« Le Redoutable », redoutablement mitigé

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 2 octobre 2017, 20h30 – 21h00

« Tu te plains sans cesse d’être seul, mais c’est toi qui rejette le monde entier. »

Jean-Luc aime Anne. Anne aime Jean-Luc : malgré les décalages d’âge et d’univers. Elle est une jeune et charmante étudiante en philosophie. Lui, c’est Godard. Le maître du nouveau genre des sixties, l’imminent réalisateur du Mépris et d’A bout de souffle. Il ne parle que cinéma, ne pense que cinéma, ne vit que cinéma. Sa compagne tâche de le suivre dans cette inépuisable passion, bien que son regard se tourne davantage vers les yeux de son aimé que vers un viseur.

Elle joue pour lui La Chinoise ; un déchet cinématographique moralisateur qui veut donner des leçons de maoïsme. Le cinéaste entre alors en crise et veut s’engager pleinement dans la grande révolution rouge. Quelque peu soumise, Anne, le suit. Commence là une dégradation progressive pour Jean-Luc Godard qui rejette tout, même son propre cinéma. Mai 68 emporte alors le couple, pourtant bien bourgeois, dans de burlesques aventures, jusqu’à l’ultime brisure.

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La chasse, une noble activité

Regard sur l’actualité – Jonas Follonier

Aujourd’hui, dans plusieurs cantons, les étudiants reprennent le chemin de leurs universités, pour une rentrée qui annonce l’arrivée imminente de l’automne. Or en ce lundi 18 septembre, c’est aussi la rentrée des chasseurs. En Valais, tôt ce matin, les divers groupes de chasse se sont faufilés dans leurs coins de montagnes, traquant cerfs et chamois. L’heure du début de la chasse haute a sonné.

N’en déplaise à ses calomniateurs, la chasse ne consiste pas en un sport de sauvages. Au contraire, la chasse est un art et exige un système de pratiques minutieuses. De plus, cette activité nécessite une réelle connaissance de la nature. C’est pourquoi les vrais amis de la nature ne sont pas à trouver parmi les personnes hostiles aux tueurs de chevreuils. L’écologisme considère la nature comme supérieure à l’homme ; le capitalisme considère l’homme comme supérieur à la nature. La chasse, elle, conçoit l’homme et la nature dans un rapport harmonieux. Continuer la lecture de La chasse, une noble activité

Cézanne rayonnant à la Fondation Gianadda

Le Regard Libre N° 31 – Loris S. Musumeci et Jonas Follonier

La Fondation Pierre Gianadda, à Martigny, en Valais, accueille une centaine d’œuvres du maître d’Aix. L’exposition se tient du 16 juin au 19 novembre. Se laissant apprécier pour ses tonalités variées, elle place à l’honneur autant les portraits que les natures mortes ou les paysages de Cézanne. Ces derniers gardent cependant un rôle particulier à jouer : ouvrez grand votre esprit, les terres du peintre se mettent à chanter.

Après un passage des impressionnistes Degas, Manet, Gauguin, Van Gogh, Morisot, Renoir et Monet, c’est Paul Cézanne qui habite les murs de la Fondation artistique. Il est d’ailleurs un emblème de ce mouvement. Père de la modernité picturale, il choqua par son style épais et tacheté. Il permit l’audacieuse innovation d’une lumière qui fait vivre autant les paysages que les visages. Cela ne se déploya pas sans un manque de reconnaissance à son époque, et une grande solitude.

Un titre symphonique

Daniel Marchesseau, commissaire de l’exposition, s’est tout naturellement inspiré de l’état d’âme du personnage pour le choix du titre : Le Chant de la Terre. C’est le nom d’une symphonie de Mahler, dont les liens à Cézanne paraissent parler d’eux-mêmes. Dans un entretien au Figaro, le commissaire expliquait : « Ce sentiment de terrien qui est celui de Cézanne, ce marcheur accroché à sa lande, à sa terre, mort après avoir peint des heures sous la pluie, m’a semblé en profonde résonnance avec Le Chant de la Terre de Mahler. J’ai réécouté cet ensemble de lieder écrit pour voix seule : Cézanne lui aussi est seul, et l’orchestration de ses coloris, de ses panoramas, de ses mondes intérieurs, donne à sa peinture une dimension symphonique. La rencontre avec Mahler m’a semblé naturelle. » Continuer la lecture de Cézanne rayonnant à la Fondation Gianadda

La musicothérapie : un remède d’exception

Le Regard Libre N° 31 – Hélène Lavoyer

Utilisée aujourd’hui dans de nombreux hôpitaux et cabinets, la musicothérapie permet d’améliorer la qualité de vie de personnes souffrant de dépression, mais pas seulement ; rythmes et sons permettent aux patients atteints de schizophrénie de rétablir la communication avec le monde extérieur, aux personnes atteintes d’Alzheimer de retrouver des souvenirs qu’ils pensaient oubliés à jamais, et soulage certains symptômes de l’autisme.

Un succès intemporel

C’est en 1729, dans Medicina Musica, que Richard Browne expose pour la première fois une théorie décrivant l’utilisation de la musique dans le domaine médical. Il n’est pourtant pas le premier, et de loin, à avoir pensé à son utilité. La musique, présente sous forme de rythmes tambourinés ou de chants, est présente dans le quotidien des Hommes depuis bien longtemps. Dans la Bible, le roi Saül fut guéri de l’esprit malin par David, qui vint lui jouer de la harpe. Le monde antique grec, qui étudiait la musique comme une science mathématique, considérait déjà les bienfaits de celle-ci pour réguler passions et humeurs, mais pas seulement ! Aux quatre coins du monde et depuis des millénaires, la musique est présente, soigne, « adoucit les mœurs ». Le chamanisme amérindien, lui aussi, offre aux cercles rythmiques une place de choix. Continuer la lecture de La musicothérapie : un remède d’exception

« Barbara », ou la pureté du cinéma

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 2 octobre 2017, 20h30 – 21h00

Cela faisait longtemps que les films biographiques se suivaient en se ressemblant, aussi réussis fussent-ils. Cloclo et Dalida en témoignent. Tout à coup, voilà qu’arrive au cinématographe un ovni du genre, une œuvre éminemment novatrice, renversant les codes du biopic. Barbara. Sous prétexte de nous faire redécouvrir la célèbre figure de la chanson française, ce nouveau film de Mathieu Amalric nous fait avant tout redécouvrir le cinéma.

Un film dans le film

Mathieu Amalric n’est pas un réalisateur comme les autres. Cela se voit déjà sur son visage, emprunt d’un perpétuel étonnement. Le cinéaste français ouvre constamment les yeux en grand ; peut-être est-ce là le signe d’un cinéma qui admire tout ce qui touche aux hommes, à la vie, au cinéma en somme, et qui donc s’admire lui-même. Mathieu Amalric ne pouvait faire un film biographique conventionnel. Ni faire un film biographique tout court. Continuer la lecture de « Barbara », ou la pureté du cinéma

Pierre Bergé : l’homme qui incarnait l’époque

Regard sur l’actualité – Loris S. Musumeci

Un morceau de France disparaît. Et les hommages volent pour cet homme complet, qui conçut son temps par des pouvoirs aussi nombreux que divers. Pierre Bergé était le maître à penser des élites, le promoteur d’un progressisme sociétal et d’un capitalisme effréné, mais encore un patron de presse, un collectionneur d’art et un fin lettré. Un as de ce Paris flamboyant, gauchiste et luxueux, dont la carte n’est plus.

Jeunesse en révolution

Fils unique, de parents anarchistes, né en 1930. Jeune homme, il est têtu et ne tarde pas à s’affirmer. Sans terminer son lycée, il quitte le domicile familial d’Oléron pour monter à Paris. Il rêve de devenir journaliste, ou d’écrire pour le moins, et de faire partie de la haute. Lui, qui est homosexuel, sans s’en cacher, et qui aime passionnément les arts et les lettres. Continuer la lecture de Pierre Bergé : l’homme qui incarnait l’époque

« Le Sang », extrait n° 7

Le Regard Libre N° 31 – Sébastien Oreiller

Chapitre II : Arrivée du fils (suite)

Ils étaient deux. Il y avait le fils et son ami. Ils entrèrent dans la grand’salle, brillants de poussière et d’éclat, en uniformes entre les portraits des ancêtres. L’un était grand et blond, avec les mêmes reflets marins que sa mère, et dans le regard la même arrogance froide ; l’autre plus petit et plus maigre, longs cheveux noirs et teint d’olive, qu’il gardait loin du soleil. Pas d’arrogance dans le regard, mais de la malice dans le sourire.

Ils avaient dû les attendre longtemps. Les filles, lassées, s’en étaient allées, et avaient déserté les lieux, subsidiaires à l’ombre de leur frère, ce frère qu’elles n’aimaient pas, et leur vision mouvante se confondait avec l’image de quelque aïeule sur la paroi, comme elles squelettique et vaporeuse. Le soleil tapant de l’extérieur avait plongé la grand’salle dans la pénombre ; on ne discernait plus les visages contre les murs. Seule la moiteur ruisselante qui perlait au bout des longs voiles blancs et des mains, humidité des vieilles demeures ou des chapelles, conservait aux corps leur réalité naturelle et pourtant volatile. Il allait prendre froid. Continuer la lecture de « Le Sang », extrait n° 7

Pascal Couchepin : « Personnellement, j’étais pour un ticket à deux »

Un entretien inédit préparé par Jonas Follonier et Nicolas Jutzet

Vendredi dernier 1er septembre, le groupe parlementaire PLR a tenu séance à Neuchâtel pour choisir le type de candidature qu’il souhaite lancer dans la succession à Didier Burkhalter au Conseil fédéral. Un ticket à trois a été choisi : les candidats Ignazio Cassis (le favori), Isabelle Moret et Pierre Maudet restent en lice. Réactions d’un ancien président de la Confédération libéral-radical, Pascal Couchepin.

Jonas Follonier : Ce choix d’un ticket à trois était-il une surprise pour vous ?

Pascal Couchepin : Je n’ai pas été surpris, car dans ce domaine, la préoccupation tactique l’emporte souvent sur la préoccupation du fond. Personnellement, j’étais pour un ticket à deux, et non à trois. Imaginez un ticket à quatre, cinq, six, ce serait laisser les autres partis décider. Non, il est essentiel que le parti s’accorde déjà sur un ou deux noms, afin de faire une première sélection au niveau des compétences, et ne pas laisser l’entier du choix aux autres formations politiques. Continuer la lecture de Pascal Couchepin : « Personnellement, j’étais pour un ticket à deux »

Fanny Ardant en transsexuelle dans « Lola Pater »

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 2 octobre 2017, 20h30 – 21h00

Zino (Tewfik Jallab) est un jeune homme d’origine algérienne. Suite à la mort de sa mère, il décide de partir à la recherche de son père perdu de vue vingt ans plus tôt. Quelle ne va pas être alors sa stupéfaction à l’heure des retrouvailles. Ce n’est pas un homme, mais une femme qu’est à présent son père. Signant son cinquième film, Nadir Moknèche a confié le rôle du personnage transsexuel à la délicate Fanny Ardant.

Une interprétation déconcertante

Le public comme la presse sont forcément divisés sur le fait que le héros transgenre de l’histoire ne soit pas incarné par une personne ayant vraiment vécu une telle opération. D’autant plus qu’avec Fanny Ardant, le réalisateur franco-algérien n’a pas choisi l’actrice la moins connue pour sa féminité. Toute une iconographie de femme sublime entoure celle qui s’est fait connaître dans des films comme Pédale douce ou Huit femmes.

Le choix du cinéaste a cependant le mérite d’accorder de l’importance au jeu d’acteur et d’être cohérent avec son métier. Continuer la lecture de Fanny Ardant en transsexuelle dans « Lola Pater »

L’islam en Suisse : l’heure du débat ?

Regard sur l’actualité – Nicolas Jutzet

L’entrevue donnée par Saïda Keller-Messahli dans Le Temps du 2 septembre fait son effet sur le lecteur. Dans le cadre du lancement de son nouveau livre Islamistische Drehscheibe Schweiz: Ein Blick hinter die Kulissen der Moscheen, elle veut nous avertir sur le problème que pose l’islam actuellement dans notre pays. La présidente et directrice du Forum pour un islam progressiste dresse un constat alarmant.

C’est le moins que l’on puisse dire. Selon elle, il existe « une stratégie globale qui vise à implanter un islam conservateur, rétrograde, discriminant et parfois violent » et que « l’islam radical s’est invité dans les mosquées suisses ». Elle indique par ailleurs que « chaque mosquée ou presque à son jardin d’enfants ou son groupe de jeunes. Il s’avère que ce sont des lieux d’endoctrinement religieux ». Continuer la lecture de L’islam en Suisse : l’heure du débat ?

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