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D’une Simone de Beauvoir instrumentalisée à la dérive queer

2 minutes de lecture
par Jean-David Ponci
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© Government press office

«On ne naît pas femme, on le devient»: la célèbre formule de Simone de Beauvoir est souvent citée aujourd’hui pour justifier l’idée selon laquelle on pourrait soi-même décider de son sexe. Cette auteure ne songeait pourtant pas à relativiser la réalité biologique.

Pour comprendre la fameuse phrase de Simone de Beauvoir, il faut d’abord en retrouver le contexte. «On ne naît pas femme, on le devient» doit s’interpréter à la lumière d’une autre phrase célèbre du compagnon de l’essayiste française, Jean-Paul Sartre: «L’existence précède l’essence». Cela signifie que nous nous construisons par nos choix successifs dans la vie et qu’ainsi, nous devenons ce que nous sommes – autrement dit nous acquérons notre essence.

Or, comme l’a rappelé la journaliste indépendante Sarah Pines dans la NZZ le 14 novembre dernier, Simone de Beauvoir ne fait qu’appliquer cette thèse existentialiste de Sartre à la gent féminine. Il n’est pas question pour elle de devenir autre chose qu’une femme: elle admet que la séparation des sexes est une donnée biologique incontournable. Il s’agit seulement pour une femme de se libérer des stéréotypes associés à son sexe, tels que ceux de mère, vierge ou encore femme mariée, pour être socialement comme les hommes et choisir ainsi le genre de femme qu’elle désire être.

Une phrase dénaturée

Dans les années 1960, les philosophes que l’on rattache au courant de la French Theory ont radicalisé l’existentialisme de Sartre et de Beauvoir – et ont fini par l’annuler, comme le soutient la journaliste. D’après ces derniers, on ne peut plus dire que «l’existence précède l’essence», car il n’y a plus vraiment d’essence ni de nature. Les choses n’ont jamais d’identité propre, tout est fluide. Selon des auteurs comme Gilles Deleuze ou Jacques Derrida, la vérité n’existe pas dans le monde, mais seulement dans le texte. Cette importance donnée aux mots nous permet d’ailleurs de mieux comprendre pourquoi la lutte pour l’égalité se centre actuellement sur le langage: l’émancipation féminine passe par l’adoption d’une langue neutre (écriture inclusive, pronoms neutres…), débarrassée de la domination du masculin.

Comme il n’y a plus de vérité dans le monde, nos corps sont désormais délivrés du fardeau de toute normativité, non seulement en ce qui concerne l’habillement, mais dans leur identité même. On peut changer de sexe d’une semaine à l’autre. «Les identités de genre sont arbitraires comme la couleur des bas», résume Sarah Pines. 

Remarquons pour notre part qu’il n’y a même plus beaucoup de sens à dire que l’on ne naît pas femme, mais qu’on le devient, si l’on est incapable d’expliquer ce qu’est une femme. D’aucuns affirment en effet aujourd’hui qu’une femme n’a pas forcément un vagin, qu’une personne qui a des règles peut être un homme, qu’une femme est simplement une personne qui se sent femme, etc. Que veut dire alors «devenir femme»? La circularité de la définition est évidente. On naît, sans savoir ce que l’on est, car le sexe «assigné à la naissance» est provisoire, et l’on devient ce que l’on veut être… sans pouvoir le définir.

Ecrire à l’auteur: jean-david.ponci@leregardlibre.com

Vous venez de lire une reprise tirée de édition papier (Le Regard Libre N°92).

Illustration de couverture: © Government press office

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