«Unbelievable»: puisque l’on vous dit que cette histoire est vraie…

Le Netflix & chill du samedi – Lauriane Pipoz

Unbelievable vous raconte en huit épisodes une invraisemblable affaire de viols en série presque parfaits. Aux Etats-Unis, un criminel méticuleux trouve le moyen de tirer profit des dysfonctionnements du système policier. Ajoutez-y une victime peu crédible, une immense coïncidence et des enquêteurs fins psychologues: avec un peu de suspense, voilà tous les ingrédients pour une bonne série. Mais cet article va vous convaincre qu’elle est vraiment excellente.

Commençons par le commencement: si cette mini-série en a tous les ingrédients, il ne s’agit pas d’une série policière. L’enquête policière sert de fil rouge à la présentation d’autres thèmes. Comment? A travers l’histoire de Marie, la première victime, et en partie grâce à son point de vue: des flashbacks violents et des images provenant de son imagination initient le spectateur aux conséquences traumatiques du viol. Mais son passé resurgit: de victime, elle devient coupable. Coupable de faux témoignage.

L’un des desseins est donc de montrer la violence du moment après le viol: le personnel soignant de l’hôpital est déshumanisé par des cadrages ne montrant que leurs manipulations et une Marie désespérée doit raconter encore et encore son histoire sous nos yeux. A cette double-épreuve – le viol, puis sa dénonciation –, un panel de réactions est bien sûr possible. Ce qui est mis en évidence par un contraste total et très réussi entre les deux premières victimes. Et qui nous amène au second thème: informer sur ces réactions possibles et le manque de crédibilité des victimes. Puisqu’aux Etats-Unis, seuls 5% des plaintes pour viol aboutissent.

Une série féministe?

La série de Michael Chabon, Susannah Grant et Ayelet Waldman a été presque unanimement traitée dans la presse – et par les algorithmes Netflix – comme une série féministe. Mais c’est réducteur. Comme le note Susannah Grant dans l’une de ses interviews, des hommes aussi subissent des violences sexuelles qui ne seront pas poursuivies. Le but n’est pas de dénoncer le manque de crédibilité des femmes, mais le peu de bienveillance qui entoure les victimes, ainsi que le manque de coopération entre les services de police.

Certes, les personnages principaux – Marie et deux enquêtrices – sont des femmes et une scène montre des enquêtrices partageant des renseignements utiles autour d’un billard. Mais si nous nous focalisons uniquement sur ces éléments, la série manque sa cible! Les qualités communicationnelles, considérées traditionnellement comme féminines, ne sont pas seulement l’apanage des personnages féminins dans cette série. Malheureusement, les critiques ont sciemment choisi d’évincer les personnages de l’agent du FBI offrant son aide ou du policier grâce auquel les deux enquêtrices vont se rencontrer – parmi d’autres.

Est-ce réellement un service à rendre au féminisme? Le message est ici bien plus fin: ensemble, on est plus forts. Et surtout mieux renseignés.

Le meilleur pour la fin

Mais l’argument décisif faisant de cette mini-série une série exceptionnelle, c’est sa justesse. Pas de surjeu, de séquences pathétiques ou d’imprécisions: on ne cherche pas à en mettre plein les yeux, chaque plan est calculé pour taper juste. A l’image des séries Netflix, on retrouve un agencement totalement épuré : peu de musique, de plans ayant seulement une visée esthétique ou d’acteurs prenant trop de place. Mais contrairement à beaucoup de ce qui se trouve sur la plateforme américaine, nous ne nous trouvons pas dans du pur divertissement: mis à part quelques traits d’humour, les moments vraiment légers apparaissent au compte-goutte. Seule la vie de famille fonctionnelle et rassurante de l’une des enquêtrices paraît agir comme une soupape pour faire redescendre la pression.

La raison de ce sérieux? Etre fidèle à une histoire subjective, mais basée sur des faits réels. Racontés par la véritable Marie et les deux enquêtrices ayant arrêté son violeur, ils ont été collectés par deux journalistes en 2015, qui ont remporté le prix Pulitzer. Cette même Marie a œuvré comme productrice exécutive de la série. Pour partager son histoire et montrer que, parfois, l’explication la plus simple n’est pas la meilleure. Sans quoi les critiques de cinéma auraient aussi moins à raconter, à analyser, à creuser. Nous recherchons la finesse; nous la trouvons avec Marie et histoire, avec Unbelievable.

Ecrire à l’auteur: lauriane.pipoz@leregardlibre.com

Crédit photo: © Netflix

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