«Casse-Noisette et les Quatre Royaumes»: un film-féérie en deux actes

Les mercredis du cinéma – Virginia Eufemi

C’est la veille de Noël, la jeune Clara (Mackenzie Foy) reçoit de son père (Matthew Macfadyen) un présent que la mère de Clara, désormais défunte, avait préparé pour elle: un coffret argenté en forme d’œuf. Seul bémol, il manque la clef pour l’ouvrir. Ça tombe bien, parce que la famille doit se rendre à la somptueuse fête de Drosselmeyer (interprété par un magnifique Morgan Freeman), le parrain de Clara, et c’est lui-même qui a confectionné cet œuf. La recherche de cette clef entraînera la jeune fille dans un royaume peuplé de souris, de soldats et de doux et gentils habitants qui l’aideront dans sa quête. Mais attention, les apparences sont souvent trompeuses.

Les studios Walt Disney nous proposent pour ces fêtes de fin d’année un film inspiré du conte allemand signé Ernst Theodor Amadeus Hoffmann, Casse-Noisette et le Roi des souris (1816). Ce conte (dans sa version par Alexandre Dumas) avait été repris en 1891-92 par le célèbre compositeur russe Piotr Ilitch Tchaïkovski pour son ballet-féérie connu dans le monde entier. Casse-Noisette et les Quatre Royaumes se dresse comme un hommage à ce ballet, de l’omniprésente musique à la présence d’une partie chorégraphiée, jusqu’au château rappelant la cathédrale Saint-Basile dans la Place Rouge moscovite. La Russie est subtilement présente, mais l’esthétique très particulière de ce film est beaucoup plus complexe: baroque revisité frôlant le kitch – surtout dans la partie de ballet aux allures de musical de mauvais goût – les costumes sont chargés, les décors somptueux et l’effet « wow » assuré. Disney nous en met plein la vue dès les premières secondes et nous invite dans un « film-féérie » qui ne vous décevra pas.

Ce film traite avant tout du deuil très difficile que cette famille affronte; le père de Clara se retrouve seul avec trois enfants, eux-mêmes face à l’incompréhension de cette perte. Le Casse-Noisette et les Quatre Royaumes est très touchant et transmet de belles valeurs. Lorsque Clara fait une entrée dans ces royaumes similaire à celle de la petite fille dans Le Monde de Narnia (2005), elle accède à un univers qui est loin des stéréotypes. Disney sait surfer sur l’air du temps et dépeint une véritable femme guerrière, courageuse et intrépide. A l’instar de Mattel avec ses Barbies curvy, nous pourrons tout dire sauf que Disney est misogyne, homophobe ou raciste.

Si la magie de Disney opère toujours, sa fantaisie ne serait-elle pas un peu rouillée? Depuis quelques années déjà – et cela ne semble pas près de s’arrêter – Disney réalise une campagne de reprise de tous ses grands classiques animés. Le Roi Lion (2019), Dumbo (2019), La Belle et la Bête (2017), Mary Poppins (2019) ou Winnie l’Ourson (2018) – pour n’en citer que quelques-uns – ont vécu dernièrement ou vivront prochainement une version cinématographique avec des acteurs et des images de synthèse. Serait-ce parce que le géant américain qui a fait rêver des générations d’enfants est à court d’idées? Nous penchons plutôt pour une volonté marketing de reconquérir la génération de millenials qui ont grandi avec ces dessins animés et qui ne résisteront pas à la tentation de revivre leur enfance, ne serait-ce que l’espace d’une heure et demie, en retrouvant ces chansons et ces personnages si familiers.

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Si le Casse-Noisette n’a pas d’homologue en VHS, l’histoire – et peut-être encore plus le ballet – nous est bien connue. Mais impossible de demander aux studios Disney de respecter un récit; fidèles uniquement à eux-mêmes, l’histoire de la jeune Clara entraînée dans un songe devient une épopée chevaleresque couplée d’un putsch militaire réalisé par des clones. L’essence de ce récit, qui met en scène avant tout le passage de l’enfance à l’adolescence, est tout de même préservée. Ce passage symbolique entre songe et réalité, nous le retrouvons également dans Alice au Pays des Merveilles (2010) – dont la version de Tim Burton rappelle par moments ce Casse-Noisette. Une caractéristique de ce genre de récits est qu’ils s’adressent à toutes et tous; que vous soyez un enfant, un jeune ou un adulte, vous serez emportés dans ce(s) royaume(s) de magie, de courage et d’amour, où une héroïne en quête de sens, nous entraîne dans ses aventures, à la recherche de soi.

Ecrire à l’auteur: virginia.eufemi@leregardlibre.com

Crédit photo: © Walt Disney Company CH


Millénium: ce qui ne me tue pas
Etats-Unis, Suède, 2018
Réalisation: Fede Alvarez
Scénario: Steven Knight, Fede Álvarez et Jay Basu, d'après "Ce qui ne me tue pas" de David Lagercrantz et d'après les personnages créés par Stieg Larsson
Interprétation: Claire Foy, Sverrir Gudnason, Sylvia Hoeks, Lakeith Stanfield, Claes Bang, Stephen Merchant
Production: The Cantillon Company, Scott Rudin Productions, Sony Pictures Entertainment et Yellow Bird
Distribution: Sony Pictures Releasing Switzerland
Durée: 1h57
Sortie: 14 novembre 2018
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