Le monde va-t-il aussi mal qu’on le pense ?

Le Regard Libre N° 33 – Clément Guntern

Il existe chez l’homme actuel une propension à penser que le monde, la société dans laquelle il vit, va au plus mal. Ce qu’il voit autour de lui ne le laisse guère accepter le contraire ; les guerres, les famines et la violence sont omniprésentes.

Il n’est pas nécessaire d’aller au bistrot pour l’entendre. Ce discours, si répandu dans les médias ou en politique, dépeint un monde empli de dangers et de catastrophes. Des intellectuels se mêlent aussi au concert des alarmistes se lamentant sur le monde dans lequel nous vivons. Des personnalité dont nous attendrions d’avoir la capacité d’analyser les problèmes contemporains se laissent dicter leurs propos par les sentiments du moment, tel l’ancien chef d’état-major des armées des États-Unis qui parlait il y a trois ans d’un monde qui n’avait « jamais été aussi dangereux qu’aujourd’hui ».

Peut-on effectivement dire que notre Terre n’a jamais si mal tourné ? Nous allons tenter d’apporter quelques éléments de réponse à cette grande question, en observant à cette fin quelques facteurs-clés sur l’état du monde. Nous nous baserons sur plusieurs mesures telles que les guerres, la pauvreté, la démocratie ou la violence, pour dresser un bilan sommaire de notre époque.

Nous n’avons jamais eu si peu de violence

Nous nous imaginons souvent, en particulier en voyant la situation au Moyen-Orient et les guerres qui s’y déroulent, que le nombre et la force des conflits a empiré. Pour se rendre compte de la mauvaise perception des événements, il suffit de regarder l’évolution du nombre de morts lors de conflits chaque année depuis 1945. Le résultat est sans équivoque : nous n’avons jamais eu un nombre aussi bas de morts. Alors que beaucoup pensent que nous vivons dans le chaos, comment ne pas comparer notre situation à celle des années soixante qui ont vu dans la même décennie la guerre du Vietnam (deux à cinq millions de morts), la guerre du Biafra (un à deux millions de morts) ou encore la guerre d’Algérie (quelques centaines de milliers). Nous pourrions donner d’autres exemples, mais l’analyse historique est claire : le monde s’est pacifié en comparaison avec les époques antérieures.

De plus, pour mesurer la violence entre les personnes et non pas entre Etats ou groupes politiques, nous pouvons considérer le nombre d’homicides dans le monde. En moyenne, ceux-ci reculent au niveau mondial et sont même en chute libre dans les pays occidentaux. Pour autant, puisque nous parlons de moyenne, nous cachons des situations où le nombre de meurtres a augmenté ces dernières années, liés, comme par exemple au Mexique, aux trafics de drogue. Néanmoins, malgré l’augmentation de ces dernières années dans certains pays, celle-ci ne nous empêche pas de constater tous les progrès faits depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La même évolution est observée pour les violences faites aux femmes et aux enfants.

Un développement de la démocratie

Un autre signal positif que nous pouvons relever est le taux de démocratisation dans le monde. En effet, malgré la propagation des autocraties durant la guerre froide, le nombre et la qualité des démocraties n’ont eu de cesse d’augmenter depuis les années septante. Même s’il existe des contre-exemples comme les régimes semi-autoritaires ou hybrides qui se développent en certains endroits tels que la Turquie, la Russie ou la Chine, ces régimes ne sont en aucun cas comparables à leurs prédécesseurs comme la Chine de Mao et l’URSS, qui étaient des pays totalitaires d’une grande violence. En résumé, la démocratie subit certes un ralentissement dans sa propagation, mais parler d’un retour en arrière serait totalement exagéré.

Plus ou moins de pauvreté ?

La pauvreté, qui est un phénomène très complexe et dont la réalité au niveau mondial est difficile à quantifier de manière générale, est mesurée différemment selon les organisations internationales. En suivant l’indice de la Banque Mondiale qui place le seuil de pauvreté à 1,90 dollars par jour (avec des ajustements selon le coût de la vie dans le pays), il ressort que la proportion de la population sous ce seuil n’a cessé de diminuer de 40% en 1960 à 10% aujourd’hui.

Le problème se situe dans la répartition de la pauvreté qui se concentre en Afrique subsaharienne. Or de manière générale, que l’on prenne un seuil ou un autre, il est manifeste que de très importants progrès ont été réalisés dans le combat contre la pauvreté. Le scandale se situe ici dans le fait que l’écrasante majorité de nos opinions occidentales estime que la pauvreté s’est aggravée ou a stagné ces dernières années.

Le grand décalage, particulièrement manifeste concernant la pauvreté, entre les faits et leur perception par l’opinion, se retrouve dans tous les exemples que nous avons cités. Cette différence n’est-elle pas à chercher du côté de l’information, qui a subi une mue tout à fait impressionnante depuis l’arrivée d’Internet ? Nous sommes devenus les spectateurs de tous les événements majeurs ou mineurs de notre temps, ce dans un temps record et par une multitude de sources. Cette quantité d’informations n’a jamais été atteinte auparavant et nous permet d’avoir une vision plus complète de notre monde. Cependant, comme jamais nous n’avons pu assister aussi précisément à toutes les catastrophes et les guerres de notre époque, nous sommes persuadés que le monde est plus dangereux que jamais. Les médias, qui nous donnent en spectacle des événements terribles mais qui pourtant ne reflètent que très partiellement la situation et sa gravité, devraient remplir ce rôle de filtre d’information.

Il ne s’agit nullement de faire ici les candides face à l’évolution de notre monde, mais plutôt à la fois d’élargir notre regard sur l’actualité et pondérer nos conclusions à la lumière de l’histoire. Quelle petitesse d’esprit que de parler d’un monde plus dangereux que jamais alors qu’il suffit d’étendre sa vision pour remettre à sa proportion l’importance des événements contemporains. Il ne faut pas croire que tous nos problèmes vont se résoudre ou que tout est parfait. Il est même certaines situations inédites dans l’histoire de l’humanité qui se déroulent sous nos yeux, et nous devons tout mettre en œuvre pour les combattre. Pourtant, il est du devoir de tous et des médias en particulier de se baser sur des évaluations factuelles de notre monde. Non seulement nous nous approcherons un peu plus de la vérité, mais nous permettrons également de mieux combattre les fléaux de cette planète en les connaissant mieux.

Ecrire à l’auteur : clement.guntern@leregardlibre.com

Crédit photo : © Paris Match

Une réflexion sur « Le monde va-t-il aussi mal qu’on le pense ? »

  1. merci! oui, il ne s’agit pas de faire le béni oui-oui content de tout, mais bien de se dire que les efforts payent, en fait… et sans minimiser les problèmes actuels, se dire que l’on PEUT les surmonter et avancer… donc encourager les efforts, ne pas baisser les bras, reconnaître les avancées. Je trouve cela plus efficace que le discours des éternels revendicards qui trouvent qu’on n’en fait jamais assez et critiquent tout systématiquement.

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s