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« Au revoir là-haut »

Les mercredis du cinéma. La critique du soir – Loris S. Musumeci

« – C’est une longue histoire compliquée.
– On a tout notre temps. »

Les visages masqués d’une sombre et épaisse poussière sont ceux des soldats dans les tranchées en 1918. La fatigue, la peur et la misère les replient dans leur uniforme bleu. Un seul regard contrastant est aussi assuré que satisfait, élevé par la fumée d’une cigarette : le lieutenant Pradelle (Laurent Lafitte). Sa fougue le pousse à envoyer des hommes au massacre.

Parmi eux, le jeune Edouard (Nahuel Pérez Biscayart), qui s’amuse à dessiner secrètement son supérieur de manière caricaturale, ainsi qu’un comptable plus âgé, Albert (Albert Dupontel), cachant les dessins de son camarade. En pleine attaque des Allemands, ce dernier se retrouve coincé sous la terre, affolée dans l’éclat d’une bombe, avec le cadavre d’un cheval. Son compagnon le sauve héroïquement, avant de n’être à son tour éjecté par une balle. Son visage est défiguré, en sang. La forme de sa bouche se découvre cruellement envahie par l’absence de mâchoire. Dès lors, les deux amis ne se quittent plus. Lire la suite « Au revoir là-haut »

Rencontre avec Elisa Shua Dusapin, une révélation métissée des lettres romandes

Le Regard Libre N° 29 – Loris S. Musumeci

En plus d’être jeune et charmante, Elisa Shua Dusapin apparaît sur la scène des lettres romandes comme une révélation envoûtante, pour sa plume délicate et son sens du métissage. De mère coréenne et père français, l’écrivain a grandi à la frontière de ces deux cultures. Ce qui a donné une tonalité multiculturelle à son premier roman, Hiver à Sokcho (2016). Il y est question de la rencontre entre une narratrice franco-coréenne dont on ne connaît le nom et Kerrand, un auteur de bande-dessinée normand. Elle, travaille dans une pension miteuse pour financer ses études ; lui, devient son hôte en quête d’inspiration. Se tisse entre ces deux êtres, que tout semble séparer, un lien empreint d’angoisse et de sensualité, de lassitude et de pudeur. Cette œuvre simple et percutante connaît un vrai succès, qui lui a valu récemment de nombreux prix.

Loris S. Musumeci : Vos origines familiales ne sont pas sans liens avec le roman. De quel joyeux métissage êtes-vous issue ?

Elisa S. Dusapin : D’emblée, il est pour moi fondamental d’établir qu’Hiver à Sokcho n’est pas une autobiographie. Le seul point commun que l’on retrouve entre la narratrice et moi, c’est l’origine franco-coréenne. Ma mère étant Coréenne et mon père Français. Je suis née en France, mais la plus grande partie de ma vie s’est déroulée ici, à Porrentruy. Ma protagoniste est en revanche née en Corée et ne connaît la France que par la littérature. Lire la suite Rencontre avec Elisa Shua Dusapin, une révélation métissée des lettres romandes

« Dunkerque», et les visages de la guerre

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 7 août 2017, 20h30 – 21h00

« Ce film est dédié à tous ceux dont la vie a été ébranlée à Dunkerque. »

La rue est déserte. Seuls quelques coups de feu retentissent dans le silence de la mort. Des cadavres de papier volent çà et là. Un jeune soldat anglais court, seul. Il rejoint la plage pour quitter ce bastion de défaite : Dunkerque. Les Allemands ont pris en otage les Alliés. Enfermés comme des rats au bord de la mer, ce sont 400’000 hommes qui attendent le salut, qui « attendent un miracle ».

En parallèle, des bateaux de plaisance britanniques s’engagent pour aller libérer leurs soldats ; les destroyers ne suffisant pas. Quarante infimes kilomètres divisent les deux côtes, mais les bombes des avions de l’Axe compliquent fortement la mission. C’est de ce fait dans l’air que se joue la troisième histoire de Dunkerque. Un preux aviateur de la Royal Air Force, quasiment à vide de carburant, virevolte dans un combat sans merci pour protéger les bateaux et la plage de l’ennemi.

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Simone Weil et le sentiment national

Le Regard Libre N° 29 – Jonas Follonier

En cette veille du mois d’août et de la célébration de notre belle Suisse, jetons un regard sur une grande femme du XXe siècle, qui à travers sa vie et son œuvre a marqué à jamais la philosophie européenne. Simone Weil, avec un W, à ne pas confondre avec la femme politique qui vient de nous quitter.

Née d’une famille juive-alsacienne, Simone Adolphine Weil côtoie dès son plus jeune âge la réalité de la Première Guerre mondiale. Son père étant chirurgien militaire, elle se trouve confrontée à la misère humaine, à laquelle elle se montre très vite sensible. Son combat, toute sa vie durant, se réfèrera au sort des plus faibles, des opprimés, des déracinés.

Le déracinement : l’un des grands thèmes, si ce n’est le plus central, de la pensée de Weil. Convaincue qu’il s’agit de la principale cause des tragédies qui sont celles de son temps, nazisme en tête, la jeune philosophe française consacra à cette question un ouvrage renversant de lucidité et d’autorité, qui fut hélas également son dernier : L’Enracinement. Lire la suite Simone Weil et le sentiment national

Vieille France

Regard sur l’actualité – Nicolas Jutzet

Un sentiment étrange me reste après la lecture de Bienvenue place Beauvau, celui d’une France qui se meurt. Comme si elle arrivait au bout, essoufflée, et qu’un nouveau départ était nécessaire. Une feuille blanche, pour retrouver ne serait-ce qu’un semblant de virginité, ô combien mise à mal par les actuels « amoureux de la République ». L’essai des journalistes d’investigation français Olivia Recasens, Didier Hassoux et Christophe Labbé dresse un compte-rendu mortifiant de la déliquescence d’un organe pourtant central dans un Etat de droit qui se veut respectable. La machine policière française est une véritable usine à gaz qui laisse la part belle à la connivence, au copinage et, ce qui semble en être la suite logique, à la médiocrité.

Nombreux sont les exemples listés dans ce témoignage désabusé de la situation exécrable que vit la France. La surveillance est monnaie courante, que ce soit pour un rival politique ou un criminel supposé, les procédures sont faciles. Le soupçon est généralisé. Mais plus inquiétant encore, certaines affaires sortent carrément de la légalité et restent impunies. Ce qui, vous l’admettrez, est une réalité passablement difficile à assumer pour ceux qui devraient justement faire régner l’ordre.

Les luttes d’influence pour une once de pouvoir supplémentaire gangrènent l’entier de la construction qui ne cesse de trembler sur des fondations instables. Sans cesse remise en question, réformée sans réflexion sur le long terme, la machine policière est à l’agonie. On place ses amis aux postes délicats, pour s’assurer de leur fidélité le moment venu. On se court-circuite, on intrigue, on fait échouer l’autre, on détruit ce que notre prédécesseur a mis en place, oubliant sans cesse que c’est pour la France, un idéal, que l’on s’est engagé. Et les mêmes, Valls en particulier, qui ne jurent que par la « République » face à la caméra, s’avèrent être de pitoyables fossoyeurs en coulisses. Lire la suite Vieille France

Lettre ouverte à Emmanuel Macron

Regard sur l’actualité – Nicolas Jutzet

Mon cher Emmanuel,

Tu as donc fini par me décevoir. Toi qui te vantais d’être le renouveau, celui qui devait parler avec franchise à la France, aux Français, tu ne serais finalement qu’une légère brise qui agite les frêles pages des journaux, un phénomène médiatique ? Loin de l’ouragan qui doit renverser cette table branlante qu’est devenue votre belle République… Pourtant, il faudra la détruire pour mieux la reconstruire. Sur des fondations solides, en arrêtant avec les solutions qui sont l’équivalent d’un emplâtre sur jambe de bois, un coup d’épée dans l’eau.

Emmanuel, je sais que tu le sais. Toi qui rappelles avec raison n’être ni de droite ni de gauche, hors de la logique des partis, toi qui as réussi le magnifique exploit de réunir plus de 120’000 personnes derrière toi, plus de 10’000 lors de ton meeting à Paris le weekend dernier (dans le même temps, le Parti socialiste réussit à en réunir 3’000 !) , toi dont le très bon livre rencontre un succès immédiat, toi, empli de légitimité, tu te disperses en entrant dans la bataille mesquine que tes adversaires te livrent. Lire la suite Lettre ouverte à Emmanuel Macron

Francophobie : ça suffit !

Le Regard Libre N° 19 – Jonas Follonier

Il est courant d’entendre, dans nos Républiques helvétiques, des insultes à l’encontre des Français. Une fois sur deux, il faut bien l’avouer, un certain agacement face au comportement de touristes français faisant preuve d’irrespect, d’arrogance ou encore de chauvinisme est totalement justifié. Mais une insulte n’est jamais justifiée.

Et ce foisonnement d’insultes est d’autant plus condamnable qu’il s’agit bel et bien de xénophobie : « frouze », « Français de merde », « couillon de Français » ou seulement « Français » prononcé avec le mépris d’un rustre montagnard, témoignent d’une haine des Français en tant que tels. Le Français est « con » précisément parce qu’il est Français. Lire la suite Francophobie : ça suffit !