Heureuses Pâques

Au sein d’un horizon plat, vide et profondément chaotique, ne trouvant refuge dans la froideur déconcertante du ciel gris, noir et blanc, nous restons assis, pleurant face à l’absurdité étouffante.

Mais le printemps est là, les fleurs renaissent ; les hommes sont purifiés du sentiment amer de non-sens, parce qu’ils retrouvent, dans la beauté d’un fin pétale et d’un immense ciel azur, le bonheur de respirer enfin librement la joie, parfois douloureuse, du don.

Pâques, c’est justement la libération de l’obscurité pour entrer dans les couleurs savoureuses de la vie, ainsi que le don par amour.

Heureuses Pâques, dans la solitude ou la convivialité.

La rédaction

160327 Heureuses Pâques

Dessin à l’encre de Chine : Loris S. Musumeci

Escapade baroque au « Bal des Laze »

La richesse de la chanson française (2/6)

Le Regard Libre N° 14 – Jonas Follonier

Ce n’est pas un hasard si la période baroque de l’histoire littéraire, qui s’étend de 1580 à 1640, a été redécouverte dans les études des années 1960 : des thèmes comme le changement, l’artifice et la singularité qui caractérisaient la poésie de Chassignet et le théâtre de Viau s’avèrent être aussi les principales revendications du mouvement de mai 68.

Ce n’est donc pas un hasard non plus si l’on retrouve l’esthétique baroque dans la musique des années 60. La chanson française avait besoin de sortir des sixties et de trouver un nouveau support musical qui fût plus élaboré que celui des yéyés, ces chanteurs débutants. Au rockabilly, au rock ‘n’ roll, au folk rock et à la naissante pop rock succéda un genre musical passé inaperçu et pourtant fondamental : la pop baroque. Continuer la lecture de Escapade baroque au « Bal des Laze »

L’invasion des individualités

Le Regard Libre N° 14 – Sébastien Oreiller

Umberto Eco n’est pas encore froid que déjà, sur Facebook et autres Twitter, fleurit la désormais célèbre citation : « Les réseaux sociaux ont donné le droit de parole à des légions d’imbéciles qui, avant, ne parlaient qu’au bar, après un verre de vin et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite alors qu’aujourd’hui, ils ont le même droit de parole qu’un prix Nobel. C’est l’invasion des imbéciles ».

Si vrai et pourtant si paradoxal ! Les amateurs de réseaux sociaux eux-mêmes reconnaîtraient la vacuité de leur Moi exacerbé ? La parole au peuple, pour le peuple, contre le peuple, cela ne semble néanmoins pas déranger les manipulateurs de tous bords, les saboteurs et autres populistes ; en témoignent certains UDC (mais cela est également vrai pour les révolutionnaires de gauche), s’offusquant pour un tout et pour un rien, par exemple contre un pape qui ne leur a fait aucun mal, sinon de prôner la paix. « Ce n’est pas mon pape ! » Toujours ce moi, toujours autant peu d’intérêt intellectuel, surtout quand il s’agit d’un message aussi universel que celui de François. Chacun s’invite sur le net ; même Le Regard Libre y est ! C’est peut-être pour cela que nous essayons, peu à peu, de passer au papier, une avancée que d’aucuns qualifieraient de régression, mais pour nous une légitimité que les pixels de notre écran ne possèdent pas. Quoi qu’il en soit, le flot continuel de toutes les individualités, aussi (in)intéressantes soient-elles parfois, est devenu incontournable. Pour lui donner une raison d’être, les constructivistes l’appelleront « arène de socialisation ». Amen ! Enfin soit… Continuer la lecture de L’invasion des individualités

Il s’agirait d’écouter maman

Le Regard Libre N° 14 – Julien Auriach (rédacteur invité)

Une vieille rengaine. Voilà à quoi ressemble le texte de l’initiative populaire « Non à la spéculation sur les denrées agricoles ». Il demande d’une part l’interdiction des produits dérivés agricoles et, d’autre part, que la Confédération s’engage au niveau international à lutter contre la spéculation sur les denrées. Dans leur argumentaire, les jeunes socialistes osent. Ils vont jusqu’à citer maman : « on ne joue pas avec la nourriture ». Normal qu’avec un slogan qui sent bon la moraline, un vent de lassitude écorche le paysage politique. Une économie au service des hommes, un énième vœu pieux d’une gauche en manque d’idéal ?

Il est vrai, 800 millions de gens meurent chaque année de faim. Il est aussi vrai qu’ils ne meurent pas en Suisse… Un écran, voilà ce qu’est devenu le négoce de matières premières alimentaires. Une pellicule de peinture sur la fenêtre, et qui, à force de patiner, parvient à briller par son opacité. La finance a cette particularité qu’elle semble complètement déconnectée des conséquences de ses actes. Catherine Morand, porte-parole de Swiss Aid, une ONG qui défend l’initiative, a les idées claires. « Après la crise, de nouveaux acteurs ont commencé à miser des sommes colossales sur ces matières qui sont devenues comme des valeurs refuges et c’est cela qui a donné des emballements, des émeutes de la faim à travers le monde. » Ce glissement s’est opéré tout doucement, la libéralisation tranquille. Les décisions se prenant à Berne, à l’heure de la pause café (équitable et bio), c’est en Ethiopie que l’on trinque, mais ça, on ne le voit pas dans l’open space. Et si la peinture était une paroi de crasse ? « L’UDC est contre, ils pensent défendre les intérêts de l’économie suisse », prévient Catherine Morand. Et ces derniers ne sont pas minces ; il faut rappeler que « près de 80 % du volume des transactions de grains se fait par l’intermédiaire de sociétés basées en Suisse ». Continuer la lecture de Il s’agirait d’écouter maman

Le revenu de base : après moi le déluge !

Le Regard Libre N° 14 – Nicolas Jutzet

Le revenu de base inconditionnel (RBI) est un versement mensuel par une caisse publique, à chaque individu, d’une somme d’argent suffisante pour couvrir les besoins de base et permettre la participation à la vie sociale, comme une rente à vie. C’est la concrétisation d’un droit humain fondamental.

La thématique prend de l’ampleur, les articles de journaux et les émissions traitant du sujet s’enchaînent. Les formulations sont diverses : revenu de base inconditionnel (RBI) en Suisse, la forme française qu’on connaît sous le nom de LIBER (défendu par le think-tank Génération libre), ou encore sous le terme d’allocation universelle, revenu universel de base, voir même d’impôt négatif. Leur point commun ? Ils annoncent un changement radical de notre société. Ca tombe bien, les citoyens suisses pourront donner leur avis sur la question au mois de juin. Mais avant de s’attaquer à la version helvétique, un pe-tit rappel historique s’impose.

La genèse de l’idée nous viendrait d’un certain Thomas More, philosophe anglais, qui décrivit, dans son essai politique Utopia paru dans le courant du XVIe siècle, son modèle de société idéale. Elle répondait au critère suivant lequel « la richesse nationale est si également répartie que chacun y jouit en abondance de toutes les commodités de la vie », soit les prémices d’un revenu de base universel, ou du moins une promesse de redistribution que l’on retrouve aujourd’hui. Il essayait de répondre aux premiers signes de ce qui deviendra la révolution agricole au XVIIIe siècle (rationalisation des récoltes, en-closures et fin de la jachère). Continuer la lecture de Le revenu de base : après moi le déluge !

Bienvenue au théâtre

Promenades théâtrales (1/6)

Le Regard Libre N° 14 – Loris S. Musumeci

Dans l’obscurité, la salle se remplit peu à peu. Les murmures et le bruit sourd des pas discrets annoncent un début qui, dans l’excitation incomprise, l’émotion douteuse mais aussi l’appréhension, s’approche ; lorsque soudain, telle une vague surgissant d’une mer silencieuse, tel un coq chantant trop tôt, avant l’aube d’un nouveau jour, surgissent, de la profondeur du cœur des coulisses, les fameux et décisifs trois coups. Le rideau d’un rouge épais et dense s’ouvre ; c’est sur les planches que commence une nouvelle réalité, celle de vies appelées à être ressuscitées sur la scène par la représentation. L’art dramatique s’actualise alors à nouveau. Le corps d’un homme s’apprête à revivre l’existence d’un autre, tout en l’offrant à un public unique et éphémère ; cela par la présence temporelle du comédien qui réanime une histoire intemporelle. Bienvenue au théâtre, lieu de mystère continu.

Ils seraient si nombreux, les éléments théoriques, techniques et philosophiques à évoquer pour réaliser une introduction au théâtre, qu’un seul livre aurait déjà quelques difficultés à les contenir. De fait, Henri Gouhier, notamment éminent penseur de l’art, en toute humilité, affirme, à la fin de son ouvrage Le théâtre et l’existence, qui cherche à aller du théâtre à la philosophie par la pensée de l’essence même de ce premier – thèse qu’il aborde dans un essai précédent L’essence du théâtre – : « La philosophie et l’esthétique du théâtre doivent se constituer à travers une histoire comparée des arts du théâtre et en faisant appel à de multiples sciences, psychologie et psychanalyse, sociologie et ethnographie. Toutefois, une vue d’ensemble peut être commode, permettant de poser, de situer et de soupeser les problèmes fondamentaux. Une telle esquisse, par sa nature même, s’adresse simplement à tous ceux qui aiment le théâtre et qui ne refusent pas l’effort de réfléchir sur ce qu’ils aiment, sachant que la meilleure façon d’aimer est encore de chercher à comprendre. ‘Conclusion’ ne conviendrait pas plus ici que ‘dénouement’ à la fin d’un premier acte. Ces pages ne sont rien de plus qu’une scène d’exposition. » Continuer la lecture de Bienvenue au théâtre

Pour une démocratie directe de qualité (Rencontre avec Tibère Adler)

Le Regard Libre N° 14 – Jonas Follonier

Nous retournons ce mois-ci vers des horizons libéraux avec le directeur romand d’Avenir Suisse, qui propose de réformer le droit d’initiative pour améliorer la qualité de notre démocratie. Après des études de droit à l’Université de Genève, Tibère Adler a exercé la fonction d’avocat et de manager. Il est le directeur romand d’Avenir Suisse depuis 2014.

Jonas Follonier : Pouvez-vous nous présenter la fondation Avenir Suisse ?

Avenir Suisse est un think tank, un laboratoire d’idées. Plus précisément, nous sommes un institut de recherche privé à but non lucratif. Notre mission est de proposer des études prospectives sur l’avenir notamment économique de la Suisse. Nos études se veulent objectives et sont très orientées vers les chiffres. Nous nous réclamons de valeurs libérales, dont la plus importante est la liberté ainsi que la responsabilité qui lui est consubstantielle. Nous souhaitons que les individus et les entreprises déterminent eux-mêmes leur existence et assument les conséquences de leurs choix. Continuer la lecture de Pour une démocratie directe de qualité (Rencontre avec Tibère Adler)

Pensées journalistiques (3/3)

Un article inédit de Loris S. Musumeci

Assurément, le délectable et fin art d’écrire n’a pas disparu. Comme nous l’évoquâmes tantôt, la Toile a détérioré la qualité du journalisme en général, néanmoins elle ne l’a de loin pas détruite. Au crépuscule d’une grandeur, on se prépare déjà à l’aurore d’une immensité. J’évoque une sentence personnelle au caractère typique pour proclamer l’espérance, parce que je crois profondément que, malgré un actuel affaiblissement amer de la pratique de la langue française, et cela se remarque jusque dans les journaux au quotidien, tout se prête à prendre conscience de ce défaut littéraire. Les amants du beau langage sauront tenter d’y remédier ; c’est d’ailleurs déjà le cas chez les véritables hommes de culture d’aujourd’hui. Il en va de même pour ce qui concerne l’engagement honnête et entier que l’on observa chez un Zola dreyfusard ou un Camus résistant. Existe encore, en effet, le philosophe qui serait prêt à donner sa vie pour ses idées, subissant une multitude de blâmes, mais quelques reconnaissances méritées et réconfortantes aussi.

J’aimerais rendre hommage ici à un homme qui, face à des railleries constantes, sut humblement répondre avec grande justesse : « Je suis un homme amoureux, j’ai des amis que j’admire et un fils qui a pris son envol. Comme disait mon père : que demande le peuple ? ». Ces paroles furent prononcées sur le plateau télévision de Des paroles et des actes du 21 janvier 2016 sur France 2, alors que l’on avait dit de lui, par provocation, qu’il aimait le malheur ; en d’autres termes, que ce n’était qu’un vieil aigri tourmenté, comme on a l’habitude de le désigner en ricanant. Il s’agit d’Alain Finkielkraut. Il me plairait de livrer ici un de ses articles qui, à la manière de nos deux articles historiques, témoigne d’un profond ancrage dans le débat d’idées enveloppé d’un style attentionné. Ce dernier parut dans le journal Libération du 9 septembre 2014. Notre philosophe s’immergea dans la plume du Président François Hollande. Voici l’intégralité de l’article : Continuer la lecture de Pensées journalistiques (3/3)

Islam et islamisme

Le Regard Libre N° 14 – Jonas Follonier

« Pas d’amalgame  » nous souffle-t-on sans arrêt dans les oreilles depuis les attentats. Bien sûr, il ne faut pas faire d’amalgame : il y a beaucoup de musulmans qui ne sont pas des islamistes. Mais tous les islamistes sont musulmans, ne serait-ce que par définition.

L’idée répandue dans les médias selon laquelle « l’islamisme n’a rien à voir avec l’islam » est on ne peut plus fausse. L’islamisme est né dans le terreau de l’islam. D’autres facteurs viennent bien sûr alimenter le succès du djihad, comme la crise culturelle et spirituelle que traverse l’Europe actuellement et la perte de repères.

Il reste néanmoins que l’islamisme radical est un islam littéral. Continuer la lecture de Islam et islamisme

Pensées journalistiques (2/3)

Un article inédit de Loris S. Musumeci

Avant que d’élucider les mystères et les raisons de ce qui fait aujourd’hui le bon journalisme par la sauvegarde d’une identité imprégnée et d’une écriture authentique, il est intéressant de témoigner brièvement de la presse d’hier. Effectivement, il est bel et bon d’invoquer et de vanter une « culture littéraire » au sein d’un journal, mais sans extraire de l’Histoire quelque article des plus marquants à ce sujet, le propos n’a que peu de puissance ; sans être vain néanmoins, le travail n’est, en un certain sens, que réalisé à moitié.

C’est pourquoi, en guise d’illustration, le fameux « J’accuse… ! », article pamphlétaire d’Emile Zola sur l’affaire Dreyfus, un des plus célèbres de la presse française et même mondiale, rend compte d’un journalisme vraiment littéraire. Celui-ci, pour le replacer dans son contexte, fut publié dans L’Aurore, quotidien de l’époque, du 13 janvier 1898 sous la forme d’une lettre publique et ouverte au Président de la République Félix Faure, afin de prendre la défense d’Alfred Dreyfus, un capitaine d’origine juive qui subit une accusation en 1894 pour trahison et complot avec l’Empire allemand – il est clairement condamné pour avoir livré des documents secrets aux Allemands –, dans un contexte d’antisémitisme fort et grandissant. Continuer la lecture de Pensées journalistiques (2/3)

Pour la culture et le débat d'idées

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