« Le Pape François : Un homme de parole »

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« François, va et répare ma maison. Elle tombe en ruines. »

La forme est surprenante. On s’attendait bien à un documentaire, comme annoncé partout, mais non à la récupération d’archives de quasiment tous les voyages du pape François – et même des interventions de l’homme qu’il était avant de siéger à Rome, à savoir l’archevêque Bergoglio. On ne pensait pas non plus que le Saint-Père en personne participerait au film, se livrant à la caméra de Wim Wenders en interview.

Le documentaire se développe sous trois axes. Le premier est celui de la voix off. Le réalisateur raconte avant tout l’histoire de François, le saint, pour en arriver à François, le pape. Il a pour point d’ancrage Assise, d’où les séquences partent et reviennent pour marquer le parallèle entre saint François et pape François. Evidemment, cet axe est mineur en durée vis-à-vis du reste ; pourtant sa présence est essentielle.

Le réalisateur peut ainsi raconter l’histoire du saint sous des images qui ressemblent à celles d’un vieux film. En réalité, Wim Wenders s’est servi d’une vieille caméra datant de 1920 pour filmer des scénettes de la vie de saint François d’Assise. Outre les faits racontés, il se permet aussi quelques brèves réflexions ponctuant le long-métrage de petites pauses. « Que faudra-t-il pour qu’un vent franciscain souffle sur le monde ? »

L’importance de l’intervention du réalisateur réside dans le fait d’assumer le regard qu’il porte sur les deux François. Il ne se cache pas de les admirer, au risque qu’on l’accuse de propagande. Il révèle par ailleurs le sens de sa réalisation qui se cache dans la caméra. Oui, il veut que le monde s’inspire de la vie pauvre du père des franciscains ; oui, il souhaite transmettre au monde, par son humble média, le message du François vêtu de blanc. Enfin, ce premier axe permet au film de s’enraciner dans l’histoire d’un homme qui rencontre un homme et qui en parle avec bienveillance.

Les interventions du pape François à travers le monde

Deuxième axe, les images d’archive des interventions du Souverain Pontife. Elles ne sont pas placées dans un ordre chronologique ou géographique, mais thématique.  On parle avant tout d’écologie, et encore de famille, de sexualité, d’immigration, de pauvreté, de maladie, de science, de théologie, de travail, d’économie, de politique et de charité. Dans son choix des extraits, le réalisateur insiste sans trop de surprises sur les paroles marquantes du pape à travers le monde.

Il accorde cependant une attention toute particulière aux scènes de touchés et de caresses. François serre des mains, il impose ses mains au nom du Christ, il tape amicalement les épaules des hauts responsables politiques comme des jeunes qui viennent l’écouter et pratiquer avec lui le selfie. Et il caresse les malades, qui lui sourient, émus, en échange. Il prend des vieilles femmes dans ses bras. Son contact est tactile. Il touche les visage. Il touche les cœurs.

Une interview au présent pour un film qui durera

Troisième axe, les entretiens avec le pape. Le spectateur pourrait être porté à penser que si le documentaire comportait une maladresse, ce serait bien celle-là. Effectivement, la réalisation semble miser beaucoup sur ces moments,  dans la mesure où, en plan fixe, le pape est placé face caméra et s’adresse au public en regardant de surcroît la caméra. L’impression est très forte, mais moins émouvante que les images d’archive.

Peut-être que la fonction de ces images n’est simplement pas d’émouvoir mais de dialoguer. Et sous ce point de vue, les scènes d’entrevue sont une réussite. Elles créent un espace d’intimité où le spectateur, fervent catholique ou athée curieux qu’il soit, se sent réellement entrer dans le discours de François. Il y a aussi là une porte qui se crée pour franchir le seuil et des images en noir et blanc de la vie du saint d’Assise et celles des visites du pape dans le monde.

Si Wim Wenders n’avait pas soigné la technique, par paresse ou pour laisser toute la place au paroles du pape, Le Pape François : Un homme de parole aurait pu plaire aux catholiques, déjà convaincus et séduits a priori. Le réalisateur a toutefois travaillé le documentaire de sorte à ce que celui-ci dépasse le statut de compte-rendu d’une entrevue avec le pape pour devenir un objet artistique. Un objet qui, sans doute, questionnera, touchera et restera d’actualité pour longtemps. Un objet qui s’acceptera en transmetteur d’un message. Un objet qui aimera ce message. Un objet qui y adhérera. Qui le fera vivre.

« A présent, embrassons-nous fraternellement. »

Ecrire à l’auteur : loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédit photo : © Universal Pictures

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