Archives de catégorie : Forum

Le collège pousse-t-il à fumer ?

Le Regard Libre N° 6 – Florent Aymon

Il faut bien le reconnaître, malgré toutes les campagnes publicitaires, la prévention, les affiches, les restrictions ou l’augmentation des prix, de plus en plus de jeunes fument. Que ce soit des cigarettes ordinaires, des cigares ou des cigarettes électroniques, qu’ils fument régulièrement ou « uniquement en soirée », nombreux sont ceux qui sortent en courant de leur salle de classe à 9h40 pour pouvoir se satisfaire de leur dose de nicotine tant attendue.

C’est aujourd’hui un vrai problème de société, et la preuve en est là, quand on sait que la Confédération investit plus de 20 millions par année depuis 2006 pour lutter contre ce phénomène toujours en plein essor qu’est le tabagisme. Alors, comment se fait-il que malgré les fonds alloués à l’OFSP, le nombre de fumeurs ne baisse pas ou peu ? Intéressons-nous par exemple aux raisons qui poussent les collégiens à fumer.

Continuer la lecture de Le collège pousse-t-il à fumer ?

La société animale

Le Regard Libre N° 6 – Sébastien Oreiller

« Une certaine confusion règne encore, mais encore un peu de temps et tout s’éclaircira ; nous verrons enfin apparaître le miracle d’une société animale, une parfaite et définitive fourmilière. » – Paul Valéry, La Crise de l’Esprit (1919)

Il est à se demander si toutes les libéralisations récentes, toutes les avancées technologiques, en bref tout ce qui avait pour but de rendre à l’être humain sa liberté et sa dignité, n’ont pas servi à faire de lui la chose, l’animal peut-être, qu’il redoutait tant de devenir. « Rien ne se fera plus que le monde entier ne s’en mêle » prophétise encore Valéry à la fin de la IIe Guerre Mondiale. Facebook, Instagram, Twitter et j’en passe sont devenus les garants de ce nombrilisme généralisé : Moi sur les montagnes. Moi en train de me saouler. Moi en train d’aider les pauvres. Tout ce petit moi moi est devenu insupportable ; la charité elle-même n’est plus que carnaval. Continuer la lecture de La société animale

L’intégration dans l’Antiquité

Le Regard Libre N° 3 – Sébastien Oreiller

Il est à déplorer, à l’issue d’une enrichissante semaine Babel pourtant promue chantre du langage unificateur, que la notion même d’intégration ait été privée d’exégèse. Tant de conférences, d’étymologie si peu. « O tempora, o mores ! » Comment les Grecs et les Romains auraient-ils jugé notre manière d’appréhender la cohésion sociale ? Suspecte sans doute. Petite anamnèse : le mot intégration dérive directement du verbe latin integro, réparer, renouveler. Ici, rien à voir avec les candides concepts de pédagogues débonnaires : dès le départ, nous avons affaire à une sémantique médicale, presque chirurgicale. Pour les Anciens, il n’y a point d’intégration sans fracture.

Commençons par les Hellènes. Le Manuel des Etudes Grecques et Latines, de L. Laurand, véritable référence en la matière, nous indique de prime abord que « tous les habitants d’Athènes et de l’Attique ne sont pas citoyens ». Ne peuvent prétendre à cet honneur que « les descendants des anciennes familles attiques ou ceux qui ont obtenu le droit de cité d’Athènes ». Les autres sont les métèques, des hommes libres sans droits civiques, et bien sûr les indispensables esclaves ; quant aux femmes, elles n’avaient pas de rôle politique mais transmettaient la citoyenneté. Continuer la lecture de L’intégration dans l’Antiquité

Vivent les langues mortes! – Conversation avec Albert Praz

Le Regard Libre N° 2 – Jonas Follonier

L’enseignement du latin et du grec ancien est de plus en plus menacé. Il y a cinquante ans, le latin était un sentier emprunté par la majorité des collégiens, et une bonne partie d’entre eux faisaient du grec. Aujourd’hui, au Lycée-Collège des Creusets, à Sion, il n’y a en principe qu’une classe de latinistes par degré de la deuxième à la cinquième année, et la moitié d’entre eux étudient le grec ancien – soit une cinquantaine d’élèves en tout.

Pour discuter de ce sujet qui nous tient à cœur et qui nous concerne personnellement, Sarah D’Andrès et moi-même sommes allés voir la personnalité, l’expérience incarnée, l’homme aux mille anecdotes: notre ancien professeur de grec, aujourd’hui à la retraite, Albert Praz. Plongé dans les langues classiques dès l’âge de douze ans (le collège s’étendait alors sur huit années), Monsieur Praz ne les a plus jamais quittées. Plus que de les aimer, il les a transmises avec talent à trente-deux générations au Lycée-Collège des Creusets, dès sa fondation en 1981. Il quitta les lieux à la fin de l’année scolaire 2011/2012, laissant à la postérité la salle 219 qui de lui garde un éclatant souvenir. Plaisir, proximité et passion – art, amitié et admiration. Voilà de quoi atteindre l’éternel.

Continuer la lecture de Vivent les langues mortes! – Conversation avec Albert Praz

Un jour l’allemand disparaîtra-t-il du LCC ?

Le Regard Libre N° 1 – Florent Aymon 

L’allemand, cette langue considérée par beaucoup, et à tort, comme barbare et inutile, est critiquée ouvertement dans la partie francophone de la Suisse. Qu’en est-il de cette dernière, à ce jour, dans notre collège ?

L’allemand est très, trop, critiqué dans notre établissement. En effet, il n’est pas rare de voir des élèves s’exclamer par exemple : « Oh non, j’ai encore deux heures d’allemand cet après-midi, dont une heure de grammaire et une heure de littérature ! » On peut bien admettre que la littérature allemande n’est pas la branche favorite de la majorité des élèves ; mais de là à imaginer carrément sa suppression dans le programme gymnasial d’ici dix ans, cela est impensable ! Et pour plusieurs raisons : premièrement, le collège étant une école censée apporter une culture générale et non spécifique, comment pourrait-on étayer nos connaissances de la culture germanique sans cet apport nécessaire que donne la littérature ? Deuxièmement, l’Allemagne est trop souvent considérée uniquement comme un pays ayant déclenché et perdu les deux guerres, mais non comme porteuse de ces célèbres écrivains ou compositeurs, à l’instar de Goethe, Schiller ou Beethoven, qui ne méritent que d’être connus. Et – soit dit en passant – c’est elle aujourd’hui qui sauve l’Europe financièrement. Continuer la lecture de Un jour l’allemand disparaîtra-t-il du LCC ?

Le français au collège

 Le Regard Libre N° 1 – V. Sirine

Le présent article ne vise aucun professeur, ni qui que ce soit. S’il cherchait à le faire, il se limiterait à une bordée d’injures bien senties. Est-il besoin de justifier à un maraud fieffé la bastonnade qu’il mérite ? Non. Bats-le. Si tu ne sais pas pourquoi, lui le saura.

Le présent article ne tend guère plus, malgré les apparences – qui ne sont que celles de l’art à la petite semaine –, à exciter un troupeau d’étudiants (professionnels, s’entend) à une vindicte sanglante, qui n’aurait pas sa place dans un article aussi bienveillant.

Quelque chose mériterait cependant qu’on lui témoigne plus d’égards. Il s’agit d’une branche dont le nom, bien usé avec ses comparses de cellule derrière les grilles rouillées de nos horaires, ne semble guère briller d’un légitime éclat tricolore, sinon fleurdelisé : le français. L’enseignement de cette branche ne fait plus rêver que les demoiselles Bovary. Continuer la lecture de Le français au collège

Qui de nous a pleuré ?

Le Regard Libre N° 1 – Loris S. Musumeci

Lampedusa, 3 octobre 2013, le naufrage d’un bateau d’émigrants fait plus de 300 morts sur un total de 500 passagers. Ce fut la plus grande catastrophe en mer Méditerranée de notre siècle. Une véritable tragédie! Plusieurs naufrages avaient déjà eu lieu auparavant, et le drame continue ; régulièrement, des bateaux d’âmes désespérées sombrent au large de la petite île sicilienne. Si bien que nous comptons, depuis les quatre dernières années, presque 2000 morts rien qu’en ces belles mais tristes côtes de Lampedusa.

Ce voyage de l’espérance s’est malheureusement transformé en voyage de la mort pour beaucoup (trop) d’hommes, de femmes et d’enfants, qui n’avaient pour seul désir qu’une vie plus sûre, loin des guerres, des famines et des pleurs.

Cependant, au bout de ce tunnel si sombre et qui semble sans fin, apparaît une légère lumière. C’est la lumière de l’espérance, que le Pape François nous a livrée lors de sa célébration pour les défunts de Lampedusa, le 8 juillet dernier, en visite sur les lieux mêmes du drame. Continuer la lecture de Qui de nous a pleuré ?