La coronarétrospective du cinéma d’anticipation

Les mercredis du cinéma – Edition spéciale: Les coronarétrospectives du cinéma – Loris S. Musumeci

C’est aujourd’hui un genre du cinéma que nous allons parcourir, un sous-genre plus précisément, un monde, que dis-je… des mondes. Mais aussi le passé de l’humanité, ce que nous vivons à présent et, à partir de cela, les projections pour un futur, plutôt angoissant, qui nous dépassera, qui restera néanmoins la conséquence directe du fil de l’Histoire. De nos choix, de nos crimes, de notre aveuglement.

La science-fiction

Le genre, c’est la science-fiction. Qui tire ses origines des mythes de l’Antiquité déjà, en passant par les contes les plus traditionnels, les utopies les plus optimistes, les satires les plus cinglantes, les prophéties les plus réalistes. Dans la science-fiction, le but n’est pas de nier la réalité, mais de l’élargir. Même les mondes les plus merveilleux, où les fées, les ogres et les baguettes magiques dominent, tirent leur inspiration première de la réalité. Et surtout, ils nous parlent de la réalité. La métaphore n’est pas que poésie qui aime les belles images, elle est vraiment une manière de dire la réalité telle qu’elle est perçue par notre imagination et pas seulement par nos sens.

Avec Les Fils de l’homme (2006), La Planète des singes (1968), Perfect Sense (2011), Apocalypse 2024 (1975), Matrix (1999) et La Route (2009), nos films du jour, on est dans un sous-genre de la science-fiction. La science-fiction en tant que telle, même si elle reste une catégorie en littérature comme en cinéma, a éclaté. Elle a éclaté dans un tas de sous-genres entre lesquels il n’y a pas de réelles frontières. Elle a éclaté dans sa production aussi. Plus foisonnante et légitime que jamais. Elle n’est plus l’apanage des geeks, des marginaux ou des adolescents pas assez mûrs pour se confronter aux vraies œuvres. Populaire plus que jamais dans son audience, noble plus que jamais dans son regard sur le monde.

Un cinéma qui pose question

Davantage dans le cinéma qu’en littérature ces dernières années, elle a signé des chefs-d’œuvre vertigineux comme Inception (2010) ou Interstellar (2014) de Christopher Nolan, un maître, ou si l’on remonte un peu dans les années: les Star Wars, Seigneur des Anneaux, Harry Potter, Narnia, Mad Max, Alien, Avatar, Matrix et tant d’autres. Sans compter que des œuvres mineures du point de vue de leur qualité et de leur reconnaissance, comme les Avengers ou d’autres sagas dont les héros nous viennent directement de la bande dessinée, posent des questions profondes et intelligentes au grand public.

La science-fiction au cinéma accomplit ses premiers pas en se basant toujours sur la production littéraire préalable. Elle prend désormais son indépendance. Et même si l’adaptation de romans, qui datent pour certains, nourrit énormément la science-fiction au cinéma, les films qui en ressortent sont considérés comme œuvres à part entière et pas seulement en tant qu’adaptations de.

Il n’est pas seulement question de mettre des images et des sons sur les caractères imprimés d’un livre. Il est question de s’inspirer, certes – seuls les idiots ou les prétentieux s’en priveraient –, pour aller plus loin dans le meilleur des cas. Ou au moins pour populariser telle ou telle œuvre littéraire qui en vaut la peine, ou alors encore pour offrir simplement autre chose. Dans le pire des cas, pour rendre totalement impopulaire tel roman adapté; ce n’est d’ailleurs jamais un but, mais la conséquence d’un travail bâclé qui s’est servi illégitimement de l’effort d’autrui.

Les technologies

La science-fiction est une évasion, un divertissement aussi. Ce qui ne l’empêche pas d’élever l’âme de son spectateur. 2001: L’Odyssée de l’Espace (1968) de Stanley Kubrick est un spectacle de couleurs, d’espace, de lumière, de prouesses en matière d’effets spéciaux, tout en restant une œuvre pleinement philosophique. La trilogie des Matrix, avec ses costars, ses raincoat noirs, ses lunettes de soleil, est un défilé de mode; comme c’est aussi un film d’action palpitant, de la finesse de ses prises de kung-fu à l’opulence de ses explosions. Pourtant, la trilogie pose question jusqu’aujourd’hui. Ses questions prennent d’ailleurs toujours plus d’importance au fil des années, des développements des technologies donc.

Ces technologies qui poussent nos connaissances au-delà de la sphère terrestre, ces technologies qui façonnent notre quotidien, ces technologies qui font que nous vivons plus dans les cavernes, ces technologies qui s’accroissent, s’accélèrent, qui accélèrent le cours de l’Histoire. Ces technologies centrales dans notre évolution. L’évolution n’est pourtant pas infinie, et peut vite entrer en régression. Peut-être vivons déjà dans cette phase. Ces technologies qui, en changeant nos modes de vie, peuvent arriver jusqu’à s’émanciper de l’humain, à en devenir les maîtres. Ces technologies qui peuvent nous faire courir à notre perte. Qui mènent à des crises, à la catastrophe.

L’apocalypse

La catastrophe, c’est l’apocalypse. Terme qui signifie pourtant «révélation». Oui, mais révélation de quoi? Des conséquences de nos agirs et de notre condition qui finira par nous rattraper. Avec nos six films du jour, il est toujours question de catastrophes à venir liées à notre situation actuelle. Mais qui dit catastrophe ne dit pas forcément la fin de tout. D’ailleurs, les œuvres à caractère post-apocalyptique essaient d’imaginer la condition des survivants après la catastrophe, après la révélation des conséquences d’un monde qui est tombé à force de vouloir s’élever.

Si, dans les films que nous avons sélectionnés, il est toujours question d’une catastrophe qui change le cours des choses, il conviendrait davantage de parler de cinéma d’anticipation, sous-genre de la science-fiction. Le cinéma d’anticipation anticipe, prophétise, observe, craint et avertit. Il est révélation à travers l’œuvre de fiction de ce que pourrait être la révélation dans l’œuvre de la vie, de nos vies. Dans l’anticipation, prenons ces films pour des miroirs qui en disent long sur nous. Ils ne pourront sans doute pas provoquer de grandes révoltions politiques, mais il pourront certainement éveiller nos consciences. A nous de voir ce que nous en ferons à partir de là.

Ecrire à l’auteur: loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédit photo: © Metro Goldwyn Mayer (HAL 9000: le robot de 2001: L’Odyssée de l’Espace)

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