«Les Fils de l’homme»: l’exploration dystopique

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Avant d’être à la source de vives polémiques autour du détournement du circuit de diffusion classique de son film Roma diffusé sur Netflix, Alfonso Cuarón s’est attelé à cette pratique sainte de l’apocalypse. Dans Les Fils de l’homme, il dépeint un monde voué à la perdition, dû à l’incapacité de l’espèce humaine de se reproduire.

Notre cinéaste hispanique aurait-il lu le roman de Margaret Atwood The Handmaid’s Tale avant le succès phénoménal de son adaptation en série? Dans tous les cas, la comparaison est inévitable: dans un futur proche abîmé par les guerres, l’être humain le plus juvénile de la terre «Bébé Diégo» vient d’être assassiné à tout juste 18 ans après avoir refusé de signer un autographe à un inconnu.

L’Angleterre, présentée comme dernier bastion de la civilisation, exerce une politique particulièrement répressive face à l’arrivée massive d’immigrés. Theo Faron, employé de bureau à la vie paisible, se retrouve chargé d’une mission de la plus haute importance à ses dépens: conduire une clandestine du nom de Kee auprès d’une organisation prête à refonder l’humanité aux Açores. Particularité non négligeable: miraculeusement, elle est la première femme au monde enceinte depuis près de vingt ans.

Un microcosme politique complexe

Bien que la disparition de la fertilité soit présentée comme l’événement fondateur qui conduit à  l’émergence de  de la République de Gilead chez Atwood, Cuarón ne s’est pas inspiré de ce monde dystopique puisque Les Fils de l’homme est également une adaptation tirée d’un roman. La complexité apparente de l’univers et de ces structures en place est peut-être la manifestation de ce tissage romanesque complexe.

Véritable Constantinople des temps modernes, le gouvernement anglo-saxon a fondé la bien nommée «Arche des arts» où toutes les œuvres mondiales rescapées sont conservées et inaccessibles pour les habitants de la capitale. Loin de pouvoir exercer son pouvoir proche du totalitarisme sans représailles, le gouvernement fait face à deux grandes forces d’opposition. D’un côté l’organisation «Poisson» considérée comme des terroristes et figurant une sorte d’ONG armée luttant pour la défense des immigrés. De l’autre, le très discret «Renouveau planétaire» qui regroupe des scientifiques à la recherche d’un moyen d’éradiquer l’infertilité.

La dystopie, un futur placé en laboratoire  

On l’aura compris: toutes ces forces politiques sont prêtes à utiliser cette clandestine enceinte pour leur intérêt. Etendard de la révolution pour l’un, nouvelle égérie aux origines problématiques pour l’autre. Kee est une relique que Theo doit protéger d’une société qui, au fil des épidémies et des guerres, est devenue bancale.

Miroir du monde, l’usage de la projection d’un futur noir et décadent présente un monde dystopique. Le film regorge de référence à l’Histoire pour composer son univers morbide. Le sud du Royaume-Uni étant réquisitionné pour parquer les réfugiés dans les camps, ces derniers se constituent des structures et d’une organisation faisant référence aux camps de concentration.

L’arrivée au sein de Bexhill en est un exemple: en pleine nuit, des bus aux fenêtres grillagées passent un check-point protégé par des tourelles et clôturées par des murs garnis de fils barbelés. Une fois l’enceinte franchie, le véhicule s’arrête pour déposer les clandestins qui seront exécutés avant de s’arrêter une nouvelle fois afin de parquer les derniers arrivants.

Au sein du camp, une petite ville, jonchée de dépris et d’échoppes improvisées prolifère. Dans le centre de Londres, il faut aussi compter sur la présence des groupuscules islamistes comme s’opposant à la fermeture des mosquées.

Au-delà du riche environnement fictionnel qu’il développe autour des forces politiques en action, Cuarón propose aussi de magnifiques images, notamment le plan-séquence dans le camp assiégé par les forces britanniques: une immersion particulièrement efficace et agréable pour la rétine. Les Fils de l’homme, par le foisonnement de son univers, offre un film d’anticipation plaisant ainsi qu’un regard noir – quoique libérateur – sur un devenir possible.

Ecrire à l’auteur: fanny.agostino@leregardlibre.com

Crédit photo: © Universal Pictures

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