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Littérature

Critique

Florent Oiseau, vicissitudes sans lassitude3 minutes de lecture

par Quentin Perissinotto
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Florent Oiseau, «Tout ce qui manque»

En voici, un roman qui ne ressemble à aucun autre de la rentrée littéraire! Tout ce qui manque est le récit d’un homme aux prises avec les désillusions de la vie, l’apathie et le banal de l’existence. Le tout, avec un flegme plein d’esprit.

Quadragénaire paumé, écrivaillon désargenté et misanthrope à peine déguisé, Laurentis est miné par la rupture amoureuse avec Ana. Sur un coup de tête, il saute dans un Intercités pour regagner sa Dordogne natale en espérant y trouver l’inspiration pour un roman d’amour. Dans l’espoir qu’Ana le lise et décide de se remettre avec lui.

«Ecrire un roman pour récupérer l’être aimé m’apparaissait aussi peu louable qu’un chantage au suicide, mais je ne savais rien faire d’autre, je ne pouvais opposer que ça.»

Un romantisme d’aires autoroute

Qu’il est difficile de parler de ce livre! Tout ce qui manque est un texte fait de trois fois rien et qui pourtant dit presque tout. Florent Oiseau se saisit des détails du quotidien avec sarcasme pour tourner en ridicule les situations, il dépeint une galerie de personnages émouvants dans leur aspect caricatural et attrape au vol les souvenirs pour leur faire prendre racine.

Toute la force du roman tient dans son style nonchalant, volontiers mélancolique, mais souvent hilarant par son désabusement. Le rythme est plein de langueur, le ton lui plein d’ardeur dissimulée et porté par un narrateur totalement dépassé par la vie, traînant son spleen autant que ses pieds.

Laurentis est un personnage de second plan, un figurant flouté dans le cadrage qui se retrouve soudainement propulsé sur le devant de la scène, sans s’y être préparé ni savoir quoi faire de cette lumière; il est selon son éditeur le meilleur de tous les écrivains sans intérêt. Ce qui donne des interactions absolument burlesques!

«La fréquentation des gares, rendue obligatoire par mon travail, avait fait de moi une sorte d’anthropologue ferroviaire et mon constat était sans appel: les voyageurs les plus laids – au départ de Paris – transitent par Austerlitz. Le Berry, l’Orléanais, le Massif central, aussi pétris de qualités soient-ils, n’ont jamais produit beaucoup de mannequins. Je me suis regardé dans le reflet de la vitre de mon wagon, je ne faisais pas exception.»

Florent Oiseau écrit d’une façon inimitable, feignant la platitude pour prendre le lecteur à contrepied: il est un footballeur driblant en marchant, un tennisman au slice dévastateur, un curleur désarticulé, mais visant à la perfection. Sa langue paraît au premier abord comme rafistolée, mais elle s’avère en réalité polie comme le marbre, sans éraflure aucune.

«Les scènes d’ivresse ne sentaient pas l’alcool, celles de sexe ressemblaient à une dictée dans un Rotary Club, et le reste se révélait une sorte de manifeste de trois cents pages pour en venir à la conclusion suivante: l’amour, c’est dur.»

Subterfuge et combats intimes

D’un manque d’inspiration qui tourne en divagation, Florent Oiseau trouve le prétexte pour signer un roman qui parle de sensations et de sentiments. Le narrateur comme l’auteur construisent une histoire pour espérer encercler la passion, baliser les élans du cœur.

Tout ce qui manque contient la grâce de l’à-propos, la nonchalance des fuites ratées, l’indolence des évidences atermoyées. Il se lit comme l’expérience d’une chute au ralenti: entre le flottement et l’écrasement fatal.

«Attablée devant la fenêtre, elle me regarde passer et je suis incapable de deviner qui de nous deux sera un souvenir pour l’autre.»

Ecrire à l’auteur: quentin.perissinotto@leregardlibre.com

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Florent Oiseau, «Tout ce qui manque»

Florent Oiseau
Tout ce qui manque
Allary Editions
218 pages
2023

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