Les accords bilatéraux

Le Regard Libre N° 29 – Clément Guntern

La relation Suisse – Union européenne (2/3)

Après avoir fait un bref historique de la relation Suisse – Union européenne, nous consacrerons ces quelques lignes à décrire les accords bilatéraux et plus généralement la situation qui prévaut à l’heure actuelle.

Comme nous l’avions vu, la voie bilatérale n’est pas née facilement. Elle est apparue après de longues et difficiles négociations suite au refus de l’Espace économique européen (EEE) en 1992. C’est donc sur une voie propre que la Suisse a voulu se lancer, une voie que l’UE ne désirait pas forcément et qu’elle imaginait temporaire. Mais dans les faits, sur quoi portent ces accords ? Comment fonctionnent-ils et quels sont les problèmes auxquels la voie bilatérale doit faire face ?

Plus d’une centaine d’accords Continuer la lecture de Les accords bilatéraux

Simone Weil et le sentiment national

Le Regard Libre N° 29 – Jonas Follonier

En cette veille du mois d’août et de la célébration de notre belle Suisse, jetons un regard sur une grande femme du XXe siècle, qui à travers sa vie et son œuvre a marqué à jamais la philosophie européenne. Simone Weil, avec un W, à ne pas confondre avec la femme politique qui vient de nous quitter.

Née d’une famille juive-alsacienne, Simone Adolphine Weil côtoie dès son plus jeune âge la réalité de la Première Guerre mondiale. Son père étant chirurgien militaire, elle se trouve confrontée à la misère humaine, à laquelle elle se montre très vite sensible. Son combat, toute sa vie durant, se réfèrera au sort des plus faibles, des opprimés, des déracinés.

Le déracinement : l’un des grands thèmes, si ce n’est le plus central, de la pensée de Weil. Convaincue qu’il s’agit de la principale cause des tragédies qui sont celles de son temps, nazisme en tête, la jeune philosophe française consacra à cette question un ouvrage renversant de lucidité et d’autorité, qui fut hélas également son dernier : L’Enracinement. Continuer la lecture de Simone Weil et le sentiment national

« Hostile », ou quand le cinéma ose dépasser la frontière des genres

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Il fallait oser. Marier en un film le cinéma d’épouvante fantastique et le drame romantique. Tel a été le défi de Mathieu Turi avec son premier long-métrage. Ce jeune cinéaste français se lance dans une carrière prometteuse : le film qu’il a présenté hier soir au NIFFF (Neuchâtel International Fantastic Film Festival) succède à une expérience cinématographique remarquable. Fort de deux courts métrages qui ont marqué les mémoires, Mathieu Turi a travaillé comme assistant réalisateur auprès de géants tels que Clint Eastwood, Quentin Tarantino ou encore Woody Allen.

Hostile, c’est l’histoire d’une femme écorchée par les épreuves de la vie, qui se retrouve enfermée dans son véhicule suite à un accident. Une situation catastrophique, d’autant plus que l’humanité se trouve à un stade de reconstruction post-apocalyptique et que des créatures inquiétantes rodent la nuit pour déchiqueter toute présence humaine. Le huis clos que nous propose Mathieu Turi est un film d’horreur habilement ficelé. Surtout, il est composé d’une autre dimension fondamentale : une série de « flash-back » romantiques. Continuer la lecture de « Hostile », ou quand le cinéma ose dépasser la frontière des genres

Le discours de la loi Veil

Regard sur l’actualité – Loris S. Musumeci

78651. Simone Veil reçut ce numéro à l’âge de seize ans. Elle ne le quitta plus depuis. Jusqu’au vendredi 30 juin dernier, la mémoire vivante de la Shoah demeurait en cette femme.

Les hommages débordent des journaux, radios et plateaux de télévision. C’est un symbole qui s’est éteint. Incarnant le courage, la force et la sagesse. Mais aussi la renaissance : une Juive destinée à brûler, qui finit par porter l’Europe occidentale dans un sac d’union et de paix.

Simone Veil est complète ; rien ne manque à son parcours. La fécondité regroupe toute trace de vie que les défunts ont laissé sur leurs pairs. En ce sens, la fécondité de Simone est généreuse, tant par ses enfants, que par son témoignage de rescapée ou la loi Veil.

Le discours de cette révolution politique et sociale remonte au 26 novembre 1974. Dans une France où les anciens n’avaient pas encore étouffé sous la marée mai 68, un tel changement ne manqua pas d’en bouleverser plus d’un. Madame le Ministre de la Santé fut insultée, traitée entre autres d’assassine. Pourtant, la situation tragique de trois cent mille femmes pratiquant des avortements clandestins chaque année ne pouvait laisser dans l’indifférence.

L’ancienne déportée, sous le gouvernement giscardien, dut agir. Faute morale ou justice accouchée, l’heure n’est pas au jugement – que les politiques s’en chargent. Comme l’heure n’est pas non plus à l’idéologie. Ce serait rendre un hommage saccadé que de faire dire au texte rendant légal l’avortement ce qu’il ne veut pas dire. Le propos de Simone Veil est clair. Dans son intégralité, voici un discours qui continue de marquer l’Histoire contemporaine : Continuer la lecture de Le discours de la loi Veil

Marc Chagall, « L’Anniversaire »

Le Regard Libre N° 28 – Loris S. Musumeci

Regard vers le peintre-poète : Chagall (1/3)

Marc Chagall (1887-1985) est considéré comme l’un des plus grands peintres du XXe siècle. Trois épisodes lui sont consacrés pour caresser son œuvre qui n’est pas que peinture. Elle est aussi poésie. Vers d’un amour ailé et coloré qui se laissent contempler par L’Anniversaire (1915).

Des essais cubistes aux tentations de la violence fauviste, jusqu’au plongeon dans la lumière de l’orphisme, Chagall demeure inclassable. Il est un style, une manière à soi dans ses élans d’évolutions et variations. Son huile sur toile L’Anniversaire s’inscrit dans ce mouvement, bien qu’elle étonne au premier regard. Est-ce vraiment du Chagall ? Point de juif hassidique jouant du violon en louchant, point de chèvre, d’ange déchu ou de Christ. Mais l’amour d’un jeune couple, aussi léger et vivace que le décor de l’appartement. Continuer la lecture de Marc Chagall, « L’Anniversaire »

« Le Sang », extrait n° 4

Le Regard Libre N° 28 – Sébastien Oreiller

Chapitre I : La Perte (suite)

Tels furent ses rêves quand, pour la première fois, le matin sans amour l’assaillit. Il fit ce que font tous les autres, en tous cas les plus forts, il se leva et partit à la recherche de sa jeunesse, et se remémora cet amour qu’il n’avait pas encore rencontré. Il longea les murs et quitta le village. Les bosquets d’été étaient encore frais de rosée, comme ses pas. Il poussa la porte de la cave où il s’était rendu trois jours plus tôt et vit qu’ils n’avaient rien laissé ; la pièce était vide, et le sol lisse ; il douta même qu’il y fût jamais entré. Seule la femme sépulcrale qui les avait observés, et qu’ils avaient prise pour l’épouse du mort, lui rappela les faits, en se présentant à lui, toujours aussi blanche, mais d’un aspect bien réel, quoique la chair en fût vaporeuse. Elle lui demanda qui il était. « Je suis, dit-il, l’homme qui a perdu sa jeunesse. J’ai cru l’avoir trouvée ici, mais elle n’y était pas. Et pourtant j’ai senti son odeur, celles des jeunes filles rieuses et des vignes au printemps. J’ai senti venir mon été, et mon été me brûle. » L’odeur, lui dit-elle, c’était celle des lilas et des millefeuilles que ses filles tressaient avec leurs cheveux, et c’était pour ça qu’il s’était mépris. Elle trouvait qu’il faisait frais ici ; elle était montée de la ville, de la petite ville, parce qu’il faisait trop chaud, et qu’elle aimait l’air vif de la montagne, et celui des forêts de la montagne. Elle était Mme L* ; elle l’avait connu quand il était enfant et que son père venait tailler les jardins. C’est vrai, il l’avait reconnue. Il savait que c’était une grande dame de la ville, jeune encore mais veuve, et que le sang des grandes persécutions, celles du siècle dernier, quand son père était juge, coulait dans ses veines ; elle avait l’air d’une lionne blessée dans son orgueil. Pourtant, c’était à sa voix qu’il l’avait reconnue. Il voulut partir, mais elle lui demanda de rester. « Vous cherchiez le mort, n’est-ce pas ? Il n’y en a pas ; il n’y a jamais eu de mort dans cette maison. Personne n’y est jamais né. » Elle lui demanda ce qu’il faisait. Il travaillait les champs, mais il en avait assez du soleil et de la sueur. Il voulait l’ombre. Elle le prit à son service. Bien sûr, il savait ; mais il accepta quand même. Peut-être avait-il besoin d’être aimé, peut-être aussi accepta-t-il par désespoir, par gout de l’abîme que lui avait laissé le matin sans amour. Les effluves de sa jeunesse flottaient encore dans le jardin, et il ne voulait pas les perdre. Continuer la lecture de « Le Sang », extrait n° 4

« Wonder Woman»

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 3 juillet 2017, 20h30 – 21h00

« Tu as été mon plus grand amour ; aujourd’hui tu es mon plus grand désespoir. »

Diana (Gal Gadot), princesse de Themiscyra, court à travers une île peuplée uniquement de femmes charmantes, fortes et sveltes. Enfant déjà, elle rêve de se battre comme toutes les autres Amazones. Sa mère, la reine Hyppolite, s’y oppose. Cette petite, née de l’argile et du souffle de Zeus, ne doit pas être mêlée au monde de la guerre, dont les hommes sont responsables à cause d’Arès.

En conscience toutefois du danger que court la tribu de femmes entourée d’un monde perverti, Antiope, sœur de la reine, entraîne sa nièce plus durement que les autres guerrières. Diana a grandi tout en merveille. Elle aperçoit un jour un avion s’effondrer en mer. Habile, elle plonge au secours du pilote. Un espion américain.

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Succession de Didier Burkhalter : l’illusion du jeunisme

Regard sur l’actualité – Nicolas Jutzet

A chaque fois qu’une place se libère dans notre collège, le Conseil fédéral pour les intimes, une liste allongée de critères apparaît dans les médias qui se passionnent pour un événement somme toute très peu intéressant pour le grand public : le choix d’un haut-fonctionnaire par une assemblée d’élus.

Et cette liste, arbitraire au possible, s’appuie en partie sur un article de notre chère Constitution, Art. 175 alinéa 4 : « Les diverses régions et les communautés linguistiques doivent être équitablement représentées au Conseil fédéral ». Vous avez dit vague ? Mais d’autres font partie de l’équation : égalité des sexes, capacité à gouverner, provenance géographique, connaissance de la politique fédérale. Les élus, qui défendent le « bien commun », n’aiment pas élire un externe, un gueux qui préfère agir dans son canton, ou pire, en dehors du monde politique. Corporatisme quand tu nous tiens.

Circonspect face à tant de niaiserie, j’ai toujours rêvé d’une élection en fonction des compétences, du talent, du curriculum vitae. Mais cela est très peu suisse apparement. Karin Keller Suter et Thomas Aeschi, pour prendre des exemples récents, « lassen Grüssen » comme disent nos amis outre-Sarine. Pas de tête qui dépasse, surtout pas. Continuer la lecture de Succession de Didier Burkhalter : l’illusion du jeunisme

Pour une libéralisation des drogues

Le Regard Libre N° 28 – Nicolas Jutzet

J’aimerais par ces lignes revenir sur les principaux arguments que j’ai pu défendre lors de notre débat sur la politique des drogues, le 12 mai dernier. Cet article est également l’occasion de rendre un hommage ému et emprunt de respect à Monsieur Olivier Guéniat, chef de la police judiciaire de Neuchâtel. Sa disparition est assurément une perte inestimable pour ses proches, sa famille, ses collègues. Pour le Neuchâtelois que je suis, c’est également une perte de savoir immense, tant l’expertise de l’homme était vaste et reconnue. Continuer son combat, pour la jeunesse, pour plus de pragmatisme, pour des résultats sur le terrain, sera notre plus bel hommage. Assurément, il manquera. Continuer la lecture de Pour une libéralisation des drogues

« L’ordre divin», quand le courage d’une femme vire à la caricature féministe

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 3 juillet 2017, 20h30 – 21h00

« Je ne veux pas finir dans un trou comme une femme au foyer ! »

Nora (Marie Leuenberger) mène une existence plate et soumise dans un petit village isolé de Suisse orientale. Interpellée par la révolte adolescente de sa nièce ainsi que par des vagues de protestations féministes venues de la ville, la mère de famille se pose toujours davantage de questions quant à sa place dans la société. « Dis, qu’est-ce que tu dirais si je recommençais à travailler ? », lance-t-elle à son mari, éveillée par une annonce de l’agence Kuoni pour une secrétaire. Le refus de son mari à entrer en matière sur la question s’accompagne d’un « Et tu ne peux rien faire sans ma permission. C’est la loi. »

Il faut changer cette loi. Que la lutte commence ! Une petite association de femmes demandant du respect se forme au village, sous la coordination de Nora. Rejointe par sa belle-sœur Teresa, au mariage malheureux, l’excentrique Madame Vroni et Graziella, immigrée italienne. Si leur démarche est déterminée, elle ne va pas sans de graves difficultés. Les hommes ne semblent pas prêts à bouleverser cet « ordre divin » qui les érige en maîtres.

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