« Victoria » ou l’écriture d’un genre

Un article inédit de Jonas Follonier

Il est difficile de se prononcer sur le film Victoria sorti le mois dernier. La critique n’est pas unanime, les parents ne partagent pas l’avis de leurs enfants, les voisins ne sont pas d’accord entre eux. Normalement, cette situation résulte d’un clivage opposant d’un côté un public populaire à la recherche de divertissement et, de l’autre, des spectateurs ouverts à la poésie et au cinéma d’auteur.

Ici, il n’en est rien. Dans le camp des satisfaits aussi bien que dans le camp des mécontents, on trouve des vieux et des jeunots, des lourdauds et des intellos, des beaufs et des bobos. La subtile division de la presse et du public semble exprimer ce qui pourrait bien être la force de ce film : un brouillage des pistes.

En effet, à la première minute, Victoria semble s’inscrire dans le lignage de la comédie française avec ce qu’elle a de plus admirable : la légèreté, dont on ne doit pas sous-estimer la profondeur tant elle demande de talent. Seulement, on remarque d’une fois que le film a réellement démarré qu’on ne rit pas souvent et que l’on pourrait bien se trouver dans un film d’auteur, n’en déplaise à ce qu’a essayé de nous faire croire notre ami la veille.

Un aller-retour s’établit entre les deux atmosphères et débouche peu à peu sur un traitement très intéressant de l’histoire, ou des histoires, car plusieurs intrigues se mêlent autour de l’avocate totalement dépassée qu’incarne Virginie Efira. Avec ce personnage fascinant par son apparente harmonie et l’instabilité qu’elle cache, Virginie Efira prouve, comme si c’était encore à prouver, qu’elle est l’une des meilleures actrices françaises actuelles et, bien entendu, l’une des plus belles et des plus naturelles.

Et ce n’est finalement pas étonnant qu’elle ait accepté de jouer dans le deuxième long-métrage de Justine Triet, révélée au Festival de Cannes 2013. Contrairement à ce que l’on pourrait d’abord penser, Victoria ne recycle pas les nombreuses comédies dramatiques sorties ces dernières années, mais renouvelle le genre, comme toute oeuvre intéressante.

Si ce risque artistique très efficace ne fait pas du film un chef d’oeuvre, il n’est pas à classer non plus dans les mauvais, loin de là. En plus de la réalisation et du jeu de l’actrice principale, le choix de Vincent Lacoste pour incarner le jeune homme au pair est excellent, de même que la qualité des musiques, que ce soit le morceau au piano mis en valeur au milieu du film ou la sublime chanson Without her (1970) interprétée par Harry Nilsson.

Ecrire à l’auteur : jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo : AlloCiné

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