« Unicórnio », un film unique

Festival International de Films de Fribourg – Jonas Follonier

« Es-tu triste ?
– Non, je suis seule. »

En 1818, quelque deux mille Suisses dont huit cents Fribourgeois ont traversé l’Océan pour aller fonder Nova Friburgo, une ville importante actuellement dans l’Etat de Rio de Janeiro. Deux cents ans plus tard, le Festival International de Films de Fribourg (FIFF) a décidé de mettre notamment le Brésil dans ses pays d’honneur. Ce pays recèle un cinéma important, et le premier film que nous avons vu pour notre couverture du festival est l’un d’entre eux : Unicórnio.

Il s’agit d’une des premières œuvres que le comité de sélection a visionnées, et à en croire le présentateur de la projection, le jury a tout de suite été séduit par la dimension poétique et originale de ce long-métrage. Le Regard Libre suit l’équipe du FIFF dans son enthousiasme quant à ce candidat pour la catégorie internationale des longs-métrages. Quoique peut-être trop particulier pour être rassembleur, Unicórnio captive par son esthétique et sa symbolique.

Une lenteur qui change

Une jeune fille est allongée sur le dos, à la campagne. Elle ouvre une belle et grande grenade, dont elle tripote ensuite les graines. Puis, des fourmis apparaissent en gros plan sous l’œil curieux de la fille. La couleur du film, au sens littéral, est donnée d’emblée : pour les scènes qui se passent dans la campagne, ce sera du vert éclatant, presque irréel, du jaune et du brun, en contraste avec des scènes se passant dans une salle blanc sale, où la jeune fille discute avec son père. C’est d’ailleurs leurs voix que l’on entend à la toute première minute, avec beaucoup d’effets de réverbération.

Dans le temporalité des scènes campagnardes, la fille a treize ans. Elle vit avec sa mère dans un lieu isolé de tout et attend le retour de son père. Le décor semble tiré tout droit d’un conte féérique : c’est précisément le cas, puisque le film se base sur deux nouvelles écrites par la poétesse brésilienne Hilda Hilst. L’esthétique du long-métrage s’accompagne d’une caméra extrêmement lente et n’hésitant pas à étendre sur plusieurs minutes un plan centré sur un personnage, une pièce ou même un objet.

Un silence roi, lié lui aussi à cette lenteur, ainsi qu’une musique contemplative sont contrebalancés par des bruits saccadés marquant le passage aux scènes de discussion entre la fille et son père et à des moments clefs, ceux où la licorne apparaît.

La licorne, quel symbole ?

Mais que peut bien signifier cette licorne que la jeune fille va découvrir dans la forêt et à laquelle elle va rendre visite ? Cette question taraude les spectateurs rationnels que nous sommes, mais heureusement, c’est d’ailleurs la première à être posée au réalisateur après la séance. Nous n’allons pas dévoiler sa réponse ici, afin de laisser le public se faire son propre avis, car le film va être encore projeté à Fribourg de mardi à jeudi.

Une chose est sûre, ce genre de cinéma va puiser par des procédés singuliers des réalités beaucoup plus intimes que celles pointées par les comédies et les drames « mainstream ». Quand à l’agitation succède le calme, c’est un moment privilégié qui nous est proposé.

« Je crois que Dieu est méchant.
– Non, bien sûr que non. Il y a le soleil, la mer, …
– Il n’y a pas que ça. »

Ecrire à l’auteur : jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo : © Unicórnio

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