Archives par mot-clé : femme

« Amori », ma per favore !

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Plutôt que me remettre avec toi, je préfère me tuer. »

Claudia et Flavio tombent amoureux. Ou plutôt, c’est Claudia, professeur de littérature surexcitée et très sentimentale, qui tombe amoureuse de Flavio, lui aussi professeur de littérature. Le coup de foudre advient lors d’un colloque universitaire. « Je crois que je suis tombée amoureuse de toi », lui dit-elle vite fait bien fait lors de leur première discussion en tête-à-tête dans un restaurant. Surpris, Flavio se laisse séduire.

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« 3 jours à Quiberon » pour 3 contrastes de Romy Schneider

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Pour certains vous êtes une sainte tragique ; pour d’autres, une putain. »

Un cerf-volant de toile blanche vole dans le ciel blanc. Il s’y noie. Egaré par le vent. Çà et là. Poussé par les vagues célestes. Retenu par les nuages. « Regarde, il monte. » Romy Schneider est en cure au Sofitel de Quiberon, en Bretagne. La vedette tâche d’y soigner les contrastes de sa vie. L’alcoolisme souffert, la sobriété désirée ; l’inconstance affligeante, la constance affligée ; le malheur réel, le phantasme du bonheur.

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Yvette Z’Graggen, une femme précurseure

Les mercredis du cinéma – Alexandre Wälti

C’est peut-être l’histoire d’une exilée de l’intérieur. Non seulement Yvette Z’Graggen a grandi tiraillée entre la Suisse romande et ses origines alémaniques, mais elle figure parmi les écrivains hélvétiques dont l’œuvre mérite une attention particulière parce qu’elle a été construite en écho direct aux événements du XXe siècle. Une femme qui a toujours été en avance sur son temps, comme le montre parfaitement le documentaire Yvette Z’Graggen – Une femme au volant de sa vie de Frédéric Gonseth.

Pensons d’abord à son besoin d’indépendance précoce. Forcée ? Toute jeune déjà, elle écrit des histoires pour fuir la réalité. Elle vit la faillite d’un père dentiste, dépensier et un peu trop porté sur la boisson, levant parfois la main sur sa mère, tandis que la famille dégringole progressivement dans l’échelle sociale. Un passionné de belle voiture se retrouve soudain à pédaler sur un vélo. Un deux-roues qu’Yvette Z’Graggen utilise ensuite pour faire le tour de du pays durant les années silencieuses de la Seconde Guerre mondiale. Une enfance où l’imagination sert d’abri contre les réalités et qui est nourri très tôt par un besoin d’apprendre malgré l’impossibilité – due à des questions financières – de faire l’université.

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« Phantom Thread » : de drame, d’histoire, d’amour et d’angoisse

Les mercredis du cinéma – Hélène Lavoyer

« Quel jeu ? Quelle est la nature précise de mon jeu ? » (Reynolds Woodcock)

Reynolds Woodcock (Daniel Day-Lewis) est un grand couturier et l’esprit créateur de la maison Woodcock. Sa sœur Cyril (Lesley Manville), petite femme aux cheveux courts et vêtue de façon austère, règle quant à elle les aspects administratifs et économiques afin de laisser au génie de son frère le temps et l’environnement lui permettant d’être prolifique. Continuer la lecture de « Phantom Thread » : de drame, d’histoire, d’amour et d’angoisse

#BalanceTonPorc, à chacun sa blessure

Regard sur l’actualité – Loris S. Musumeci

Le harcèlement sexuel est au cœur de l’actualité. Tout le monde en parle, le dénonçant plus ou moins à l’unisson. Les divergences interviennent quant à la nouvelle série de tweet #BalanceTonPorc, enclenchée par les divulgations officielles de l’affaire Weinstein. Tantôt gagne-t-elle en ovations et encouragements, tantôt ne recueille-t-elle que blâmes et méfiance. En tout cas, un phénomène de société est au tournant. Que révèle-t-il ?

La question mérite un intérêt profond. Celle-ci n’est en effectivement pas créée de toutes pièces au service d’une idéologie, pour apporter des réponses qui seraient tout aussi orientées. Le harcèlement ou l’agression sexuelle, et bien entendu le viol, sont réellement présents, chacun à son degré de gravité. Si #BalanceTonPorc en ravive la mémoire, les rapports désordonnés entre les hommes et les femmes sont visibles. Sifflements aux abords des terrasses, regards pénétrants et sans pudeur, frottements insalubres et insistants en bus comme en discothèque. La liste pourrait durer.

Le risque hygiéniste

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Le « Burkini » de Maya el Hajj

Le Regard Libre N° 31 – Rebeca Negash

Une peintre musulmane déchirée entre son choix d’être voilée et son besoin d’être femme pour se sentir exister. Voici le cœur du premier roman de la journaliste Maya el Hajj. Notre article.

Femme voilée, femme forcément condamnée ?

« Et si je devais représenter par un mot la vie que je mène, je ne trouverais pas mieux que Burkini, terme créé par une femme australienne musulmane et qui concilie deux mots : Burqa et Bikini, pour désigner une tenue de bain qu’elle a conçu pour elle et pour toute femme que le voile empêche d’accompagner ses amies et sa famille à la plage.

J’ai tant de fois vu ce Burkini chez des amies voilées qui vivent dans des pays dépourvus de piscines réservées aux femmes. Mais jamais je n’ai pu m’imaginer dans une telle tenue. Soit le bikini dans des piscines réservées aux femmes, soit pas de baignade. Car ce que j’aime dans la natation c’est m’immerger dans l’eau et laisser les gouttes étinceler sur mon corps. Je vis vraiment entre deux mondes, entre mes vêtements chastes et mes idées libérées, entre un voile qui me couvre et des corps nus qui me fascinent, entre la burqa et le bikini. » Continuer la lecture de Le « Burkini » de Maya el Hajj

L’été, pour renouer avec le désir

Le Regard Libre N° 30 – Loris S. Musumeci

Une jeune femme marche dans la rue. Sa robe légère donne aux deux jambes fines et sveltes qu’elle promène un mouvement de valse. Languissante. Strié jaune pastel et bleu clair, le vêtement de lin complète la poésie du bas de son corps. Par une taille modelée tout en grâce et subtilité, ainsi qu’un buste épousant la peau mais aéré. Pour laisser respirer la vie qui bat en son plein.

La fille discrète s’assied doucement à la terrasse d’un café. Ses pieds, chaussés de luisantes ballerines, se croisent sous la chaise de bois tressé. Une fois celle-ci installée avec pudeur, l’instant est à la révélation d’une ineffable face. A peine le voile de lunettes noires retiré, quelques taches de beauté s’envolent vers le soleil brûlant, immobile. Continuer la lecture de L’été, pour renouer avec le désir

« L’ordre divin», quand le courage d’une femme vire à la caricature féministe

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 3 juillet 2017, 20h30 – 21h00

« Je ne veux pas finir dans un trou comme une femme au foyer ! »

Nora (Marie Leuenberger) mène une existence plate et soumise dans un petit village isolé de Suisse orientale. Interpellée par la révolte adolescente de sa nièce ainsi que par des vagues de protestations féministes venues de la ville, la mère de famille se pose toujours davantage de questions quant à sa place dans la société. « Dis, qu’est-ce que tu dirais si je recommençais à travailler ? », lance-t-elle à son mari, éveillée par une annonce de l’agence Kuoni pour une secrétaire. Le refus de son mari à entrer en matière sur la question s’accompagne d’un « Et tu ne peux rien faire sans ma permission. C’est la loi. »

Il faut changer cette loi. Que la lutte commence ! Une petite association de femmes demandant du respect se forme au village, sous la coordination de Nora. Rejointe par sa belle-sœur Teresa, au mariage malheureux, l’excentrique Madame Vroni et Graziella, immigrée italienne. Si leur démarche est déterminée, elle ne va pas sans de graves difficultés. Les hommes ne semblent pas prêts à bouleverser cet « ordre divin » qui les érige en maîtres.

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De l’érotisme

Le Regard Libre N° 17 – Loris S. Musumeci

Je voudrais accourir aux pieds de mademoiselle, l’embraser de mes bras de feu, sentir son cou parfumé de grâce, caresser ses seins onctueux couverts d’un fin tissu blanc qui lui sert de robe, découvrir ses lèvres fines et souples, mais je me contente de la regarder, belle qu’elle est, manifestant son être à mes yeux. Pourquoi ce désir brûle-t-il en moi ? Parce qu’Eros l’a insufflé en moi, et il l’a insufflé en chaque homme, en chaque femme. Il y a donc quelque chose de naturel en moi qui accélère le rythme dansant de mon cœur, serre ma gorge et déstabilise mon corps entier par un léger tremblement de jambes lorsque face à moi se révèle, fascinante, la douce colombe.

Si c’est bel et bien Eros qui m’a fait cadeau du désir, il s’agit de le penser par l’érotisme, objet de la présente réflexion. Avant tout, il ne faut pas confondre érotisme et pornographie. Le premier fait délicatement émaner la chaleur de la chair, la seconde crache la froideur de la femme-objet, une poupée dans tous les sens du terme. Le premier chante sotto-voce un léger orgasme, la seconde hurle de douleur. Le premier disparaît, la seconde tue le premier et se déploie malicieusement partout. A l’heure où la pornographie, discrètement escamotée, se trouve à deux « clics » de ma main, soumise au triste voyeurisme, il est essentiel d’établir une nette et rigide distinction avec l’érotisme pour le comprendre. Continuer la lecture de De l’érotisme