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«Easy rider» et la quête mélancolique de liberté3 minutes de lecture

par Jonas Follonier
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Le Regard Libre N° 58 – Jonas Follonier

En 2019, le film Easy rider de Dennis Hopper fêtait ses cinquante ans. La Fondation Fellini pour le Cinéma, à Sion (VS), lui a consacré une exposition en partenariat avec l’Institut Dennis Hopper et la Cinémathèque Suisse. J’y étais, et j’ai pu sentir le moment de basculement que fut la fin des années soixante au sein du cinéma hollywoodien. Rétrospective au goût des Harleys et au son du LSD.

Inutile de le rappeler. Ou peut-être bien que si. Il est des moments absolument fascinants qui consistent en des changements profonds dans l’histoire de la culture occidentale. La fin des années soixante en est. A Noël, ma génialissime grand-mère me rappelait cette caractéristique fondamentale des sixties: «C’était l’époque baba-cool. On était insouciants. Il n’y avait pas de violence. Après, tout a changé.» Bien dit, grand-maman. L’art du résumé et du bon sens, mieux qu’une quelconque encyclopédie. La formule est si bien choisie qu’elle se prête à merveille à mon article. Ce qui fait la spécificité du tournant des sixties et des seventies, c’est en quelque sorte la fin d’une utopie. La preuve en sera l’assassinat de Sharon Tate, l’épouse d’alors de Roman Polanski, par une secte hippie sataniste emmenée par le gourou Charles Manson.

Sur la route du «nouvel Hollywood»

C’est donc dans ce contexte de progression vers la fin d’un monde idéalisé, quasi-cinématographique, que le cinéma lui-même vit une grande entreprise de renouveau. A la fin des années cinquante, les salles obscures se vident pour devenir presque désertiques – de quoi faire penser à notre époque. Les héros traditionnels des productions hollywoodiennes ne correspondent plus, si tant est qu’ils aient jamais correspondu, à l’imaginaire de jeunes spectateurs désormais engagés et rebelles.

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Aujourd’hui, le succès du septième art se perpétue chez les jeunes via la plateforme Netflix. A cette époque-là, aux Etats-Unis, la solution arrive avec des longs-métrages précurseurs. Bonnye and Clyde et Le lauréat sortiront en 1967 comme une réponse à la soif d’identification de la jeune génération américaine. Des cinéastes surfant sur l’air du temps? Oui et non. D’abord, leurs œuvres ne suivent pas une mode émanant du milieu artistique, mais bien un sentiment diffus mais puissant au sein même de la nation. Et c’est toujours la rencontre entre une œuvre telle qu’imaginée par son créateur et son potentiel de réception, rencontre qui dans ce cas s’avère optimale. C’est la définition même d’un film qui fait date. D’un classique. Qu’il soit révolutionnaire ou non.

Easy Rider, 1969 Coll. Cinémathèque suisse © Tous droits réservés

Easy rider peut-être considéré comme l’apogée de ce que les critiques appelèrent le «nouvel Hollywood». Avec l’appel de la route, les motos, l’acide, la soif de nouveauté, bien sûr. Mais aussi le paradoxe propre à tous ces grands films que l’on compte reçoit aujourd’hui de Tarantino ou d’Eastwood: celui d’une liberté qui se manifeste avant tout comme l’objet d’une nostalgie. D’où le besoin urgent pour l’artiste de la mettre en scène. D’où les personnages ambigus, la fascination du scénario pour les marginaux, les losers, le jeu avec les règles classiques du cinéma. Au sein de ce magma cinématographique unique, la liberté est recherchée au sens de la quête mélancolique et qui se frotte à l’absurde de la vie:

«Qu’est-ce qu’il y a de mauvais avec la liberté? Il n’y a que ça qui compte.
– C’est vrai, il n’y a que ça qui compte. Mais en parler, et être libre… c’est pas la même chose. C’est vraiment dur d’être libre quand on est un pur produit acheté et vendu au marché. Ne leur dis jamais qu’ils ne sont pas libres, ils se mettraient à tuer et à massacrer pour prouver qu’ils le sont.»

Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédits photos: Easy Rider, 1969 Coll. Cinémathèque suisse © Tous droits réservés

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