Faune en danger, hommes infectés

Le Regard Libre N° 34 – Hélène Lavoyer

La publication d’une étude sur la population des insectes volants par le journal scientifique Plos One crée une vague d’inquiétude. Les chiffres annoncés à la mi-octobre sont alarmants et les dangers pour la faune et pour l’homme, conséquents. Une fois de plus, l’agriculture massive et les produits chimiques utilisés par certains paysans se trouvent pointés du doigt.

Les insectes, apparus sur terre à la période du dévonien inférieur allant de -418 à -359 millions d’années, ont survécu aux changements climatiques et ont continué d’exister à travers les âges. Nombre d’espèces de cette classe se trouvent aujourd’hui menacées par l’activité humaine.

Les rôles principaux d’une pièce complexe

Les insectes volants, qui se déplacent de fleur en fleur, comme les abeilles ou les papillons, permettent la pollinisation de 80% des espèces végétales. Ils sont en outre la principale source de nourriture de 60% des espèces d’oiseaux. Leur disparition en entraînerait une cascade d’autres, c’est du moins ce que craignent les scientifiques. S’il fallait dresser une liste exhaustive des rôles joués par nos amis à quatre ailes, elle serait longue.

Le syrphe est un bon exemple d’efficacité : pollinisateur très productif, cet animal pond ses larves sur des végétaux assaillis de pucerons afin qu’elles s’en nourrissent. Fait important, l’instinct leur ordonne d’exécuter ce que nous ne saurions faire aussi bien et dans les mêmes proportions.

Le tableau dressé par les scientifiques a de quoi mettre en garde la population européenne : « Nos résultats documentent un déclin dramatique des insectes volants, de 76% en moyenne et jusqu’à 82% au milieu de l’été, dans les aires protégées allemandes, en seulement vingt-sept ans ». Bien que les données n’aient été récoltées qu’en Allemagne, les pratiques responsables du problème sont communes à la quasi-totalité des pays de l’Union Européenne, telle la France pour n’en citer qu’un.

L’agriculture massive, mais pas seulement

Affirmer que seuls les paysans sont responsables du carnage témoignerait d’une mécompréhension complète du sujet. Certes, ces derniers doivent assumer aujourd’hui qu’ils propagent herbicides et insecticides nocifs pour l’humain et son environnement. Toutefois, la pression subie par les agriculteurs est gigantesque ; produire plus est une nécessité pour répondre à la demande sans que la concurrence n’écrase leur travail.

Pour les propriétaires qui utilisent depuis plusieurs années des produits nocifs, passer à une agriculture biologique représente une perte de temps et donc d’argent – sans parler du fait qu’il faudrait plusieurs années pour reconstituer un terrain relativement sain à partir de champs laissés en friches.

A l’arrière-plan se devinent d’autres acteurs : les coupables mais puissantes entreprises (comme Monsanto, puisque le nom apparaît toujours), mais aussi le consommateur, qui détient le pouvoir de la demande sans en être le maître, mais qui préfère oublier.

Pourtant, les êtres humains de toutes classes sociales subissent les conséquences de ces comportements guidés par la recherche de confort. L’aspect financier peut également représenter un frein, bien qu’un peu de conviction permette souvent d’y remédier.

D’autres hypothèses ?

Si les chimiques glyphosate, metolachlor et atrazine se sont infiltrés au sein d’aliments divers (amandes, blé, oranges, soja), les scientifiques n’ont pas pour autant été en mesure de donner les pesticides et l’agriculture de masse pour seuls coupables.

Le lien de causalité semble plus complexe, et une foule d’autres facteurs pourraient entrer en jeu. Cependant, certaines pistes ont pu être écartées ; la disparition de cet énorme pourcentage d’espèces ne dépendrait par exemple pas du réchauffement climatique.

Quelles solutions ?

Le directeur de recherche au CNRS, Vincent Bretagnolle, vient mettre du baume au cœur dans une interview pour le média franceinfo. Il déclare : « Ce qui me rend optimiste, c’est que nous avons identifié des solutions : nous démontrons qu’il est possible de baisser le recours aux intrants. Mais je me pose des questions sur la volonté des institutions pour faire appliquer ces méthodes. »

A la suite de cette déclaration, il rappellera que les consommateurs ont les moyens de faire pression afin d’obtenir des agriculteurs qu’ils bannissent les produits dangereux. Aujourd’hui en France, la loi prévoit que les entreprises commercialisant des produits qui se trouvent par la suite interdits peuvent encore écouler leur stock. Il en va de même pour les paysans. Ne serait-il pas judicieux, lorsqu’il est question de produits à ce point-là menaçants, d’appliquer un arrêt total et soudain ?

Des actions auprès des jeunes agriculteurs pourraient par exemple leur apprendre les utilités des bêtes volantes. M. Bretagnolle indique qu’un chiffre d’affaire augmenté de 25% pour les cultures de colza et de tournesol est atteignable. L’attrait pour des cultures biologiques en campagne comme en ville au même titre que l’intérêt croissant de certains groupes est l’occasion d’évoluer et de trouver des solutions viables sur le long terme.

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Crédit photo : © Deraking

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