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Films

Critique

«Matthias et Maxime»: l’amitié anti-Guillaume Canet5 minutes de lecture

par Fanny Agostino
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«Matthias et Maxime» (2019), de Xavier Dolan. Photo: Pathés Films

Seulement une année après l’hollywoodien Ma vie avec John F. Donovan, le jeune prodige du cinéma québécois revient aux sources avec Matthias et Maxime. L’art de produire une œuvre de fiction avec sa vraie bande de potes, en évitant le piège de la beauferie.

Véritable arlésienne du festival de Cannes et tributaire d’une farouche critique généralisée à la suite de sa projection, on avait presque oublié la huitième fiction de Xavier Dolan. Habitué aux éloges et aux prestiges – cinq films primés rien que dans le plus fameux des festivals français – fallait-il se faire du mouron?

A en juger par la simplicité du scénario, semblable à un ersatz dépoussiéré, on pourrait penser que oui. Maxime (Xavier Dolan) se retrouve avec ses amis d’enfance dans un chalet quelques semaines avant un départ prévu pour l’Australie. Il accepte la proposition de la sœur de l’un d’eux consistant à jouer dans un film amateur tourné en Super 8. Le discret Matthias (Gabriel d’Almeida Freitas) perd un pari et se retrouve également embarqué dans ce court-métrage.

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Ensemble, les deux comédiens amateurs d’un soir apprennent que la scène dans laquelle ils vont jouer consiste à s’embrasser. Une séquence tournée dans l’intimité et qui ne sera jamais montrée dans le film, si ce n’est pas le truchement d’un reflet lors d’une projection. Pourtant, ce faux baiser allume la mèche: il fait basculer la relation des deux jeunes hommes dans l’oscillation des sentiments.

Un contre-exemple du «film de potes» à la française

Dans le cinéma francophone, et plus particulièrement français, on rattache souvent les films sur l’amitié au genre de la comédie, et cela ne sied guère au thème: Babysitting (2014) avec les comédiens de la Bande à Fifi révélée par Canal + ou encore Les petits mouchoirs (2010) et sa suite sortie cette année. Une étiquette qui ne se décolle pas facilement: des dialogues écrits au couteau, un sentiment d’extériorité qui naît de l’impression que les comédiens se sont d’avantage amusés lors du tournage et ont omis en cours de route qu’ils tournaient un film à destination d’un public… L’entre-soi règne; nous en sommes exclus.

Rien d’étonnant à se surprendre, avant de rentrer en salle,  de grincer des dents lorsque apparaît sous l’affiche du film de Dolan la mention «les copains d’abord»…  Et il faut bien l’avouer, les premières scènes du film créent une distance palpable entre le spectateur et cette bande d’amis qui se vanne en joual et en anglais autour de clopes et de bières dans une intensité soutenue. Saisir, attraper au vol des bribes de dialogues sous-titrés alors que dans notre champ de vision se masse cinq à six individus – le tout dans un montage effréné – relève de l’exploit. Un sentiment rapidement dissipé, tant le film tisse l’évolution des sentiments des deux hommes par la suggestion, les silences et l’absence, mais également par la compréhension mesurée et bienveillante du reste du groupe. 

Matthias et Maxime, entre les lignes

Aucune trace de scènes étouffantes et violentes vues dans Juste la fin du monde, aucune proéminence de la bande son écrasant l’image comme dans Mommy. Toutes les ficelles que l’on pourrait attendre d’un Xavier Dolan qui ne boudait pas son plaisir à attribuer un climax à des moments précis de ses films est absent. Seule subsiste l’éternelle relation mère-fils avec la muse Anne Dorval dans l’un des seuls rôles féminins creusé dans l’intrigue, et avec elle les préoccupations du cinéaste présents depuis J’ai tué ma mère.

Dolan ne choisit pas la facilité en refusant de tomber dans le drame: Matthias et Maxime n’est pas tant l’histoire d’une tension amoureuse au sein d’une amitié entre deux hommes que tout semble opposer socialement. Il s’agit au contraire d’un film sur l’amitié, celle qui se passe des certitudes et survit tant bien que mal aux épreuves du temps, aux occasions manquées ainsi qu’à la haine de soi.

Un film certes mineur dans la carrière du cinéaste, mais qui lui aura certainement permis de faire un retour, bien entouré, sur lui-même.

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