Du grand art avec « Cornélius, le meunier hurlant »

Neuchâtel International Fantastic Film Festival – Jonas Follonier

Le mythe du loup-garou revisité en un conte hilarant, puisant dans diverses traditions : projeté dans la catégorie des « Films of the Third Kind » du NIFFF, Cornélius, le meunier hurlant est le premier long-métrage de Yann Le Quellec. Une œuvre complète et virtuose.

Cornélius (Bonaventure Gacon) arrive dans un hameau tranquille perdu au milieu de nulle part pour retaper son vieux moulin, situé en surplomb du bourg. Les grains de farine du drôle de bonhomme sont vite appréciés, mais c’est son grain de folie qui va bientôt mettre en rogne les villageois. L’homme hurle la nuit, tel un loup. Seule une personne défend celui que les enfants du coin appellent Cornichon : la spécialiste en potagers, la belle et tendre, la divine, la fragile et rayonnante, la douce et captivante Carmen, dont Cornélius tombe amoureux, comme moi, puisque la femme en question est incarnée par Anaïs Demoustier et que je m’enflamme pour elle à chacun de ses rôles.

Imaginons cependant un monde possible où le film n’aurait pas compté sur cette actrice : le film m’aurait aussi plu. Tout, absolument tout relève du bon goût dans Cornélius, le meunier hurlant, alors même que c’est le comique de geste qui est à l’honneur. Il y a du noble dans le populaire, du très noble. C’est ce cinéma universel qui ouvre les portes de l’imaginaire, nous purifie, nous fait nous reconnaître dans les personnages, nous dépayse, nous ennuie pour ensuite nous émerveiller.

Génie français et mélange des genres

Un film loufoque, un conte fantastique, une comédie dramatique, que de qualificatifs incomplets siéraient à Cornélius, le meunier hurlant. Du cinéma français, voilà l’expression à utiliser si nous voulons résumer ce film en deux mots seulement pour recouvrir l’essentiel de ses caractéristiques. Oui, car le cinéma français a un génie qui lui est propre. Le génie de sa comédie dramatique, de ses acteurs, de ses génériques, de son ambiance, des émotions qu’il suscite. Et voilà qu’éclot un nouveau venu issu de cette tradition mais totalement unique en son genre.

Avec Cornélius, Yann Le Quellec signe d’ailleurs son premier film. L’idée lui est venue d’adapter le roman éponyme de l’auteur finlandais Arto Paasilinna. A l’issue de la séance, le réalisateur explique à quel point il était important pour lui de marier plusieurs univers : un décor faisant penser à du western mais un tournage en Occitanie dans le Cirque de Navacelles, avec les habitants du village comme figurants ; un refus du naturalisme, du réalisme ; une exploitation des savoir-faire dans les domaines du cirque (milieu d’où vient Camille Boitel qui incarne le commis d’épicerie), de l’artisanat (des plans de Léonard de Vinci ont servi à la construction du moulin), du sport ou encore de la musique.

La musique, parlons-en : on aura apprécié les excellents génériques de début et de fin avec la voix d’Iggy Pop (oui !) se mariant à celle d’Anaïs Demoustier sur les compositions de Martin Wheeler. Yann Le Quellec explique au public que l’idée de solliciter Iggy Pop lui est venue après avoir entendu la chanson Les Passantes de Brassens interprétée par le rockeur avec son gros accent et son imaginaire américain ; fait surréaliste, tout autant que le film, cette version-là des Passantes avait retenu mon attention hier soir au festival alors que je commandais un verre. Quoi qu’il en soit, quel bon choix de la part du réalisateur français pour appuyer le côté « ailleurs » et « local » en même temps.

Au niveau des thématiques, il y aurait également tant à dire. Nous avons affaire à la fois à un étranger qui cherche à s’intégrer dans une communauté – problématique ô combien actuelle – et à un film sur le chagrin, la solitude et l’amour, sous fond de rapport à la nature et à l’animalité. Mais le plus beau, c’est que tout cela est amené avec humour et humanité. Ce film, c’est un Kusturica à la française. Une série d’acrobaties loufoques et de fulgurances lyriques. Un conte essentiel, incontournable. Courez-y ce samedi 14 juillet à 12h30 au cinéma Rex, à Neuchâtel.

CORNELIUS, LE MEUNIER HURLANT (Yann Le Quellec) – NIFFF – Films of the Third Kind
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Virginia Eufemi
Thierry Fivaz
Jonas FollonierFFFFF
Hélène Lavoyer

Ecrire à l’auteur : jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo : © NIFFF

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