La civilité, condition de la civilisation

Le Regard Libre N° 25 – Jonas Follonier

En pleine période de débats autour de la notion de civilisation – ne pensons qu’au bruit médiatique et populaire que fait le dernier livre de Michel Onfray, Décadence –, un aspect semble avoir été oublié, délaissé, ignoré : la valeur de la civilité.

Outre le lien évident qui unit étymologiquement la civilisation à la civilité, ces deux notions entretiennent une relation bien plus profonde que celle de leur appellation : l’une ne semble pas pouvoir s’exercer sans l’autre, et inversement. Je dirais même que si la civilisation est bien sûr porteuse de civilité, la civilité constitue une condition sine qua non de la civilisation.

Beaucoup d’auteurs définissent à leur façon l’élément structurant qui a fait passer l’être humain de l’état de nature à l’état de société. La version d’Okakura Kakuzô me plaît particulièrement : « En offrant la première guirlande de fleur à sa compagne, l’homme primitif a transcendé la brute. Par ce geste qui l’élevait au-dessus des nécessités grossières de la nature, il est devenu humain. » En somme, l’humanité est née avec (et dans) l’art.

Mais peut-être pourrions-nous déjà entrevoir dans cette citation l’idée selon laquelle la civilité aurait une place importante dans l’avènement de l’Homme civilisé. En effet, un geste d’amour de l’homme envers la femme participe d’une conception plus globale de l’être humain : nous ne nous trouvons pas sur Terre pour tout entreprendre en vue de détruire nos adversaires. La loi du plus fort n’est pas notre loi ; un droit supérieur s’impose, obtenu par la raison. Et sans doute n’y a-t-il pas d’autre espèce au monde qui détient cette chance.

Une chance, certes, mais que l’être humain a su saisir et développer au fil des âges : soucieux de perfectionner les normes régissant la paix entre individus, l’Homme les a placées non seulement dans le domaine explicite du droit, mais aussi dans le domaine implicite des petits gestes au quotidien. Ce code social que nous nous sommes astreints à respecter, nous pouvons le nommer « civilité ». « Civilité » au sens large, incluant la politesse, la courtoisie, l’honnêteté et j’en passe.

Dans les doux temps où ces valeurs sont admises et appliquées par tous les membres d’un ensemble de sociétés, nous nous trouvons alors dans une civilisation. Aussi, si nous souhaitons échapper au déclin qui nous est présenté par nombre de penseurs actuels, ou si nous estimons que cette chute est irréversible mais que nous tenons tout de même à sombrer dignement, peut-être aurions-nous intérêt à faire preuve de plus de civilité dans nos rapports humains.

Soyons cordiaux, ne pensons pas que tout nous est dû, ne faisons pas trop de bruit dans les trains, et tout ira déjà bien mieux.

Ecrire à l’auteur : jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo : © arcturius.org

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