Dissolution d’ETA, le défi d’une réconciliation

Les lundis de l’actualité – Diego Taboada

Les espagnols l’attendaient depuis des mois. Après cinquante-neuf ans d’activité, l’organisation terroriste Euskadi Ta Azkatasuna (ETA – pays basque et liberté en basque) a annoncé jeudi dernier la dissolution de son organisation et le démantèlement de toutes ses structures. L’annonce, faite à Genève, entérine la disparition d’un groupuscule qui avait déjà renoncé à toute activité terroriste en 2011.

Créée en 1959 pendant la dictature franquiste pour combattre « la politique d’oppression » envers le peuple basque, l’ETA commet son premier assassinat en 1968. L’objectif d’ETA depuis sa fondation consiste à obtenir le droit à l’autodétermination et la création d’un état socialiste. Mais paradoxalement, l’organisation sévit peu pendant la dictature. Elle concentre ses actions dans les années septante et quatre-vingts en pleine transition vers un régime démocratique.

L’ETA s’attèle alors à déstabiliser une démocratie fragile dans laquelle se mettait pourtant en place une autonomie inédite pour les régions, et qui ouvrait la voie à la création d’un parlement basque. Après avoir engendré de nombreux dégâts matériels et humains (854 assassinats et plus de 6000 blessés, majoritairement des citoyens basques), le bilan politique est un échec : aucun gouvernement espagnol n’a cédé. Bien au contraire, l’Espagne a combattu ce mouvement sans relâche, malgré les difficultés logistiques et le peu de soutien de son voisin français tolérant bien que l’ETA utilise le pays basque français comme base arrière.

Malgré sa disparition annoncée, l’ETA est cependant bien décidé à ne pas être condamné par l’histoire. Le groupe terroriste tentait ainsi de justifier son action en avril dernier encore. Celle-ci s’inscrivait selon eux en réaction au bombardement du village de Guernica mené par… le régime nazi en 1937. L’organisation a bien entendu toujours prétendu combattre pour le bien de la région. Mais le mythe d’un soutien unanime du peuple basque alors que celui-ci a été la première victime des attentats est de plus en plus compliqué à défendre.

La majorité du monde politique espagnol et basque condamne par ailleurs le groupe terroriste sans équivoque et ne le considère absolument pas comme un mouvement de libération nationale. Le groupe terroriste semble donc bel et bien destiné à l’opprobre générale, quoique cela ne soit pas suffisant pour guérir les plaies des familles des victimes du terrorisme.

Au-delà de cette bataille mémorielle, il reste d’autres obstacles à la réconciliation. Une des revendications historiques du gouvernement basque concerne le « rapatriement » des prisonniers liés aux opérations terroristes, dispersés dans toute l’Espagne afin de les isoler et d’éviter des concentrations massives de sympathisants devant les prisons notamment. Problème, le gouvernement central se veut intransigeant et a déjà annoncé qu’il entrerait en matière seulement en cas de reconnaissance publique des dommages aux victimes, ce que n’ont jamais fait ni l’ETA ni ses avatars politiques.

La disparition de l’ETA comme dernier mouvement terroriste européen marque la fin d’une ère de violence au sein du Vieux-Continent. Mais cette « victoire pour la démocratie espagnole », comme se sont empressés de déclarer certains, ne doit pas faire oublier que les blessures restent bien présentes. Les fractures de la société basque sont profondes et leur guérison passe aussi par la réconciliation des mémoires en incluant aussi ceux qui, un jour, ont applaudi les actions terroristes. Ce processus sera difficile mais nécessaire, dans un pays qui est encore aujourd’hui hanté par ses vieux démons et reste déchiré par des questions territoriales.

Ecrire à l’auteur : diego.taboada@leregardlibre.com

Crédits photo :  © Flickr, CC BY 2.0

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