Follonier : Cher Nicolas Fraissinet, pouvez-vous tout d’abord nous raconter comment vous avez débuté votre carrière musicale ? Qui vous a fait confiance ?

Nicolas Fraissinet : J’ai commencé par apprendre le piano, puis j’ai très vite été attiré par le cinéma. J’ai donc fait des études cinématographiques et c’est seulement par la suite que j’ai commencé à chanter : je faisais la musique de mes courts-métrages et j’ai remarqué qu’une chanson de l’un de mes films avait eu de très bons échos. J’ai donc décidé d’en enregistrer dix autres. Un label de rap m’a ensuite repéré. Ce genre musical n’a rien à voir avec ce que je fais mais ce sont les textes qui leur avaient parlé. Ce sont eux qui m’ont donné la possibilité de faire mon premier concert. L’histoire avec eux n’a pas duré très longtemps, parce que nous n’étions pas dans la même optique musicale. A partir de ce jour où j’ai mis les pieds sur une scène, j’ai compris que c’est là que je voulais être. Continuer la lecture de Rencontre avec Nicolas Fraissinet

« La La Land », un chef d’oeuvre musical

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Les écrans de cinéma projettent actuellement un film qui ne vous laissera pas indifférent. Je dirais même qu’il représentera un épisode à lui tout seul dans votre vie. La La Land, une comédie musicale, certes, mais aussi un chef d’oeuvre musical, enchanteur et existentiel.

Un chef d’oeuvre musical, oui, car dans ce long-métrage signé Damien Chazelle, la musique n’est pas une dimension sonore ajoutée au reste, une caractéristique parmi d’autres du film : elle en est le thème central. A la fois objet et sujet, la musique de Justin Hurwitz compose l’essence même de La La Land. La musique n’est plus une excroissance du film, c’est le film qui devient une excroissance de la musique. Les deux protagonistes, Mia (Emma Stone) et Sebastian (Ryan Gosling), passent au deuxième plan, et n’évoluent que dans l’optique d’un véritable éloge du jazz – cet éloge, dans le fond, que Boris Bian avait réussi à réaliser dans la littérature et que Damien Chazelle vient de réaliser au cinéma. Le surréalisme, un autre point commun entre ces deux génies. Continuer la lecture de « La La Land », un chef d’oeuvre musical

Les bases de la photographie

Le Regard Libre N° 9 – Joséphine Vuignier

Tout photographe désireux de sortir du mode automatique a dû intégrer des notions techniques de photographie avant de pouvoir jouer avec ces dernières afin de progresser et de créer les effets désirés. Ces bases techniques relèvent du domaine de la physique et de la chimie, ensuite viennent les bases académiques (règles des tiers, perspectives, etc. ). Il y a trois principes importants à prendre en compte pour commencer la photographie et avoir la bonne quantité de lumière : la sensibilité, l’ouverture du diaphragme et la vitesse d’obturation.

La sensibilité (ISO ou ASA) : Jadis, dans la photo argentique se trouvaient sur la pellicule des grains d’argent qui réagissaient à la lumière (importance de la chimie). Lorsque la lumière « frappait » les grains, ils noircissaient ; sans lumière, ils ne réagissaient pas (d’où les négatifs). Le concept reste le même lors du passage au numérique, les grains d’argent sont juste remplacés par des capteurs. Ces capteurs ou grains ont un certain taux de réaction à la lumière, indiqué par les ISO (appelé ASA sous l’ère de l’argentique). Plus les ISO sont hauts, plus les capteurs sont sensibles à la lumière, donc moins il en faudra ; au contraire, plus les ISO sont bas, moins les capteurs seront sensibles, par conséquent plus de lumière sera nécessaire. Pour un paysage au soleil fort de Barcelone, on choisira une faible sensibilité, par exemple 100 ISO pour ne pas obtenir une photo surexposée (trop claire). Pour un concert à faible éclairage, on favorisera une grande sensibilité 6400 ISO, afin que la photo ne soit pas sous-exposée (trop sombre). Le choix de la sensibilité modifie aussi le bruit (effet « pixellisé », granuleux). Si la sensibilité est faible (petit nombre), il y aura peu de bruit. A l’inverse, si la sensibilité est haute (grand nombre), il y aura plus de bruit. On privilégie donc une basse sensibilité pour les photos d’architecture où les détails sont importants. L’impact du bruit reste tout de même négligeable.

ISO 100 ISO 6400
Beaucoup de lumière Peu de lumière
Peu de bruit Beaucoup de bruit

L’ouverture du diaphragme : Le diaphragme est l’équivalent de la pupille de l’œil, il doit s’adapter à la lumière. En cas de fort ensoleillement, il faut une petite ouverture pour laisser passer moins de lumière et dans la pénombre une grande ouverture, toujours dans le but d’obtenir un résultat ni surexposé ni sous-exposé. La notation f/2 correspond à une grande ouverture, f/16 à une petite.

L’ouverture du diaphragme influence la profondeur de champ (importance de la physique), c’est à dire la zone dans laquelle le sujet de la photo sera net. Une grande ouverture (chiffre bas) crée une courte profondeur de champ. On opte donc pour ce type de réglage dans les portraits afin d’avoir un « flou artistique », ou « bokeh », à l’arrière-plan. A l’inverse, une petite ouverture (chiffre haut) crée une grande profondeur : nous l’utilisons généralement pour les paysages en vue d’une netteté sur tous les plans.

La vitesse d’obturation : Autrement appelé temps de pose ou durée d’exposition, il s’agit du laps de temps durant lequel la lumière frappe les capteurs. Si nous manquons d’éclairage, la vitesse d’obturation devra être plus longue (1’’) que s’il y a beaucoup de lumière (1/2000 sec). Ce paramètre permet de créer une impression d’immobilité ou de mouvement. Si vous voulez photographier un cycliste à vive allure et désirez l’avoir net, une vitesse rapide sera nécessaire. Si vous souhaitez un effet filé vous opterez pour un temps de pose plus long.

Lorsque vous prendrez votre prochaine photo, focalisez-vous sur l’effet que vous désirez rendre. Faites le réglage adéquat et adaptez les autres paramètres afin d’atteindre une exposition correcte. Dorénavant, vous pouvez abandonner le mode automatique et gérer avec précision le rendu de vos photos.

Crédit photo : © lhommetendance.fr

La théorie de la vallée dérangeante

Le Regard Libre N° 23 – Léa Farine

La vallée de l’étrange, « uncanny valley » en anglais, est une expérience élaborée et publiée par le roboticien japonais Masahiro Mori dans les années septante. Selon lui, plus un objet animé ou non nous ressemble, plus il est susceptible de déclencher un sentiment de familiarité chez l’observateur humain. Par exemple, des objets tels qu’un animal en peluche, un robot industriel, domestique ou humanoïde, suscitent tous une telle impression à des amplitudes différentes. Cependant, à partir d’un certain degré de similarité, situé juste en deçà de la représentation parfaite, le sentiment d’empathie chute brutalement. Le familier, alors, se fait dérangeant. C’est ce qui se passe, toujours selon Mori, quand nous sommes face à des cadavres, des zombies, des robots très bien imités mais dont nous percevons les imperfections ou encore, au premier abord, des êtres humains atteints de difformité au visage, ou brûlés, par exemple. Dès lors, une tondeuse électrique automatique, un ours en peluche, ou même une figurine informe sur laquelle on a dessiné deux yeux, nous paraissent plus familières qu’un zombie, qu’un cadavre ou qu’une prothèse de main qui, pourtant, nous ressemblent bien plus. Continuer la lecture de La théorie de la vallée dérangeante

Le « Tractatus logico-philosophicus » mystique

Le Regard Libre N° 24 – Léa Farine

Ludwig Wittgenstein écrit, dans l’avant-propos du Tractatus logico-philosophicus : « On pourrait résumer en quelque sorte tout le sens du livre en ces termes : tout ce qui proprement peut être dit, peut être dit clairement, et sur ce dont on ne peut parler, il faut garder le silence. Le livre tracera donc une frontière à l’acte de penser, – ou plutôt non pas à l’acte de penser, mais à l’expression des pensées : car pour tracer une frontière à l’acte de penser, nous devrions pouvoir penser les deux côtés de cette frontière (nous devrions donc pouvoir penser ce qui ne se laisse pas penser). La frontière ne pourra donc être tracée que dans la langue, et ce qui est au-delà de cette frontière sera simplement dépourvu de sens » .

Je pense que sous l’apparente complexité du Tractatus se cache en réalité un propos descriptif non seulement simple, mais également difficilement réfutable dès lors qu’on en saisit la portée globale. Imaginons trente personnes regardant le même film au cinéma. Il y a fort à parier qu’elles en aient toutes une expérience différente et ne parviennent pas à se mettre d’accord sur son sens. Cependant, parce que ces personnes visionnent le même film, un grand nombre d’éléments sont et ne peuvent être perçus que de manière similaire chez chacun. Par exemple, un débat visant à déterminer si la scène A du début du film et la scène Z de la fin du film ne sont pas en fait inversées n’aurait aucun intérêt, parce qu’il est évident pour tout le monde que A est au début, et Z à la fin. Or, dans son livre, Wittgenstein n’aborde jamais la question de savoir quel est le sens du film. Il affirme même qu’à ce sujet, il est plus raisonnable de se taire. La réflexion du philosophe est située en deçà : il se demande ce qui, pendant le visionnage d’un seul et même film, ne peut être perçu que de manière similaire chez chacun et, dès lors, il ne démontre jamais rien de plus que des vérités du type : « Personne ne voit la scène Z avant la scène A ». Continuer la lecture de Le « Tractatus logico-philosophicus » mystique

L’actualité de Dante et de son appel au bonheur

Le Regard Libre N° 24 – Giovanni F. Ryffel

Fatti non foste a viver come bruti.
« Vous ne fûtes pas faits pour vivre comme des brutes ».

A vouloir poser la question de l’actualité d’un auteur, on s’expose à un double péril : d’une part l’épuisement d’intérêt, d’autre part le refus d’une actualité pour ce qui est ancien. Cela arrive souvent ; soit parce que tout ce qui appartient au passé semble n’avoir que l’attrait de la vieillerie, soit parce qu’une idéologie impose de refuser les contenus d’un auteur, surtout s’il est médiéval et foncièrement chrétien comme Dante.

Et pourtant, il reste intéressant à mes yeux d’interroger ce fait et de tenter une ébauche de réponse, quoiqu’il faille se contenter ici de n’en apercevoir que quelques coups de pinceau. Continuer la lecture de L’actualité de Dante et de son appel au bonheur

Le vrai drame du PenelopeGate : les médias

Regard sur l’actualité – Jonas Follonier

Les Français, dit-on, en ont marre de ces histoires de corruption, d’utilisation de la politique à des fins privées. Peut-être bien. Et à juste titre. Mais les Français en ont aussi marre que les médias ne recherchent que les « scoops », les affaires suffisamment grosses pour outrer les lecteurs, les téléspectateurs, les auditeurs. Surtout quand les scandales de ce type sortent comme par hasard à chaque campagne présidentielle.

L’affaire du PenelopeGate, en plus, ne paraît pas bien grave : on reproche à un politicien parmi d’autres d’avoir à une certaine époque utilisé l’argent du contribuable pour rémunérer son épouse en tant qu’assistante parlementaire. Deuxième attaque : l’emploi en question pourrait avoir été fictif. C’est vrai qu’alignés l’un à côté de l’autre, ces éléments font frémir le citoyen lambda.

Mais c’est oublier que le premier point soulevé est légal (et on se demande comment il pourrait être immoral), à savoir que Fillon a employé sa femme pour l’aider dans ses tâches de parlementaire. C’est oublier également que le deuxième point soulevé est purement hypothétique : il n’a pas été prouvé que nous avons affaire à un emploi fictif. Nous nous trouvons donc dans l’univers de la sensation, de l’accusation imaginative. Continuer la lecture de Le vrai drame du PenelopeGate : les médias

Le transhumanisme est-il un humanisme ?

Le Regard Libre N° 24 – Nicolas Jutzet

Plusieurs études soulèvent une problématique dérangeante : à peu près partout dans le monde occidental, le quotient intellectuel baisse de façon alarmante depuis le début du XXIème siècle. Inquiétante, cette nouvelle tendance fait suite à un XXème siècle qui aura vu le QI, notamment sous l’effet des progrès sanitaires et sociaux, augmenter régulièrement. Laurent Alexandre, chirurgien-urologue et passionné du mouvement transhumaniste, explique le phénomène par le fait que « les personnes les plus instruites ont tendance à retarder le moment d’avoir un premier enfant, notamment pour poursuivre des études, et en font donc moins que celles appartenant aux couches les plus défavorisées de la population ». En couplant cette donnée avec la disparation de la sélection naturelle (qui sélectionnait les individus les plus aptes à la survie, et non forcément les plus forts), vous obtenez une synthèse inquiétante. Notre humanité est-elle condamnée au déclin ? A-t-elle touché son « plafond de verre » ?

Certains refusent cette fatalité. Optimistes, ils sont des adeptes du « transhumanisme ». Ce mouvement veut dépasser l’approche actuelle de la simple réparation de l’être humain, qui est à ce jour principalement thérapeutique. Ils veulent passer à l’étape supérieure, celle de l’amélioration en plus de la réparation. Ils veulent passer de la thérapie à l’augmentation des capacités de l’être humain. La convergence des technologies NBIC (nano-bio-info-cognitives) rend cette hypothèse de plus en plus plausible, voire même certaine selon les auteurs. Pour ce courant de pensée, l’humain apparaît comme une addition de facteurs qu’il convient d’analyser en qualité d’ingénieur universel. Disséquer, analyser et remédier aux faiblesses actuelles de l’homme. Nick Bostrom, transhumaniste convaincu et reconnu, justifie cette approche par le fait que l’humanité se retrouve face à quatre évolutions possibles : l’extinction de l’espèce humaine ; l’effondrement récurrent (crises cycliques) ; la stagnation ; l’évolution post/trans-humaine (avec ou sans rupture radicale par rapport à l’aspect actuel de l’être humain). La quatrième évolution est privilégiée. Continuer la lecture de Le transhumanisme est-il un humanisme ?

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