« Le coeur en braille » ou l’échec de cette fin d’année

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Marie (interprétée par Alix Vaillot) est une jeune fille atteinte d’une maladie des yeux qui lui fait perdre progressivement la vue. Victor (interprété par Jean-Stan du Pac), un camarade de classe, est épris d’elle, même s’il met du temps à l’avouer. Lui n’a pas de problème de vue : il souffre plutôt de son incapacité à avoir des bonnes notes. S’installe alors une histoire d’amitié puis d’amour entre Victor et Marie, elle lui donnant des cours de soutien, lui l’aidant à cacher sa maladie pour pouvoir participer au concours dont elle rêve tant : une audition de violoncelle.

L’histoire s’annonce prenante, elle est d’ailleurs tirée d’un roman au même titre que le film. Or l’oeuvre qui nous est présentée sur les écrans depuis aujourd’hui possède tant de défauts que cela fait mal au coeur. La réalisation est ratée, voilà bien un constat qui met d’accord Le Monde, Télérama et la plupart des autres médias, auxquels s’ajoute Le Regard Libre.

Tout d’abord, le film met en scène des antagonismes beaucoup trop marqués : une riche et intelligente jeune fille tombe amoureuse d’un pauvre cancre. L’oeuvre signée Michel Boujenah est également trop centrée sur les enfants et leur innocence. Tout les adultes, à part peut-être l’ophtalmologue, apparaissent comme étant des personnes inintéressantes et qui ne comprennent pas la « vraie vie » : la musique et l’amour. Le père de Marie, incarné par Charles Berling, s’érige en prototype de ces adultes imbéciles. Or malgré ces choix artistiques discutables, le film aurait pu répondre aux exigences des cinéphiles contemporains.

Oui, mais… Que l’on se penche sur le scénario ou sur la musique, que l’on prenne en compte la dramaturgie du long-métrage ou la performance des acteurs, il faut bien avouer que nous avons affaire à de l’insipidité à l’état pur. Les mélodies ? Doucereuses, et non douces. Les dialogues ? Simplets, et non simples. Le jeu des acteurs ? Surjoué, et non surdoué. Tout semble concorder en une espèce d’autosatisfaction de la comédie dramatique française, comme si ce genre pouvait se suffire à lui-même et ne pas se remettre en question.

Ce résultat déçoit pour la simple et bonne raison que les thèmes abordés (la cécité progressive, l’amitié, le premier amour) constituent des sujets hautement passionnants et propices à mille et une approches artistiques. Au lieu d’explorer par exemple la piste d’une réflexion sur les rapports entre cécité et musique, le film se compose de lieux communs tels que : « C’est dans le regard qu’on voit qu’une femme est amoureuse ». Heureusement, la toute dernière scène sauve ce qui restait à sauver : Le coeur en braille détient une scène finale, une vraie, qui émeut et qui prend aux tripes. Rien que pour elle, je vous conseille donc malgré tout d’aller voir le film.

Ecrire à l’auteur : jonas.follonier@leregardlibre.com

Image : Alix Vaillot dans le rôle de Marie (© YouTube)

Laisser un commentaire