«Jojo Rabbit»: petit nazi fanatique et drôle

Les mercredis du cinéma – Antoine Bernhard

Le jeune Johannes Betzler, grand admirateur du Führer dont il s’est fait un ami imaginaire, appartient à la Hitlerjugend. Sa mère, du nom de Rosie, l’élève seule tout en menant des actions de résistance. Un jour, Jojo entend du bruit à l’étage. Il découvre avec stupéfaction que sa mère cache une jeune Juive du nom d’Elsa Korr. Quelque temps plus tard, Rosie, arrêtée par la Gestapo, est pendue en place publique. De cette situation découle le reste du film dans une oscillation entre guerre et liberté, humour et drame, innocence et endoctrinement.

Un film varié

Jojo Rabbit se veut avant tout une comédie. Le film de Taiki Waititi s’inscrit en ce sens dans la grande tradition des films comiques traitant de la Deuxième Guerre mondiale. L’humour, souvent poussé jusqu’à l’absurde, n’est pas sans soulever quelques bons fous rires dans la salle. Les personnages sont caricaturés, les situations sont exagérées. Ce travail sur les clichés permet de rendre habilement l’horreur des situations décrites tout en conservant un côté léger et divertissant. Malheureusement, à force de surenchérir, l’humour en devient parfois lourd et grossier. Certaines scènes, d’un humour de mauvais goût, laissent une désagréable sensation de vide.

Au-delà du comique, le film explore plusieurs domaines. Tout d’abord, la scène où Jojo rencontre Elsa. De façon étonnante et maladroite, le réalisateur utilise les codes du film d’horreur. L’hiatus entre cette scène et le reste du film laisse dubitatif quant à la pertinence de ce choix. D’autant plus que cette scène n’apporte pour ainsi dire rien à la compréhension du film.

Un fond sérieux

En deuxième lieu, et avec beaucoup plus d’habileté, Taiki Waititi explore le genre du drame. La mort de la mère comme la révolte du garçon qui tente de tuer Elsa ne laissent pas indifférent. C’est grâce à ce dialogue entre humour et drame que le film aborde des sujets de fond très intéressants.

L’un des thèmes principaux traités dans le film est l’endoctrinement des jeunes dans la Hitlerjugend. Les scènes de camp, au début du film, sont sans doute les plus intéressantes. Dans la tension entre comique et horreur, on y perçoit la réelle tragédie que fut l’endoctrinement de la jeunesse allemande pour la préparer à servir le IIIe Reich. On passe plusieurs minutes à rire, mais l’on rit face à des enfants qui apprennent à attaquer, à tuer, en somme à faire la guerre pour un régime dont on connaît aujourd’hui les méfaits. N’est-ce pas étrange? Quoi qu’il en soit, le cadre du film est posé, le spectateur doit se positionner.

Hitler pour ami

Durant tout le film, Jojo a sans doute le plus étrange des amis imaginaires: Adolf Hitler. Cet ami représente en fait la conscience idéologique de Jojo, une sorte de surmoi fasciste. Il est aussi celui qui soutient Jojo dans les difficultés, celui qui donne espoir et force, à l’image du Führer en personne qui donna force et espoir à tout le peuple allemand dans les années trente.

Jojo est d’abord un vrai «fanatique», puis, au fil de l’histoire et de sa relation avec Elsa, il s’émancipe peu à peu de l’idéologie qu’on lui a inculquée et finit par tuer son ami imaginaire. La figure d’Hitler est très intéressante en ce qu’elle illustre ce que pouvait être l’endoctrinement fasciste. Elle sert également la confrontation tragique entre l’innocence de l’enfance et la barbarie du totalitarisme, même si film se termine sur un happy end presque romantique.

Pour finir, Jojo Rabbit mérite assurément d’être visionné. S’il n’est pas bouleversant, il n’en demeure pas moins touchant et franchement drôle. Il soulève des problématiques très intéressantes, certes avec légèreté, mais n’est-ce pas une part importante du travail de mémoire?

Ecrire à l’auteur: antoine.bernhard@leregardlibre.com

Crédit photo: © Twentieth Century Fox

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