Archives par mot-clé : totalitarisme

Les Schtroumpfs, une utopie totalitaire?

Le Regard Libre N° 42 – Nicolas Jutzet

Les petits hommes bleus sont aujourd’hui connus de tous, ou presque. Depuis soixante ans, soit gentiment trois générations, leurs aventures accompagnent la jeunesse. Or, derrière le cadre idéal, celui d’une gentille troupe de lutins cachés dans leur village de champignons, au milieu de nulle part, dans une foret inatteignable, cacheraient-ils autre chose? C’est à cette question qu’Antoine Buéno, écrivain, chargé de mission au Sénat et maître de conférences à Sciences-Po tente de répondre dans son ouvrage Le Petit livre bleu, visant une analyse critique et politique de la société des Schtroumpfs. Mais avant de revenir sur ce décryptage, un court retour en arrière s’impose.

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« Ploukitudes » : rencontre avec Jean Romain et Stéphane Berney

Le Regard Libre N° 33 – Loris S. Musumeci et Jonas Follonier

Ploukitudes donne matière à penser. L’ouvrage est bouleversant tant il touche un point intime de l’homme, à savoir son côté plouc. Il a fallu qu’un philosophe (Jean Romain) et un journaliste (Stéphane Berney) travaillent ensemble pour peindre la société dans ses revers les plus absurdes et tragiques, à travers leur analyse sociologique. Rencontre dans un café plouc de la gare de Genève.

L. M. et J. F. : Qu’est-ce qui vous a poussés à écrire ensemble le livre Ploukitudes ?

Jean Romain : Je publiais des billets sur Facebook, pour constituer une sorte de manuel pratique de ploukitudes par petits épisodes. Stéphane Berney m’a alors contacté pour m’exposer son idée de transformer cette succession de billets assez disparates en un ouvrage plus structuré.

Stéphane Berney : Il y avait quelque chose de très puissant dans ses billets. Je trouvais que c’était dommage de ne les laisser qu’à Facebook, car ce sont des idées qui résument beaucoup de choses sur la société actuelle, et on voit d’ailleurs que le livre est en train de prendre son envol.

L’idée de base, c’est le plouc. Qui est-il ?

J. R. : Le plouc n’est ni le beauf, ni le con. C’est une personne qui essaie de se mettre à la mode parce qu’elle se sent larguée. Continuer la lecture de « Ploukitudes » : rencontre avec Jean Romain et Stéphane Berney

« La Planète des singes : Suprématie »

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 2 octobre 2017, 20h30 – 21h00

« Je t’ai offert la paix, et tu as tué ma famille. »

Après les deux premiers épisodes des Origines et de l’Affrontement, César vit au cœur d’une forêt reculée avec sa tribu de singes. Malgré l’isolement de ces derniers, le colonel McCullough et sa milice indépendante voient toujours en eux une menace pour l’humanité. Une nuit, ils leur lancent une attaque secrète pour imposer l’autorité des hommes. La lutte, bien que brève, provoque la mort tragique de nombreux singes, dont celle l’épouse et de l’aîné de César.

Le chef du clan avait offert la paix au colonel, mais suite aux événements, l’heure des représailles arrive. Submergé par la haine, César s’aventure à sa recherche. Il est accompagné dans la quête assoiffée de vengeance par trois sages et vaillants compagnons de diverses races simiennes : Maurice, Rocket et Luca. La route est longue, dure, douteuse. Elle ne manque pas de surprises, qui finissent par mener le singe face à l’ennemi ; dans des conditions terribles, vers des révélations inattendues.

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« Seul dans Berlin »

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« A partir de maintenant, nous sommes seuls. »

Otto (Brendan Gleeson) et Anna (Emma Thompson) Quangel vivent dans un modeste quartier berlinois. Sombres sont pour eux les années de la Seconde Guerre mondiale : Hans, leur fils unique, a été mobilisé au combat en France, le bon Führer paralyse de terreur toute liberté et le travail en usine est toujours plus intense, car « il faut augmenter la production ». Le couple reste néanmoins fidèle au parti du peuple, des honnêtes gens. Jusqu’au jour qui, par un fier courrier nationaliste, leur annonce la mort du seul fruit de leur progéniture. « Qu’est-ce qu’un homme peut donner de plus que son fils ? »

C’en est trop pour Otto ; le Führer devient le Menteur, et il faut agir contre lui et son emprise sur les Allemands. L’ouvrier achète alors des cartes, empoigne maladroitement sa plume et commence la diffusion d’une « presse libre ». Sa femme, elle aussi éperdument révoltée, se laisse séduire par l’engagement. Arpentant les rues de la capitale du Reich, discrètement, ils publient ces petits papiers mal écrits qui révèlent au grand jour des propos tels que : « L’hitlérisme c’est un monde où la force prime sur le droit. » ou « Ayez confiance en vous, pas en l’hitlérisme. » Chaque message se termine par l’incitation à propager le blasphème national : « Faites passer cette carte. Presse libre. »

Les modestes époux risquent à chaque instant leur vie, menacée de tout regard. Au fur et à mesure que les gens découvrent les billets sur leur palier, entre deux marches d’escalier ou dans le trame, la grande majorité d’entre eux les envoie à la police. L’inspecteur Escherich (Daniel Brühl), sous la violente pression de la Gestapo, est chargé de l’affaire. Les Quangel demeurent persécutés, seuls dans leur action, seuls dans Berlin.

Le film est directement inspiré du roman Jeder stirbt füt sich allein de Hans Fallada. Ce dernier narre, juste après la guerre, en 1947, la vraie histoire d’Otto et Elise Hampel, résistants et auteurs de ces cartes antinazies. Leur histoire est profondément touchante et honorable ; le roman, dont Primo Levi disait qu’il était « l’un des plus beaux livres sur la résistance allemande antinazie », poignant ; mais l’adaptation cinématographique, un véritable échec. Continuer la lecture de « Seul dans Berlin »

« Rhinocéros » ou le totalitarisme

Promenades théâtrales (5/6)

Le Regard Libre N° 18 – Loris S. Musumeci

« BERENGER. […] Contre tout le monde, je me défendrai ! Je suis le dernier homme, je le resterai jusqu’au bout ! Je ne capitule pas !
Rideau »

Certaines pièces de théâtre expriment quelque chose de tellement fort, violent ou dur, qu’elles laissent le spectateur abasourdi, collé au siège, ne sachant que dire, que faire, hésitant entre le rire ou la larme. Le Rhinocéros d’Eugène Ionesco incarne justement ce type de théâtre ; aussi la lecture seule de la pièce suffit-elle pour rester muet de stupeur et hurlant à la révolte.

L’histoire est ambiancée dans une typique petite ville de province. Le début est calme, paisible, il sent le pastis sur une terrasse ensoleillée. Midi approche, les compagnons Jean et Bérenger apparaissent sur scène chacun de leur côté pour prendre un verre au café proche de l’épicerie. On entend, par dessus la discussion des deux ainsi que des autres habitants du quartier, le silence estival de la chaleur qui craquèle le sol immobile et sec. Lorsque soudain, s’impose à l’ouïe de plus en plus fort le bruit dévastateur d’un animal qui semble être toujours plus près ; le tout accompagné d’un long barrissement. Un rhinocéros ! Continuer la lecture de « Rhinocéros » ou le totalitarisme