Pensées journalistiques (1/3)

Article inédit – Loris S. Musumeci

A l’heure où la Toile Universelle – autrement dit : « Internet » – est devenue la capitale du journalisme, les changements affectant ce dernier ne parviennent pas sans se faire remarquer ; mais touchent-ils véritablement à son essence même ? De fait, on pourrait croire qu’il s’agit seulement d’une modification de son support ; en d’autres termes, le changement serait de l’ordre de la forme sans concerner le fond, bien que les deux soient de toute façon liés.

Une telle supposition semble évidemment fausse ; en effet, suffit-il de naviguer quelque peu sur les vagues rapides, imprévisibles, sensationnelles et fulgurantes de l’océan infini du dieu « Web » pour noter aisément une insécurité, certaine cette fois-ci, de la véracité de l’information sur les sites sans garantie extérieure du monde virtuel. J’exprime par là, en ce qui concerne les journaux, ceux qui n’ont notamment aucun fondement historique, ou qui n’ont pas une édition de papier qui garantirait une certaine légitimité de l’information. Continuer la lecture de Pensées journalistiques (1/3)

La Suisse et ses achats en ligne

Le Regard Libre N° 13 – Nicolas Jutzet

Les sites web suisses de vente en ligne ? Il en existerait plus de 10’000. En 2015, 4,7 millions de Suisses ont effectué des commandes en ligne pour quelque 9,1 milliards de CHF. Déjà bien développée dans le secteur du tourisme, la numérisation s’attaque désormais au commerce de détail. Dans ce domaine, en 2014, l’online-shoping représentait 5,1 % du chiffre d’affaire total. On annonce une nette progression pour 2015. Loin d’être passager, le phénomène va s’inscrire sur la durée. Les prévisions s’accordent à dire que d’ici 2020, la part du e-commerce va au minimum doubler. Une véritable révolution est en marche.

Quelles sont les raisons profondes de cette migration vers l’online-shop au détriment des points de vente habituels ? Et les conséquences ? La disparition des commerçants ? Sortons-nous gagnants sur toute la ligne ? Continuer la lecture de La Suisse et ses achats en ligne

« Pour que tout reste comme avant, il faut que tout change »

Le Regard Libre N° 13 – Sébastien Oreiller

Inspiré du roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, Le Guépard est sûrement l’une des créations iconiques du cinéaste italien Luchino Visconti, un film de 1963 comme on n’en fait plus, 205 minutes de chef d’œuvre. Une bande son de Nino Rota et un casting de rêve : Burt Lancaster dans le rôle du prince de Salina, Alain Delon dans celui de Tancredi, Claudia Cardinale pour Angelica, et la Sicile, immortelle, en 1860 comme aujourd’hui. Car c’est bien dans la tourmente de l’unification italienne que s’ouvre le film.

Don Fabrizio Corbera, prince de Salina, c’est lui, le Guépard, dur et serein face à la révo-lution, mais c’est aussi l’auteur, Tomasi, et, dans une certaine mesure, Visconti lui-même. Comme dans tous ses films, comme dans Les Damnés, Ludwig ou le Crépuscule des Dieux et tant d’autres, le thème de la décadence d’une aristocratie obsède le cinéaste-prince milanais, devenu militant rouge. C’est tout un monde qui s’effondre avec la chute du royaume des Bourbons, quand le trouble Don Calogero, un paysan enrichi, parvient à fiancer sa fille Angelica au neveu du prince, Tancredi Falconeri. Continuer la lecture de « Pour que tout reste comme avant, il faut que tout change »

Là-haut

Le Regard Libre N° 13 – Loris S. Musumeci

« Les pieds sur terre et la tête dans les nuages ». Ce n’est qu’en montagne que cette expression peut véritablement s’avérer réaliste. Mieux encore pour les caresses de chaleur, le bronzage et d’autres joies, il devrait être question de bien avoir les pieds sur terre, mais la tête dans un ciel d’un bleu éclatant, passionnément barbouillé des puissants et tendres rayons du soleil. L’expérience qui se vit en randonnée est justement bien liée au dicton qui demande de garder pas à terre dans un réalisme du concret le plus primaire, essentiel à l’homme, tout en aspirant à la beauté d’une spiritualité autant onirique, dans ses images, que réelle dans sa transcendance en quête du bonheur, finalité de la vie humaine. Il est intéressant d’approcher une minimale compréhension de l’engouement pour ces titaniques roches, en premier lieu par une observation de celles-ci en soi dans leur royale puissance ainsi que dans leur rapport à l’homme qui les contemple et en second lieu par une enthousiaste considération de ce qui s’y vit.

Face à la montagne, de l’alpiniste au bébé, chacun se sent petit. De ses cimes qui grattent sensuellement et agréablement le dos d’un ciel couché, émane une majestueuse autorité mêlée de tendresse ; à les scruter, l’homme, du bas de sa plaine, retrouve une certaine humilité originelle qui consiste à regarder en levant la tête ; il est soumis tout en étant maître du cadeau de l’image de beauté naturelle qu’il reçoit en son regard d’enfant. Malgré son genre féminin, la montagne a quelque chose de paternel – en un sens plus « patriarcal » – dans son caractère ; elle est imposante, puissante et suscite à la fois admiration et crainte. C’est le cas pour la figure du père d’il y a deux ou trois générations – ou d’aujourd’hui dans des cas qui tendent à la rareté –, qui tout en aimant son fils d’un cœur débordant de douceur, lui enseignait un respect et une soumission incontestables, qui feraient de lui un homme fort, humble et dévoué du lendemain de son enfance. Il en est de même pour Monsieur l’Instituteur d’hier, qui par amour pour ses jeunes élèves les éduquait et leur enseignait un rigoureux et complet programme scolaire avec une exigeante autorité. Si la société, malheureusement ou heureusement, change, ce n’est pas le cas pour la montagne ; elle demeure toujours là, immuable, et continue d’éduquer l’homme à la modestie ainsi qu’au courage du dépassement de soi, pour ceux qui désirent s’y aventurer de roche en roche, d’étage en étage, mais aussi pour ceux qui ont encore l’audace de l’étonnement face à la délicate force de la nature. Continuer la lecture de Là-haut

« Stratégie de l’inespoir », une sublime lucidité

La richesse de la chanson française (1/6)

Le Regard Libre N° 13 – Jonas Follonier

Connaissez-vous Hubert-Félix Thiéfaine ? Né en 1948 dans le Jura français, véritable trésor de la chanson française de sa génération, Thiéfaine peut être considéré comme le maître absolu du mariage entre le rock (parfois dur) et la poésie française. Pour commencer ce feuilleton consacré à la richesse de la chanson française, nous nous intéresserons à son dernier album en date, Stratégie de l’inespoir, sorti en 2014.

Pesons nos mots : cet album est exceptionnel. C’est tout d’abord sa musicalité qui relève de l’exception. Arrangé et co-réalisé par son fils Lucas, cet opus déclaré disque d’or peu après sa sortie s’appuie sur des instrumentations qu’il fallait oser : moderne mais modeste, électrique mais esthétique, le genre de rock auquel nous avons affaire marque un grand pas dans la carrière de l’artiste, alors même que son dernier album avait reçu un succès fou. Faire mieux n’était pas gagné ! Le défi a été réussi. Continuer la lecture de « Stratégie de l’inespoir », une sublime lucidité

2016, une grande année pour la chanson française

Le Regard Libre N° 13 – Jonas Follonier

Nous voici plongés dans une année paire – à ce qu’on dit, ce sont les meilleures ! En tout cas, 2016 promet rien qu’en ce qui concerne la chanson française. En effet, c’est cette année que de grands artistes issus du terreau fertile 1965-1975 vont faire leur retour.

Tout d’abord, Michel Polnareff, auquel nous avions consacré cinq pages dans notre huitième édition, sortira un nouvel album en mars, son dernier remontant – tenez-vous bien – à 1990, soit il y a vingt-six ans. L’homme en rouge, qui contient les thématiques de notre édition spéciale « Noël 2015 », est le premier extrait de l’album et a déjà été dévoilé sur internet par l’artiste. Et Polnareff effectuera une grande tournée, avec deux dates en Suisse : le 28 mai à l’Arena de Genève et le 17 juillet à Sion. J’y serai ! Continuer la lecture de 2016, une grande année pour la chanson française

Noël optimiste (Rencontre avec Suzette Sandoz)

Le Regard Libre N° spécial « Langue française » – Sébastien Oreiller

Tout d’abord un grand merci à Mme Suzette Sandoz, ancienne conseillère nationale vaudoise, qui a gentiment accepté de répondre aux questions du Regard Libre pour son édition de Noël ! Durant cette entrevue, les questions ont tourné autour de trois thèmes : Noël comme fête religieuse, comme fête familiale et comme fête consumériste.

Sébastien Oreiller : Madame, que répondre à ceux qui trouvent que le rôle de Noël est déplacé, étant donné que beaucoup de gens ne croient pas en Dieu ? Peut-on partager des valeurs chrétiennes sans être croyant ?

Suzette Sandoz : Tout à fait. Noël est une fête de lumière et de générosité, y compris pour une personne qui n’en partage pas la raison d’être. C’est la célébration d’une naissance, reprise de la fête païenne de la lumière, la renaissance de la vie. Il s’agit donc d’une valeur tout à fait conciliable, même pour celui qui ne croit pas. Mais Noël, c’est aussi la fête de cette valeur éminemment chrétienne qu’est le don. Pour la population, cela se traduit par le fait d’offrir des cadeaux, indépendamment du consumérisme sur lequel nous reviendrons plus tard.

Selon vous, quelle est la place de Noël dans un Etat laïque ?

Noël est une fête ; si quelqu’un la refuse et préfère aller travailler, très bien ! Il n’y a aucun problème quant à cette célébration dans un Etat laïque : notre culture est marquée par le christianisme depuis deux mille ans. Les fêtes qui ont été instaurées sont devenues des jours fériés, ce qui a contribué, comme tout ce qui est chrétien par ailleurs, à une amélioration du sort des travailleurs. Quant à la polémique récente sur les cantiques de Noël en Italie, celle sur le crucifix ou les crèches, par exemple, j’appelle cela le syndrome de Palmyre, en référence aux destructions de Daesh. Il s’agit de renier toute culture, et nous faisons la même chose. Aujourd’hui, nous tendons à ne reconnaître l’importance de la culture qu’à partir du moment où elle est morte. Continuer la lecture de Noël optimiste (Rencontre avec Suzette Sandoz)

Alain Finkielkraut, itinéraire d’un essayiste singulier

Le Regard Libre N° 12 – Jonas Follonier

Alain Finkielkraut est né en 1949 de parents juifs polonais tous les deux rescapés de la Shoah. Naturalisé à l’âge de un an, il estime avoir une dette envers la France qui lui a permis, à travers l’école républicaine, de devenir français en recevant la culture de son pays d’accueil, et plus particulièrement la langue et la littérature françaises.

D’abord engagé en tant que maoïste puis en tant que gauchiste dans les années 60, Finkielkraut s’est toujours distingué du socialisme dans ce qu’il avait de subversif et de totalitaire. Il faut dire que sa vie intellectuelle ressemble à celle d’un de ses modèles, Charles Péguy, car, comme le dit Yann Moix en s’adressant à l’homme qui nous intéresse : « Péguy était socialiste tout seul, peut-être même le seul socialiste digne de ce nom pendant l’affaire Dreyfus, et comme Péguy a été récupéré par la droite et qu’il n’a jamais renié une ligne de son œuvre, vous vous identifiez un petit peu à lui. Parce que finalement dans son immobilité, il a eu toujours raison. »

A ses débuts, il publie deux ouvrages avec son ami Pascal Bruckner puis s’affirme comme essayiste à force de nombreux écrits, dont La défaite de la pensée fut le premier à avoir beaucoup de succès. Cet essai ainsi que les suivants, qui se comptent en dizaines, témoignent d’une profonde cohérence et bien qu’il n’ait pas vraiment érigé un système métaphysique comme l’ont fait Platon ou Descartes, Finkielkraut a néanmoins énoncé un certain nombre d’idées construites et argumentées. Continuer la lecture de Alain Finkielkraut, itinéraire d’un essayiste singulier

Noël 2015 vu par un théologien protestant (Rencontre avec Félix Moser)

Le Regard Libre N° spécial « Noël 2015 » – Jonas Follonier

Docteur en théologie de l’Université de Neuchâtel, Félix Moser a d’abord été pasteur et aumônier des prisons en France pendant quatre ans, puis pasteur dans le canton de Neuchâtel durant onze ans. Après avoir passé huit ans à la Faculté autonome de théologie de Genève, il est revenu à l’Université de Neuchâtel en tant que professeur. Voici notre entretien réalisé à la Faculté des lettres et sciences humaines de l’UniNE.

Jonas Follonier : Nous allons commencer par la question la plus importante : quelle est l’histoire de Noël et quelle est sa signification, pour le théologien que vous êtes ?

Félix Moser : Au départ, historiquement, les premiers chrétiens se sont rassemblés autour de ce qui était le noyau de la foi chrétienne, à savoir l’amour et la résurrection du Christ ainsi que le cycle festif de Pâques. La fête de Noël est vraiment tard venue puisqu’elle est intervenue au IVe siècle où elle s’est généralisée. Continuer la lecture de Noël 2015 vu par un théologien protestant (Rencontre avec Félix Moser)

François-Xavier Putallaz : « Noël passe aussi par les symboles »

Le Regard Libre N° spécial « Noël 2015 » – Loris S. Musumeci

François-Xavier Putallaz est professeur de philosophie à l’Université de Fribourg notamment, membre du Comité national d’éthique et membre du Comité international de bioéthique de l’UNESCO.

Loris S. Musumeci : Nous approchons de la grande fête de Noël. Les rues sont illuminées, les centres commerciaux se transforment en étouffants labyrinthes desquels on ne peut sortir tant que l’on n’a pas trouvé, haletant en folie, tous les cadeaux parfaits pour nos proches. Dans cette période d’affolement, il nous plairait de comprendre le véritable sens du Noël. Pourriez-vous nous décrire ce que cette fête est originellement ?

François-Xavier Putallaz : Noël est inouï ! La naissance d’un être humain, déjà, est magnifique, car c’est l’éclosion d’une vie nouvelle. Alors pensez : une seule fois dans l’histoire, un homme est né, dont la personne est Dieu lui-même. A Noël, Dieu est né en tant qu’homme. Celui qui n’a pas de commencement, Celui par qui tout a été fait, Celui qui tient toute chose au-dessus du néant, le voici qu’il naît petit enfant : pauvre, fragile et dépouillé. Noël, c’est ce mystère de l’amour. Comment ne pas le célébrer chaque année ? C’est l’événement le plus inouï de l’histoire humaine ! Continuer la lecture de François-Xavier Putallaz : « Noël passe aussi par les symboles »

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