Charles Aznavour reçoit le prix Nikos Gatsos 2016

Regard sur l’actualité – Jonas Follonier

Cette semaine, Charles Aznavour a reçu le prix Nikos Gatsos 2016 décerné aux auteurs de chansons. Il faut dire que le chanteur de nonante-deux ans en a écrit plus de huit cents, ce qui reste un très haut chiffre en comparaison avec les autres auteurs-compositeurs-interprètes. Or il est bien connu que ce n’est pas la quantité qui compte, mais la qualité. Et force est de constater que le jury, présidé par la chanteuse Nana Mouskouri, ne s’est pas trompé : les chansons d’Aznavour témoignent d’un talent remarquable d’écriture poétique et de sensibilité musicale. Mieux, elles définissent un style.

Le style d’Aznavour est constitué tout d’abord d’une certaine régularité métrique. Beaucoup de ses chansons sont composées de vers français classiques, à savoir d’alexandrins et d’octosyllabes, bien sûr arrangés çà et là pour les besoins de la musique. Aznavour, déjà dans sa génération, est l’un des seuls à montrer une telle rigueur poétique. Il convient de la saluer, d’abord en tant que telle, mais aussi pour le plaisir qu’elle procure à l’écoute de chansons telles que Le toreador, La mamma ou la récente Avec un brin de nostalgie. Lire la suite Charles Aznavour reçoit le prix Nikos Gatsos 2016

William Sheller de passage à Genève

Le Regard Libre N° spécial « Langue française » – Jonas Follonier et Loris S. Musumeci

Une facette importante de la langue française, du moins depuis le XXème siècle, se devait d’être traitée dans cette édition spéciale : la chanson française. Parmi les grands représentants de cette tradition artistique phénoménale, il y a William Sheller. Son style a le mérite d’être à la fois classique et original ; nous sommes allés l’écouter au Théâtre du Léman le 19 novembre dernier dans le cadre de sa tournée Stylus.

Un concert original

Nous nous attendions à ce que le chanteur de septante ans nous proposât des chansons tirées de son dernier album, mais étrangement, ce ne fut pas le cas. Etrangement, car la tournée porte le même nom que l’album ; étrangement aussi, car Stylus est un opus absolument sublime, si ce n’est le meilleur de William Sheller : construit sur la même formule instrumentale que la tournée (piano, voix, quatuor à cordes), l’album réunit de véritables perles (Youpylong, Bus stop, Les enfants du weekend, …) que l’on aurait aimé entendre.

Nous comprenons rapidement la formule de la soirée : avant chaque chanson, Sheller explique au public le contexte dans lequel il l’a créée, entre souvenirs d’enfance et rêveries. L’émotion ne se fait pas attendre avec comme premier titre J’cours tout seul, bien connu du grand public, et Nicolas, une pépite de 1980 qui raconte l’histoire d’un enfant envoyé dans un pensionnant. On ne regrette pas la batterie de la version originale. Lire la suite William Sheller de passage à Genève

« Baccalauréat »

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Merci Monsieur, je vous revaudrai ça. »

Romeo (Adrian Titieni) exerce le métier de médecin dans une petite ville de Transylvanie. Sa vie ne semble ni trop inquiétante, ni triste. Si ce n’est qu’il vit dans un horrible quartier de banlieue mal construit et sale, mais aussi que la fenêtre de son domicile est, dès les premières scènes, brusquement brisée par le jet d’une pierre. Ce même matin, il doit accompagner sa fille unique, Eliza (Maria-Victoria Dragus), au lycée. Sa femme, Magda (Lia Bugnar), reste dans la chambre à coucher sans les saluer, à cause d’un mal de tête, précise-t-elle ; en somme, elle est dépressive.

Le voyage en voiture, à travers cette ville en chantier abandonné, est très calme et morne. La fille écoute sa musique ; le père conduit. Il essaie néanmoins de communiquer avec elle par quelque banale question : « Comment ça va ? ». Les réponses sont courtes. La voiture s’arrête près du lycée, mais non devant l’entrée comme d’habitude. Romeo se dépêche car il doit aller noyer son chagrin de vie dans une relation sexuelle avec Sandra, sa douce et intéressée maîtresse (Malina Manovici). Lire la suite « Baccalauréat »

Lettre ouverte à Emmanuel Macron

Regard sur l’actualité – Nicolas Jutzet

Mon cher Emmanuel,

Tu as donc fini par me décevoir. Toi qui te vantais d’être le renouveau, celui qui devait parler avec franchise à la France, aux Français, tu ne serais finalement qu’une légère brise qui agite les frêles pages des journaux, un phénomène médiatique ? Loin de l’ouragan qui doit renverser cette table branlante qu’est devenue votre belle République… Pourtant, il faudra la détruire pour mieux la reconstruire. Sur des fondations solides, en arrêtant avec les solutions qui sont l’équivalent d’un emplâtre sur jambe de bois, un coup d’épée dans l’eau.

Emmanuel, je sais que tu le sais. Toi qui rappelles avec raison n’être ni de droite ni de gauche, hors de la logique des partis, toi qui as réussi le magnifique exploit de réunir plus de 120’000 personnes derrière toi, plus de 10’000 lors de ton meeting à Paris le weekend dernier (dans le même temps, le Parti socialiste réussit à en réunir 3’000 !) , toi dont le très bon livre rencontre un succès immédiat, toi, empli de légitimité, tu te disperses en entrant dans la bataille mesquine que tes adversaires te livrent. Lire la suite Lettre ouverte à Emmanuel Macron

Rencontre avec Laurent Pernot, de l’Académie française

Le Regard Libre N° spécial « Langue française » – Sébastien Oreiller et Jonas Follonier

Il nous faudrait plusieurs pages de ce journal pour énumérer le parcours et les différentes fonctions de M. Laurent Pernot. Directeur de l’Institut de grec de l’Université de Strasbourg, il est membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres depuis 2012 et membre sénior de l’Institut Universitaire de France. Le 13 novembre 2014, par décret du Président de la République, Laurent Pernot a été nommé chevalier dans l’Ordre national du Mérite. Nous avons eu la chance de pouvoir l’interroger sur la rhétorique, dont il est un spécialiste internationalement reconnu.

S. O. et J. F. : La rhétorique n’a point de secret pour vous. Qu’est-ce qui vous passionne le plus dans ce domaine ?

Laurent Pernot : Personnellement, j’aime tout dans la rhétorique : l’élégance de la forme, les belles périodes, les réparties spirituelles, la discipline de l’intellect pour concevoir et ordonner les idées, l’analyse minutieuse des énoncés, la psychologie des auditoires… J’aime aussi l’élan collectif qui porte les rhétoriciens du monde entier et les fait se rassembler dans des sociétés internationales, comme la Société internationale d’histoire de la rhétorique (International Society for the History of Rhetoric), la Rhetoric Society of America, l’American Society for the History of Rhetoric, l’Organización Iberoamericana de Retórica, et tant d’autres. Mais s’il faut faire un choix, ce qui me paraît le plus important est le rôle de la culture rhétorique, des schémas et des modèles rhétoriques, dans le fonctionnement de la vie politique.

Cette passion ne doit pas toujours être facile à revendiquer.

Effectivement. Dans l’usage courant, le mot « rhétorique » est souvent péjoratif. C’est que la rhétorique suscite un double recul. Elle fait peur et elle fait pitié. Pitié, parce qu’elle est associée à une réputation de pauvreté intellectuelle, d’emphase, de sclérose et de scolastique, en raison de l’aridité des listes de figures ou du vide supposé des grilles de « lieux communs ». Peur, parce que la rhétorique est vue comme une arme redoutable, un art de tromper et de manipuler, sans préoccupation de vérité ni de moralité. Lire la suite Rencontre avec Laurent Pernot, de l’Académie française

« Seul dans Berlin »

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« A partir de maintenant, nous sommes seuls. »

Otto (Brendan Gleeson) et Anna (Emma Thompson) Quangel vivent dans un modeste quartier berlinois. Sombres sont pour eux les années de la Seconde Guerre mondiale : Hans, leur fils unique, a été mobilisé au combat en France, le bon Führer paralyse de terreur toute liberté et le travail en usine est toujours plus intense, car « il faut augmenter la production ». Le couple reste néanmoins fidèle au parti du peuple, des honnêtes gens. Jusqu’au jour qui, par un fier courrier nationaliste, leur annonce la mort du seul fruit de leur progéniture. « Qu’est-ce qu’un homme peut donner de plus que son fils ? »

C’en est trop pour Otto ; le Führer devient le Menteur, et il faut agir contre lui et son emprise sur les Allemands. L’ouvrier achète alors des cartes, empoigne maladroitement sa plume et commence la diffusion d’une « presse libre ». Sa femme, elle aussi éperdument révoltée, se laisse séduire par l’engagement. Arpentant les rues de la capitale du Reich, discrètement, ils publient ces petits papiers mal écrits qui révèlent au grand jour des propos tels que : « L’hitlérisme c’est un monde où la force prime sur le droit. » ou « Ayez confiance en vous, pas en l’hitlérisme. » Chaque message se termine par l’incitation à propager le blasphème national : « Faites passer cette carte. Presse libre. »

Les modestes époux risquent à chaque instant leur vie, menacée de tout regard. Au fur et à mesure que les gens découvrent les billets sur leur palier, entre deux marches d’escalier ou dans le trame, la grande majorité d’entre eux les envoie à la police. L’inspecteur Escherich (Daniel Brühl), sous la violente pression de la Gestapo, est chargé de l’affaire. Les Quangel demeurent persécutés, seuls dans leur action, seuls dans Berlin.

Le film est directement inspiré du roman Jeder stirbt füt sich allein de Hans Fallada. Ce dernier narre, juste après la guerre, en 1947, la vraie histoire d’Otto et Elise Hampel, résistants et auteurs de ces cartes antinazies. Leur histoire est profondément touchante et honorable ; le roman, dont Primo Levi disait qu’il était « l’un des plus beaux livres sur la résistance allemande antinazie », poignant ; mais l’adaptation cinématographique, un véritable échec. Lire la suite « Seul dans Berlin »

La gauche française…

Regard sur l’actualité – Jonas Follonier

Cinq mois avant les présidentielles françaises, la gauche se dessine. La première chose qu’il convient de remarquer, c’est qu’il y aura trop de candidats. La dispersion des voix constitue un piège que les ténors du côté babord de l’échiquier politique français auraient pu, et dû, éviter. De l’extrême gauche au centre-gauche, on pourrait bien compter pas moins de six candidats (et sans doute plus) : une écologiste, un(e) anti-capitaliste, un communiste, une radicale de gauche, un(e) socialiste, un libéral progressiste et peut-être encore d’autres !

Clairement, il s’agit d’un gros n’importe quoi. Yannick Jadot, le candidat vainqueur de la primaire d’Europe Ecologie Les Verts, est inconnu du peuple. Philippe Poutou, du Nouveau Parti Anticapitaliste, reconnaîtrait, s’il avait un peu de décence, que sa candidature consiste en une farce, de mauvais goût qui plus est. Sylvia Pinel, elle, s’est autoproclamée candidate du Parti radical de gauche ; un peu d’histoire du radicalisme lui rappellerait que ne pas passer par une primaire revient à bafouer la philosophie qu’elle est censée porter. Lire la suite La gauche française…

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