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Critique

«Gloria mundi» dans la tendresse et dans la peine4 minutes de lecture

par Loris S. Musumeci
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Gloria mundi © Agora Films

Gloria Mundi. L’enfant s’appelle Gloria. Première respiration, premier cri. Dans le silence sacré du miracle en cours. Accueil dans une existence où la gloire du monde se goûte dans la tendresse et dans la peine.

L’événement est heureux. Gloria est le premier né du couple que forment Mathilda (Anaïs Demoustier) et Nicolas (Robinson Stévenin). Sourires, effusions de joie, visites. Jaillit la vie; jaillit le champagne. Toute la famille réunie. Sylvie (Ariane Ascaride) fraîchement grand-mère; Richard (Jean-Pierre Darroussin), désormais papi; tante Aurore (Lola Naymark), paraissant fière de sa sœur, et son mari Bruno (Grégoire Leprince-Ringuet).

Vice et poésie

Famille réunie, mais désunie: Aurore est jalouse de sa sœur, qui n’est en fait que sa demi-sœur. Et puis, il manque le grand-père biologique de la petite: Daniel (Gérard Meylan). Qui est en prison depuis la naissance de Mathilda, qu’il n’a jamais vraiment connue. Sylvie écrit donc à son ex-compagnon en prison pour lui annoncer la nouvelle. Le destin veut que Daniel soit libéré quelques jours plus tard. Il renoue bien avec Sylvie, mais plus difficilement avec Mathilda. Avec Gloria, c’est le coup de cœur à l’instant même de la rencontre. Gloria Mundi est un drame qui raconte quelques mois de la vie de cette famille quasiment recomposée mais assurément divisée, embourbée dans les problèmes de travail, d’argent, de vice. Enrobée de poésie.

Robert Guédiguian a réalisé un chef-d’œuvre. Je n’ai pas d’autres mots pour le dire. L’émotion vibre dans le cœur des spectateurs dès la première scène. Magistrale! Et à la fin, on sort de la séance en pleurs. Expérience vécue. Le réalisateur a rassemblé tant de talents dans son film. La poésie qu’il porte nourrit le long-métrage dans sa totalité. La force du sujet social noue la gorge. La vérité philosophique illumine. La beauté des images s’agrippe au regard attendri et révolté. Les acteurs bouleversent dans leur jeu fin et convaincant.

Interprétation à fleur d’émotion

L’excellente Anaïs Demoustier tape juste, comme d’habitude. Robinson Stévenin, moins connu, fait preuve d’une sensibilité surprenante. Il en va de même pour l’interprète d’Aurore, parfaitement haineuse, celui de Bruno, terriblement divisé. Jean-Pierre Darroussin n’a de son côté plus rien à prouver: il est toujours très évocateur dans son jeu.

Cette magnifique distribution demande tout de même une distinction pour Gérard Meylan, dans son rôle de grand-père Daniel ancien taulard, et tout particulièrement pour Ariane Ascardie, la jeune grand-mère Sylvie, qui a remporté le prix de la meilleure interprétation féminine à Venise. Lui investit en profondeur la dimension poétique du film; elle la dimension sociale. Daniel, homme dur et blessé par l’existence, qui revit à travers les yeux de Gloria. Sylvie, tout aussi blessée, marche, digne, courageuse, forte, la tête haute, à travers les difficultés financières et sociales. Petite dame sur ses jambes, mais grande dame dans son cœur. Elle est imprégnée dans ma mémoire.

Le message, quant à lui, est simple. La seule vraie gloire en ce monde, c’est de donner la vie. La seule véritable beauté, c’est regarder au loin, un enfant dans les bras. Perpétuer les générations pour le salut. Générations qui sont par ailleurs en lutte au niveau des valeurs: enfanter, est-ce une tare, une objection au succès? Mais de quel succès parle-t-on? Le fric, toujours fric? Celui qui nous perd? Celui qu’on transforme en poudre blanche pour réussir à avaler la vie – ou à la sniffer plutôt. Lyrique et évidente, la phrase de Dostoïevski se confirme dans Gloria Mundi: « La beauté sauvera le monde.»

Avec le temps

Beauté que l’on retrouve sous les notes du brillant Michel Petrossian, qui a composé la bande originale du film. Explosive dans le sens qu’elle transmet, elle se fait humble et discrète dans des touches de piano. Beauté dans la photographie, qui transperce de ses lumières, mais qui ose aussi se concentrer sur la street, ses poubelles, ses tags, ses rues, ses routes, ses bus, ses gens et ses cris pour élever l’univers des pauvres dans toute son authenticité.

Et puis le temps. «Avec le temps va, tout s’en va.» Sauf l’enfance. Qui redonne à chacun un sens à cette société qui résonne sous les cloches de l’absurdité. L’enfance, qui enseigne que la seule transmission possible demeure dans le sacrifice de sa personne. Donner sa vie pour ses amis. Pour sa famille. Donner sa vie pour que l’histoire ne se répète pas. Donner sa vie pour la retrouver. Donner sa vie dans la tendresse et dans la peine. Donner sa vie pour Gloria.

J’avais beau arracher les aiguille de ma montre, le temps ne s’arrêtait pas.

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