Archives par mot-clé : nostalgie

« Le Cercle littéraire de Guernesey » : une île de littérature et d’amitié

Les mercredis du cinéma – Alexandre Wälti

Il y a la magie de la littérature. Celle qui emporte, fait voyager et touche. Celle qui, brillante comme un diamant cent carat, éveille l’imagination, l’intime éclat.

Le Cercle littéraire de Guernesey, c’est un peu ça, bien plus encore à la sortie du cinéma. Une histoire dont le nœud se noue durant l’occupation allemande, plus précisément sur l’île de Guernesey, et qui se dénoue dans l’intimité d’un cercle littéraire qui lit pour oublier le contexte belliqueux, pour rêver. Une histoire qui a lieu sur l’île du long exil de Victor Hugo.

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Daniel Warner : « Trump n’a aucun sens de l’histoire ou du droit »

Le Regard Libre N° 39 – Clément Guntern et Diego Taboada

Politologue américano-suisse, vivant en Suisse depuis quarante ans, Daniel Warner a enseigné dans de prestigieuses universités et collaboré avec plusieurs organisations internationales. Toujours très critique et clairvoyant envers son pays natal, il est régulièrement consulté par les médias internationaux sur la politique américaine. Le Regard Libre l’a rencontré pour parler du président Trump et de son impact sur le monde après un an et demi de présidence.

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« Hotel Jugoslavija » : un regard sur la Yougoslavie et sa nudité

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Il y a la grande Histoire, celle qui dirige ; et il y a la petite Histoire, celle qui subit, celle des gens. »

Nicolas Wagnières traite d’un bâtiment de la grande Histoire, l’Hotel Jugoslavija à Belgrade. Le film est pourtant de l’ordre de la petite Histoire. Ce documentaire n’a en effet rien d’un article encyclopédique qui voudrait se consacrer à la connaissance de l’édifice lui donnant son titre. Le réalisateur livre un regard personnel de la Yougoslavie et de l’hôtel qui le hante, si symbolique à ses yeux d’un temps révolu. Il présente à l’écran également l’Histoire « des gens », ceux qui ont cru en la fédération yougoslave, qui ont porté dans leur cœur l’Hotel Jugoslavija, mais qui ont subi aussi la mort d’une nation et qui la voient aujourd’hui nue et détruite.

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Fabrice Hadjadj, un penseur du sexe et de l’écologie intégrale

Le Regard Libre N° spécial « Ecologie : pour un revirement intégral » – Loris S. Musumeci

Fabrice Hadjadj est connu comme le philosophe juif au nom arabe et de confession catholique. Auteur de nombreux essais et œuvres littéraires, le penseur dirige également l’Institut Philanthropos à Fribourg. Il s’intéresse depuis quelques années à l’écologie, thème auquel il est parvenu par le biais de réflexions sur la chair, la sexualité et la famille. Rencontre. Continuer la lecture de Fabrice Hadjadj, un penseur du sexe et de l’écologie intégrale

Serge Lama et ses souvenirs à Genève

Les lundis de l’actualité – Loris S. Musumeci et Jonas Follonier

Au Théâtre du Léman, les 19 et 20 décembre derniers, passait un débutant. Ou pour le moins un artiste qui prit plaisir à se laisser considérer comme tel par le nom de la tournée : « Je débute ». Le Regard Libre était présent à ce moment haut en poésie. Impressions.

Un corps claudiquant s’avance sur la scène, pas à pas. Et voilà que la lumière se braque sur le visage d’un homme, aux traits vieillis par la nostalgie. Pourtant, malgré des jambes paraissant déjà en souffrance, et les lignes du temps passé dessinées sur le front, le personnage s’annonce puissant. Dès son premier sourire, Serge Lama transmet déjà la vivacité et la tendresse qu’il a acquises au prix de la même nostalgie, et du décès de son épouse survenu une semaine avant la sortie de son dernier album.

Les salutations au public sont chaleureuses, tout en restant dans la sobriété qui a toujours ressemblé au pâle noiraud. Il présente d’emblée ses musiciens pour lesquels il accompagne à chaque nom un petit propos d’éloge. Le chanteur se retrouve avec seulement neuf accompagnants, dont deux choristes. L’ambiance de la scène est alors quasiment familiale. Elle révèle une nécessaire collaboration entre ses membres. Serge Lama fait corps avec ses sept instrumentistes et ses deux choristes. Continuer la lecture de Serge Lama et ses souvenirs à Genève

Marc Chagall, « Le Champ de Mars »

Le Regard Libre N° 30 – Loris S. Musumeci

Regard vers le peintre-poète : Chagall (3/3)

Les années cinquante marquent le moment trouble qui fête une guerre achevée, mais pleure encore ses douloureuses reliques. Le Champ de Mars (1955) traduit ce regard mélancolique et joyeux de Marc Chagall (1887-1985) sur Paris, ville qu’il a aimée.

Paris. Chagall y vécut de nombreuses années ; si bien en pauvre débutant, qu’en peintre reconnu et admiré. De la misère en sa location à « la Ruche », recoin des bohèmes, il raconte dans Ma Vie : « Atelier comblé de tableaux, de toiles qui n’étaient pas d’ailleurs des toiles, mais plutôt mes nappes, mes draps, mes chemises de nuit mis en pièces. » Alors même que « Paris ! Il n’y avait pas un mot qui fût plus doux pour moi. » En 1941, l’artiste est poussé au port de Marseille par la guerre qui fait rage, et embarque pour l’Amérique. Paris sera retrouvé, après la guerre. En deuil. Continuer la lecture de Marc Chagall, « Le Champ de Mars »

Rencontre avec Elisa Shua Dusapin, une révélation métissée des lettres romandes

Le Regard Libre N° 29 – Loris S. Musumeci

En plus d’être jeune et charmante, Elisa Shua Dusapin apparaît sur la scène des lettres romandes comme une révélation envoûtante, pour sa plume délicate et son sens du métissage. De mère coréenne et père français, l’écrivain a grandi à la frontière de ces deux cultures. Ce qui a donné une tonalité multiculturelle à son premier roman, Hiver à Sokcho (2016). Il y est question de la rencontre entre une narratrice franco-coréenne dont on ne connaît le nom et Kerrand, un auteur de bande-dessinée normand. Elle, travaille dans une pension miteuse pour financer ses études ; lui, devient son hôte en quête d’inspiration. Se tisse entre ces deux êtres, que tout semble séparer, un lien empreint d’angoisse et de sensualité, de lassitude et de pudeur. Cette œuvre simple et percutante connaît un vrai succès, qui lui a valu récemment de nombreux prix.

Loris S. Musumeci : Vos origines familiales ne sont pas sans liens avec le roman. De quel joyeux métissage êtes-vous issue ?

Elisa S. Dusapin : D’emblée, il est pour moi fondamental d’établir qu’Hiver à Sokcho n’est pas une autobiographie. Le seul point commun que l’on retrouve entre la narratrice et moi, c’est l’origine franco-coréenne. Ma mère étant Coréenne et mon père Français. Je suis née en France, mais la plus grande partie de ma vie s’est déroulée ici, à Porrentruy. Ma protagoniste est en revanche née en Corée et ne connaît la France que par la littérature. Continuer la lecture de Rencontre avec Elisa Shua Dusapin, une révélation métissée des lettres romandes

Charles Aznavour reçoit le prix Nikos Gatsos 2016

Regard sur l’actualité – Jonas Follonier

Cette semaine, Charles Aznavour a reçu le prix Nikos Gatsos 2016 décerné aux auteurs de chansons. Il faut dire que le chanteur de nonante-deux ans en a écrit plus de huit cents, ce qui reste un très haut chiffre en comparaison avec les autres auteurs-compositeurs-interprètes. Or il est bien connu que ce n’est pas la quantité qui compte, mais la qualité. Et force est de constater que le jury, présidé par la chanteuse Nana Mouskouri, ne s’est pas trompé : les chansons d’Aznavour témoignent d’un talent remarquable d’écriture poétique et de sensibilité musicale. Mieux, elles définissent un style.

Le style d’Aznavour est constitué tout d’abord d’une certaine régularité métrique. Beaucoup de ses chansons sont composées de vers français classiques, à savoir d’alexandrins et d’octosyllabes, bien sûr arrangés çà et là pour les besoins de la musique. Aznavour, déjà dans sa génération, est l’un des seuls à montrer une telle rigueur poétique. Il convient de la saluer, d’abord en tant que telle, mais aussi pour le plaisir qu’elle procure à l’écoute de chansons telles que Le toreador, La mamma ou la récente Avec un brin de nostalgie. Continuer la lecture de Charles Aznavour reçoit le prix Nikos Gatsos 2016

Albert Camus, ou la tragédie du bonheur

Le Regard Libre N° 10 – SoΦiamica

« Le bonheur après tout, est une activité originale aujourd’hui. La preuve est qu’on a tendance à se cacher pour l’exercer. Pour le bonheur aujourd’hui c’est comme pour le crime de droit commun : n’avouez jamais. Ne dites pas, comme ça, sans penser à mal, ingénument : « Je suis heureux ». Car aussitôt, vous verriez autour de vous, sur des lèvres retroussées, votre condamnation : « Ah ! vous êtes heureux, mon garçon ? Et que faites-vous des orphelins du Cachemire, ou des lépreux de la Nouvelle-Zélande, qui ne sont pas heureux, eux ? » Et aussitôt, nous voilà tristes comme des cure-dents. Pourtant moi, j’ai plutôt l’impression qu’il faut être fort et heureux pour bien aider les gens dans le malheur. » – Albert Camus

La philosophie de Camus est très proche de l’existence qu’il mena. Il naît en 1913 à Mondovi (Algérie) d’une famille pauvre et analphabète ; les siens déménagent très tôt à Alger (suite au décès du père, à la guerre) et permettent ainsi la rencontre du petit Camus et de l’instituteur Louis Germain, qui verra du talent en lui et convaincra sa famille à l’inscrire au lycée malgré leur pauvreté. Sa première lutte sera celle du langage : il s’est voulu le porte-parole de tous ceux qui, démunis ou n’ayant pas pu aller à l’école, ne pouvaient pas parler. Il découvrira à la même période les inégalités dues à la pauvreté, et étonnement le football pour les contrer ! Gardien de but, on le décrira comme « solitaire dans sa cage, mais solidaire dans l’équipe ». Il se lance plus tard dans des études de philosophie.

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