Archives par mot-clé : femme

«Antonia», une Madame Bovary dans la Palerme des années soixante

Les bouquins du mardi – Loris S. Musumeci

Bref mais efficace. Et l’efficacité n’est pas que le fruit d’un gain ou d’un profit. Il n’est pas même question d’instruction ou de culture. Gabriella Zalapì offre une expérience. En nonante-neuf pages, elle nous glisse dans la peau d’Antonia, jeune bourgeoise rédigeant son journal intime du 21 février 1965 au 3 novembre 1966. Jeune bourgeoise, mais pas que. Si Antonia vient en effet de la bourgeoisie, ses aspirations dépassent le cadre de son rang social. Elle doit sortir du cadre. Parce qu’elle y étouffe. 

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«The Red Phallus»

Festival International de Films de Fribourg – Amélie Wauthier

Sangay est une jeune Bhoutanaise de 16 ans qui vit seule avec son père. Ce dernier sculpte des phallus en bois, sorte de talismans supposés chasser les mauvais esprits, et travaille dur alors que sa fille ne semble pas trouver de sens à sa vie. Introvertie et revêche, l’ado donne du fil à retordre à ses proches, de son père à son copain en passant par le directeur de son école. Tant de figures masculines plus âgées contre lesquelles Sangay se rebelle et tente de s’émanciper.

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Pamela L. Travers, la femme derrière Mary Poppins

Le Regard Libre N° 47 – Lauriane Pipoz

Le spectateur pourra être surpris d’apprendre que la dernière interprétation de la plus magique des nounous se rapproche en réalité de celle sortie tout droit de l’imagination de Pamela L. Travers et décrite dans ses romans des années trente. Bien plus que le premier film. Cette divergence entre l’histoire originelle et l’adaptation à l’écran a même donné lieu à l’une des négociations les plus houleuses de l’histoire du cinéma du XXe siècle, mise en images en 2013. C’est donc ici l’occasion de rappeler l’histoire de l’auteur atypique de Mary Poppins. Mais qui est donc cette femme qui avait osé s’opposer au puissant Walt Disney?

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«Un tournant de la vie»: le nouveau roman de Christine Angot est-il vraiment mauvais?

Les bouquins du mardi – Loris S. Musumeci

Indéniablement, l’auteur de L’Inceste connaît le succès depuis longtemps. Christine Angot a ses lecteurs, qui attendent d’ailleurs avec impatience le «nouvel Angot» lors des rentrées littéraires. Elle fait parler d’elle aussi, accumulant les prises de positions polémiques et les coups de gueule. Et le phénomène ne va qu’en s’accroissant depuis qu’elle occupe le siège tant envié de chroniqueur au sein de l’émission populaire animée par Laurent Ruquier, «On n’est pas couché», sur France 2. Christine Angot: trop artiste? trop franche? trop sensible? trop vraie pour le vil univers de la télévision? Peut-être. Mais on peut tout autant en douter.

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« Amori », ma per favore !

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Plutôt que me remettre avec toi, je préfère me tuer. »

Claudia et Flavio tombent amoureux. Ou plutôt, c’est Claudia, professeur de littérature surexcitée et très sentimentale, qui tombe amoureuse de Flavio, lui aussi professeur de littérature. Le coup de foudre advient lors d’un colloque universitaire. « Je crois que je suis tombée amoureuse de toi », lui dit-elle vite fait bien fait lors de leur première discussion en tête-à-tête dans un restaurant. Surpris, Flavio se laisse séduire.

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« 3 jours à Quiberon » pour 3 contrastes de Romy Schneider

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Pour certains vous êtes une sainte tragique ; pour d’autres, une putain. »

Un cerf-volant de toile blanche vole dans le ciel blanc. Il s’y noie. Egaré par le vent. Çà et là. Poussé par les vagues célestes. Retenu par les nuages. « Regarde, il monte. » Romy Schneider est en cure au Sofitel de Quiberon, en Bretagne. La vedette tâche d’y soigner les contrastes de sa vie. L’alcoolisme souffert, la sobriété désirée ; l’inconstance affligeante, la constance affligée ; le malheur réel, le phantasme du bonheur.

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Yvette Z’Graggen, une femme précurseure

Les mercredis du cinéma – Alexandre Wälti

C’est peut-être l’histoire d’une exilée de l’intérieur. Non seulement Yvette Z’Graggen a grandi tiraillée entre la Suisse romande et ses origines alémaniques, mais elle figure parmi les écrivains hélvétiques dont l’œuvre mérite une attention particulière parce qu’elle a été construite en écho direct aux événements du XXe siècle. Une femme qui a toujours été en avance sur son temps, comme le montre parfaitement le documentaire Yvette Z’Graggen – Une femme au volant de sa vie de Frédéric Gonseth.

Pensons d’abord à son besoin d’indépendance précoce. Forcée ? Toute jeune déjà, elle écrit des histoires pour fuir la réalité. Elle vit la faillite d’un père dentiste, dépensier et un peu trop porté sur la boisson, levant parfois la main sur sa mère, tandis que la famille dégringole progressivement dans l’échelle sociale. Un passionné de belle voiture se retrouve soudain à pédaler sur un vélo. Un deux-roues qu’Yvette Z’Graggen utilise ensuite pour faire le tour de du pays durant les années silencieuses de la Seconde Guerre mondiale. Une enfance où l’imagination sert d’abri contre les réalités et qui est nourri très tôt par un besoin d’apprendre malgré l’impossibilité – due à des questions financières – de faire l’université.

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« Phantom Thread » : de drame, d’histoire, d’amour et d’angoisse

Les mercredis du cinéma – Hélène Lavoyer

« Quel jeu ? Quelle est la nature précise de mon jeu ? » (Reynolds Woodcock)

Reynolds Woodcock (Daniel Day-Lewis) est un grand couturier et l’esprit créateur de la maison Woodcock. Sa sœur Cyril (Lesley Manville), petite femme aux cheveux courts et vêtue de façon austère, règle quant à elle les aspects administratifs et économiques afin de laisser au génie de son frère le temps et l’environnement lui permettant d’être prolifique. Continuer la lecture de « Phantom Thread » : de drame, d’histoire, d’amour et d’angoisse

#BalanceTonPorc, à chacun sa blessure

Regard sur l’actualité – Loris S. Musumeci

Le harcèlement sexuel est au cœur de l’actualité. Tout le monde en parle, le dénonçant plus ou moins à l’unisson. Les divergences interviennent quant à la nouvelle série de tweet #BalanceTonPorc, enclenchée par les divulgations officielles de l’affaire Weinstein. Tantôt gagne-t-elle en ovations et encouragements, tantôt ne recueille-t-elle que blâmes et méfiance. En tout cas, un phénomène de société est au tournant. Que révèle-t-il ?

La question mérite un intérêt profond. Celle-ci n’est en effectivement pas créée de toutes pièces au service d’une idéologie, pour apporter des réponses qui seraient tout aussi orientées. Le harcèlement ou l’agression sexuelle, et bien entendu le viol, sont réellement présents, chacun à son degré de gravité. Si #BalanceTonPorc en ravive la mémoire, les rapports désordonnés entre les hommes et les femmes sont visibles. Sifflements aux abords des terrasses, regards pénétrants et sans pudeur, frottements insalubres et insistants en bus comme en discothèque. La liste pourrait durer.

Le risque hygiéniste

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Le « Burkini » de Maya el Hajj

Le Regard Libre N° 31 – Rebeca Negash

Une peintre musulmane déchirée entre son choix d’être voilée et son besoin d’être femme pour se sentir exister. Voici le cœur du premier roman de la journaliste Maya el Hajj. Notre article.

Femme voilée, femme forcément condamnée ?

« Et si je devais représenter par un mot la vie que je mène, je ne trouverais pas mieux que Burkini, terme créé par une femme australienne musulmane et qui concilie deux mots : Burqa et Bikini, pour désigner une tenue de bain qu’elle a conçu pour elle et pour toute femme que le voile empêche d’accompagner ses amies et sa famille à la plage.

J’ai tant de fois vu ce Burkini chez des amies voilées qui vivent dans des pays dépourvus de piscines réservées aux femmes. Mais jamais je n’ai pu m’imaginer dans une telle tenue. Soit le bikini dans des piscines réservées aux femmes, soit pas de baignade. Car ce que j’aime dans la natation c’est m’immerger dans l’eau et laisser les gouttes étinceler sur mon corps. Je vis vraiment entre deux mondes, entre mes vêtements chastes et mes idées libérées, entre un voile qui me couvre et des corps nus qui me fascinent, entre la burqa et le bikini. » Continuer la lecture de Le « Burkini » de Maya el Hajj