Aimons la vie !

Le Regard Libre N° 22 – Jonas Follonier

Il y a des gens qui s’ennuient. Pire, il y a des gens qui n’aiment pas la vie (cela est encore plus grave quand ils ne sont pas dans la misère). Cet éditorial a pour but de leur faire changer d’avis, ou du moins de leur montrer qu’un changement d’avis est possible. Selon moi, le fait d’aimer la vie a un lien fort avec la passion, la sensibilité et le goût du perfectionnement.

Commençons par la passion. Depuis les romantiques, nous avons une certaine idée de ce qu’est la passion amoureuse. Ici, le concept de passion doit être pris plus largement. Le fait de se forger une identité personnelle dépend en grande partie de notre capacité à avoir des préférences, notamment artistiques, sexuelles ou encore sociales. Cette disposition à avoir de l’intérêt pour quelque chose et de cultiver cet intérêt, je la nomme passion. Les Alpes sont si grandes, YouTube est si riche, les choix d’activités sont si vastes, que la passion s’impose. Continuer la lecture de Aimons la vie !

« Impression, soleil levant »

Le Regard Libre N° 21 – Loris S. Musumeci

C’en est fini des détails travaillés et retravaillés ; la peinture impressionniste ne représente que l’éblouissement du premier regard. Cela n’est pas du goût de tout le monde, surtout pas au coucher d’un XIXe siècle dominé par le romantisme artistique fin, délicat et poli. Justement à cause d’une critique piquante, les impressionnistes se sont attribué ce nom qui leur va si bien.

Tout commença par la toile Impression, soleil levant de Claude Monet, alias le Prince des Impressionnistes. Lorsqu’elle fut présentée en 1874 à l’exposition de la nouvelle Société anonyme coopérative d’artistes-peintres, sculpteurs, graveurs et autres, à Paris, le peintre et écrivain Louis Leroy ne manqua point de sévérité dans sa critique pour Le Charivari. « Impression – je le savais bien ! Je me disais justement, si je suis impressionné c’est qu’il y a là une impression. Et quelle liberté, quelle légèreté du pinceau ! Un papier-peint est plus travaillé que cette marine. » Continuer la lecture de « Impression, soleil levant »

Adieu Europe, adieu libre échange – Le nouveau monde a gagné

Regard sur l’actualité – Nicolas Jutzet

Ce qui semblait poindre avec le Brexit est désormais confirmé. L’Europe qu’on soupçonnait d’être divisible est divisée. La polémique autour du traité économique et commercial global CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement) qui devait lier l’Union Européenne et le Canada vient appuyer cette thèse. L’UE est une vieille dame qui ne sait plus à quel saint se vouer. D’habitude très centralisatrice – ce qui explique une partie du désamour qu’elle rencontre – elle s’essaie parfois au fédéralisme. Et bien évidemment, c’est un échec. Comment croire qu’une machine qui d’habitude se suffit à elle-même, puisse – le jour venu – compter sur les différents parlements nationaux et pire, sur la population ?

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« Expliquons les bienfaits de la globalisation » (Rencontre avec Stéphane Garelli)

Le Regard Libre N° 21 – Nicolas Jutzet et Jonas Follonier

Chaque domaine a ses stars : Johnny Hallyday dans le rock français, Michel Cymes dans la médecine, Jamy dans la vulgarisation scientifique… En économie, tous vous diront que la star suisse est Stéphane Garelli. L’homme impose le respect : professeur à l’Université de Lausanne ainsi qu’à l’IMD, président du conseil d’administration du journal Le Temps, ancien directeur général du Forum économique mondial et du Symposium de Davos, on ne compte plus les hautes responsabilités de Stéphane Garelli. Mais surtout, l’économiste est connu pour son talent de pédagogue. Rencontre à Sion le 5 septembre dernier.

N. J. et J. F. : Dans une interview récente, Jean Tirole, prix Nobel de l’économie, dit la chose suivante : « J’ai pris conscience de ma responsabilité de communiquer sur ce que ma discipline a à dire sur nos choix de société. » L’économiste que vous êtes a-t-il un devoir pédagogique, une mission ? Celle de simplifier le message pour que la foule comprenne les enjeux au mieux ?

Stéphane Garelli : Je pense qu’il s’agit d’une des responsabilités non seulement de l’économiste, mais aussi du professeur que je suis. Je crois que, souvent, les économistes ont été des gens trop incompréhensibles, alors que l’économie doit toucher le quotidien de chaque personne, elle doit leur parler. Les économistes ont utilisé excessivement des termes que personne ne comprenait, y compris eux-mêmes. Les écoles d’économie étaient aussi trop orientées vers les mathématiques, ce qui rendait la discipline encore plus incompréhensible. Continuer la lecture de « Expliquons les bienfaits de la globalisation » (Rencontre avec Stéphane Garelli)

Le noble Bob Dylan

Regard sur l’actualité – Jonas Follonier

Le 12 novembre 2016 restera dans les mémoires. Il y a quatre jours, le Prix Nobel de littérature a été décerné non pas à Philip Roth ou à Haruki Murakami, mais à un auteur-compositeur-interprète connu pour son talent poétique et son genre musical, le folk rock, qu’il popularisa durant les années 60 et développa durant les années 70 et au-delà : Bob Dylan.

Maintenant encore, cet inspirateur aussi bien de Francis Cabrel que de Guns n’ Roses prouve son génie artistique d’album en album. Mérite-t-il pour autant un Prix Nobel ? Difficile à dire. Même au Regard Libre, personne n’a un avis figé sur la question. Nul ne peut être insensible à l’univers musical de ce créateur du rock moderne, là n’est pas la question. Il demeure cette interrogation : en décernant leur prix prestigieux à Dylan, les académiciens suédois ne sont-ils pas en train de mélanger les choses ? Continuer la lecture de Le noble Bob Dylan

Les vertus du silence

Le Regard Libre N° 21 – Jonas Follonier

Le silence, peu à peu, disparaît de notre monde. Bien que je haïsse les « c’était mieux avant », la nostalgie, elle, ne m’incommode pas : quand elle est justifiée, c’est le plus beau sentiment qui soit. Ainsi en est-il de mon regret du silence, cet ami de l’homme qui ne sera bientôt plus qu’un lointain souvenir.

Nous pourrions dire que le silence est au bruit ce que les trous sont à la matière. Il existe actuellement des discussions passionnantes dans les instituts de philosophie pour savoir si les trous existent ou non. Cette question métaphysique nécessite bien plus qu’un article. La difficulté est en effet évidente : les trous ne semblent être que des néants, des absences de matière… autrement dit, rien. Le silence, lui, existe à coup sûr.

En quoi consiste-t-il, voilà une question à laquelle nous n’allons pas répondre. Encore une fois, une telle ontologie ne saurait avoir sa place ici, tant elle nécessite de lignes. Essayons cependant d’envisager non pas en quoi le silence consiste, mais à quoi il renvoie, ou si vous préférez, ce qu’il évoque, ce qui fait son intérêt. « L’homme est la mesure de toute chose », comme disait l’autre : considérons donc le silence par rapport à l’homme. Continuer la lecture de Les vertus du silence

L’éthique du raffinement

Le Regard Libre N° 21 – Adrien Faure

Les valeurs nous meuvent. Elles déterminent nos émotions et nos émotions déterminent nos actes. Par exemple, c’est parce que je pense que la liberté est une valeur importante que je ressens de l’indignation lorsque je vois la liberté d’individus violée. L’indignation (émotion) m’incite ensuite à vouloir mettre fin (acte) à la violation de la liberté (valeur). Parce que les valeurs jouent un rôle crucial dans notre vie en guidant nos actes, il convient de nous demander : quelles valeurs devons-nous adopter dans notre vie pour nous réaliser en tant qu’individus ?

La multiplicité et la diversité des individus rend difficilement envisageable l’idée qu’il existe une éthique, un code moral, adapté à tous. J’ai tendance à penser qu’il existe des types d’individus (et peut-être aussi des phases de vie) pour lesquels certaines valeurs seront plus valables que pour d’autres. La clef réside probablement ici dans la comparaison de différentes éthiques de vie pour que chacun puisse se construire au mieux en sélectionnant ce qui lui correspond. En réfléchissant sur quelles étaient les valeurs les plus importantes pour moi, j’en suis venu à considérer une valeur peu commune (en tout cas rarement considérée, il me semble) : le raffinement. Essayons un peu d’explorer ce que l’on pourrait dire sur cette valeur (considérez cet exercice comme une improvisation intellectuelle – de la même façon qu’au théâtre les comédiens improvisent parfois, je m’élance sur la scène le cœur à nu sans souffleur ou texte prédéfini). Continuer la lecture de L’éthique du raffinement

Un peuple à part

Le Regard Libre N° 21 – Sébastien Oreiller

Je ne veux pas donner mon avis sur l’affaire Darbellay. Je me bornerai à constater que la tourmente autour de cette affaire de mœurs, quoique largement médiatisée dans le Vieux Pays, semble avoir fait plus de scandale chez nos voisins, dans les cantons de Vaud et Genève. Peut-être parce que cela ne nous concerne pas, peut-être parce qu’ici, il n’y a personne à convaincre, l’opinion du tribun conservateur étant universelle au sein de son parti, et largement partagée par les autres partis de droite, c’est-à-dire la quasi totalité du canton. Si toutefois nous pouvons vraiment parler d’opinion : il vaudrait mieux en effet parler d’une habitude, ancestrale, religieuse, partagée de tous, croyants ou non, comme une sorte d’inconscient collectif valaisan. A l’inverse de l’anonymat des grandes villes, nous, les provinciaux, habitués au cadre du village, considérons la famille comme un environnement naturel. Ce ne sont pas les maîtresses de nos politiciens qui changeront cela, fort heureusement. D’ailleurs, la vie privée de nos élus ne nous intéresse pas, l’adultère non plus, et Dieu sait s’il est monnaie courante, peut-être même justement a fortiori parce qu’il est monnaie courante. Tout le monde connaît tout le monde, il faut bien faire avec, et de toute façon cela nous est égal. Continuer la lecture de Un peuple à part

Impassible Fabrice A.

Regard sur l’actualité – Loris S. Musumeci

Trois ans après l’assassinat de la jeune sociothérapeute par son patient Fabrice A., alors détenu au centre genevois « La Pâquerette », le procès a débuté la semaine dernière. Ce dernier, censé éclaircir la situation dramatique, n’a fait qu’obscurcir le cas et troubler les esprits. Tous les journaux romands en parlent, chacun cherche à comprendre, toutefois personne n’y voit rien.

En rappel des faits, le 12 septembre 2013, alors que Fabrice A. était de sortie, accompagné d’une curatrice de l’asile, Adeline M., afin de se rendre à une séance d’équithérapie, pris de folie il l’égorgea. Le doute planait encore sur la possibilité du crime prémédité ou non. Continuer la lecture de Impassible Fabrice A.

L’apprentissage, ce modèle de réussite

Le Regard Libre N° 21 – Nicolas Jutzet

Rares sont les visites diplomatiques en lien avec l’éducation qui se terminent autrement que par un flot de louanges pour notre système de formation. Rappelez-vous la promesse faite par ce cher François Hollande, soudain très enthousiaste à son retour d’une petite excursion dans notre contrée : « Nous allons lancer une opération pour soutenir l’apprentissage ». Notons également la mise en place d’apprentissages « à la mode suisse » aux quatre coins du monde, que ce soit aux USA ou encore en Inde ; bref, à l’internationale, notre formation professionnelle rencontre un large succès.

C’est évidemment flatteur que nos grands voisins prennent exemple sur le petit poucet que nous sommes, mais comprenons-nous réellement ce qui plaît tant dans notre manière d’accompagner la jeunesse durant son implantation dans la vie active ? Sommes-nous encore conscients des critères qui font de notre système une réussite enviée par delà le monde ? Et quel est son avenir ? Continuer la lecture de L’apprentissage, ce modèle de réussite

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