Pour une démocratie directe de qualité (Rencontre avec Tibère Adler)

Le Regard Libre N° 14 – Jonas Follonier

Nous retournons ce mois-ci vers des horizons libéraux avec le directeur romand d’Avenir Suisse, qui propose de réformer le droit d’initiative pour améliorer la qualité de notre démocratie. Après des études de droit à l’Université de Genève, Tibère Adler a exercé la fonction d’avocat et de manager. Il est le directeur romand d’Avenir Suisse depuis 2014.

Jonas Follonier : Pouvez-vous nous présenter la fondation Avenir Suisse ?

Avenir Suisse est un think tank, un laboratoire d’idées. Plus précisément, nous sommes un institut de recherche privé à but non lucratif. Notre mission est de proposer des études prospectives sur l’avenir notamment économique de la Suisse. Nos études se veulent objectives et sont très orientées vers les chiffres. Nous nous réclamons de valeurs libérales, dont la plus importante est la liberté ainsi que la responsabilité qui lui est consubstantielle. Nous souhaitons que les individus et les entreprises déterminent eux-mêmes leur existence et assument les conséquences de leurs choix. Continuer la lecture de Pour une démocratie directe de qualité (Rencontre avec Tibère Adler)

Pensées journalistiques (3/3)

Un article inédit de Loris S. Musumeci

Assurément, le délectable et fin art d’écrire n’a pas disparu. Comme nous l’évoquâmes tantôt, la Toile a détérioré la qualité du journalisme en général, néanmoins elle ne l’a de loin pas détruite. Au crépuscule d’une grandeur, on se prépare déjà à l’aurore d’une immensité. J’évoque une sentence personnelle au caractère typique pour proclamer l’espérance, parce que je crois profondément que, malgré un actuel affaiblissement amer de la pratique de la langue française, et cela se remarque jusque dans les journaux au quotidien, tout se prête à prendre conscience de ce défaut littéraire. Les amants du beau langage sauront tenter d’y remédier ; c’est d’ailleurs déjà le cas chez les véritables hommes de culture d’aujourd’hui. Il en va de même pour ce qui concerne l’engagement honnête et entier que l’on observa chez un Zola dreyfusard ou un Camus résistant. Existe encore, en effet, le philosophe qui serait prêt à donner sa vie pour ses idées, subissant une multitude de blâmes, mais quelques reconnaissances méritées et réconfortantes aussi.

J’aimerais rendre hommage ici à un homme qui, face à des railleries constantes, sut humblement répondre avec grande justesse : « Je suis un homme amoureux, j’ai des amis que j’admire et un fils qui a pris son envol. Comme disait mon père : que demande le peuple ? ». Ces paroles furent prononcées sur le plateau télévision de Des paroles et des actes du 21 janvier 2016 sur France 2, alors que l’on avait dit de lui, par provocation, qu’il aimait le malheur ; en d’autres termes, que ce n’était qu’un vieil aigri tourmenté, comme on a l’habitude de le désigner en ricanant. Il s’agit d’Alain Finkielkraut. Il me plairait de livrer ici un de ses articles qui, à la manière de nos deux articles historiques, témoigne d’un profond ancrage dans le débat d’idées enveloppé d’un style attentionné. Ce dernier parut dans le journal Libération du 9 septembre 2014. Notre philosophe s’immergea dans la plume du Président François Hollande. Voici l’intégralité de l’article : Continuer la lecture de Pensées journalistiques (3/3)

Islam et islamisme

Le Regard Libre N° 14 – Jonas Follonier

« Pas d’amalgame  » nous souffle-t-on sans arrêt dans les oreilles depuis les attentats. Bien sûr, il ne faut pas faire d’amalgame : il y a beaucoup de musulmans qui ne sont pas des islamistes. Mais tous les islamistes sont musulmans, ne serait-ce que par définition.

L’idée répandue dans les médias selon laquelle « l’islamisme n’a rien à voir avec l’islam » est on ne peut plus fausse. L’islamisme est né dans le terreau de l’islam. D’autres facteurs viennent bien sûr alimenter le succès du djihad, comme la crise culturelle et spirituelle que traverse l’Europe actuellement et la perte de repères.

Il reste néanmoins que l’islamisme radical est un islam littéral. Continuer la lecture de Islam et islamisme

Pensées journalistiques (2/3)

Un article inédit de Loris S. Musumeci

Avant que d’élucider les mystères et les raisons de ce qui fait aujourd’hui le bon journalisme par la sauvegarde d’une identité imprégnée et d’une écriture authentique, il est intéressant de témoigner brièvement de la presse d’hier. Effectivement, il est bel et bon d’invoquer et de vanter une « culture littéraire » au sein d’un journal, mais sans extraire de l’Histoire quelque article des plus marquants à ce sujet, le propos n’a que peu de puissance ; sans être vain néanmoins, le travail n’est, en un certain sens, que réalisé à moitié.

C’est pourquoi, en guise d’illustration, le fameux « J’accuse… ! », article pamphlétaire d’Emile Zola sur l’affaire Dreyfus, un des plus célèbres de la presse française et même mondiale, rend compte d’un journalisme vraiment littéraire. Celui-ci, pour le replacer dans son contexte, fut publié dans L’Aurore, quotidien de l’époque, du 13 janvier 1898 sous la forme d’une lettre publique et ouverte au Président de la République Félix Faure, afin de prendre la défense d’Alfred Dreyfus, un capitaine d’origine juive qui subit une accusation en 1894 pour trahison et complot avec l’Empire allemand – il est clairement condamné pour avoir livré des documents secrets aux Allemands –, dans un contexte d’antisémitisme fort et grandissant. Continuer la lecture de Pensées journalistiques (2/3)

Pensées journalistiques (1/3)

Article inédit – Loris S. Musumeci

A l’heure où la Toile Universelle – autrement dit : « Internet » – est devenue la capitale du journalisme, les changements affectant ce dernier ne parviennent pas sans se faire remarquer ; mais touchent-ils véritablement à son essence même ? De fait, on pourrait croire qu’il s’agit seulement d’une modification de son support ; en d’autres termes, le changement serait de l’ordre de la forme sans concerner le fond, bien que les deux soient de toute façon liés.

Une telle supposition semble évidemment fausse ; en effet, suffit-il de naviguer quelque peu sur les vagues rapides, imprévisibles, sensationnelles et fulgurantes de l’océan infini du dieu « Web » pour noter aisément une insécurité, certaine cette fois-ci, de la véracité de l’information sur les sites sans garantie extérieure du monde virtuel. J’exprime par là, en ce qui concerne les journaux, ceux qui n’ont notamment aucun fondement historique, ou qui n’ont pas une édition de papier qui garantirait une certaine légitimité de l’information. Continuer la lecture de Pensées journalistiques (1/3)

La Suisse et ses achats en ligne

Le Regard Libre N° 13 – Nicolas Jutzet

Les sites web suisses de vente en ligne ? Il en existerait plus de 10’000. En 2015, 4,7 millions de Suisses ont effectué des commandes en ligne pour quelque 9,1 milliards de CHF. Déjà bien développée dans le secteur du tourisme, la numérisation s’attaque désormais au commerce de détail. Dans ce domaine, en 2014, l’online-shoping représentait 5,1 % du chiffre d’affaire total. On annonce une nette progression pour 2015. Loin d’être passager, le phénomène va s’inscrire sur la durée. Les prévisions s’accordent à dire que d’ici 2020, la part du e-commerce va au minimum doubler. Une véritable révolution est en marche.

Quelles sont les raisons profondes de cette migration vers l’online-shop au détriment des points de vente habituels ? Et les conséquences ? La disparition des commerçants ? Sortons-nous gagnants sur toute la ligne ? Continuer la lecture de La Suisse et ses achats en ligne

« Pour que tout reste comme avant, il faut que tout change »

Le Regard Libre N° 13 – Sébastien Oreiller

Inspiré du roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, Le Guépard est sûrement l’une des créations iconiques du cinéaste italien Luchino Visconti, un film de 1963 comme on n’en fait plus, 205 minutes de chef d’œuvre. Une bande son de Nino Rota et un casting de rêve : Burt Lancaster dans le rôle du prince de Salina, Alain Delon dans celui de Tancredi, Claudia Cardinale pour Angelica, et la Sicile, immortelle, en 1860 comme aujourd’hui. Car c’est bien dans la tourmente de l’unification italienne que s’ouvre le film.

Don Fabrizio Corbera, prince de Salina, c’est lui, le Guépard, dur et serein face à la révo-lution, mais c’est aussi l’auteur, Tomasi, et, dans une certaine mesure, Visconti lui-même. Comme dans tous ses films, comme dans Les Damnés, Ludwig ou le Crépuscule des Dieux et tant d’autres, le thème de la décadence d’une aristocratie obsède le cinéaste-prince milanais, devenu militant rouge. C’est tout un monde qui s’effondre avec la chute du royaume des Bourbons, quand le trouble Don Calogero, un paysan enrichi, parvient à fiancer sa fille Angelica au neveu du prince, Tancredi Falconeri. Continuer la lecture de « Pour que tout reste comme avant, il faut que tout change »

Là-haut

Le Regard Libre N° 13 – Loris S. Musumeci

« Les pieds sur terre et la tête dans les nuages ». Ce n’est qu’en montagne que cette expression peut véritablement s’avérer réaliste. Mieux encore pour les caresses de chaleur, le bronzage et d’autres joies, il devrait être question de bien avoir les pieds sur terre, mais la tête dans un ciel d’un bleu éclatant, passionnément barbouillé des puissants et tendres rayons du soleil. L’expérience qui se vit en randonnée est justement bien liée au dicton qui demande de garder pas à terre dans un réalisme du concret le plus primaire, essentiel à l’homme, tout en aspirant à la beauté d’une spiritualité autant onirique, dans ses images, que réelle dans sa transcendance en quête du bonheur, finalité de la vie humaine. Il est intéressant d’approcher une minimale compréhension de l’engouement pour ces titaniques roches, en premier lieu par une observation de celles-ci en soi dans leur royale puissance ainsi que dans leur rapport à l’homme qui les contemple et en second lieu par une enthousiaste considération de ce qui s’y vit.

Face à la montagne, de l’alpiniste au bébé, chacun se sent petit. De ses cimes qui grattent sensuellement et agréablement le dos d’un ciel couché, émane une majestueuse autorité mêlée de tendresse ; à les scruter, l’homme, du bas de sa plaine, retrouve une certaine humilité originelle qui consiste à regarder en levant la tête ; il est soumis tout en étant maître du cadeau de l’image de beauté naturelle qu’il reçoit en son regard d’enfant. Malgré son genre féminin, la montagne a quelque chose de paternel – en un sens plus « patriarcal » – dans son caractère ; elle est imposante, puissante et suscite à la fois admiration et crainte. C’est le cas pour la figure du père d’il y a deux ou trois générations – ou d’aujourd’hui dans des cas qui tendent à la rareté –, qui tout en aimant son fils d’un cœur débordant de douceur, lui enseignait un respect et une soumission incontestables, qui feraient de lui un homme fort, humble et dévoué du lendemain de son enfance. Il en est de même pour Monsieur l’Instituteur d’hier, qui par amour pour ses jeunes élèves les éduquait et leur enseignait un rigoureux et complet programme scolaire avec une exigeante autorité. Si la société, malheureusement ou heureusement, change, ce n’est pas le cas pour la montagne ; elle demeure toujours là, immuable, et continue d’éduquer l’homme à la modestie ainsi qu’au courage du dépassement de soi, pour ceux qui désirent s’y aventurer de roche en roche, d’étage en étage, mais aussi pour ceux qui ont encore l’audace de l’étonnement face à la délicate force de la nature. Continuer la lecture de Là-haut

« Stratégie de l’inespoir », une sublime lucidité

La richesse de la chanson française (1/6)

Le Regard Libre N° 13 – Jonas Follonier

Connaissez-vous Hubert-Félix Thiéfaine ? Né en 1948 dans le Jura français, véritable trésor de la chanson française de sa génération, Thiéfaine peut être considéré comme le maître absolu du mariage entre le rock (parfois dur) et la poésie française. Pour commencer ce feuilleton consacré à la richesse de la chanson française, nous nous intéresserons à son dernier album en date, Stratégie de l’inespoir, sorti en 2014.

Pesons nos mots : cet album est exceptionnel. C’est tout d’abord sa musicalité qui relève de l’exception. Arrangé et co-réalisé par son fils Lucas, cet opus déclaré disque d’or peu après sa sortie s’appuie sur des instrumentations qu’il fallait oser : moderne mais modeste, électrique mais esthétique, le genre de rock auquel nous avons affaire marque un grand pas dans la carrière de l’artiste, alors même que son dernier album avait reçu un succès fou. Faire mieux n’était pas gagné ! Le défi a été réussi. Continuer la lecture de « Stratégie de l’inespoir », une sublime lucidité

2016, une grande année pour la chanson française

Le Regard Libre N° 13 – Jonas Follonier

Nous voici plongés dans une année paire – à ce qu’on dit, ce sont les meilleures ! En tout cas, 2016 promet rien qu’en ce qui concerne la chanson française. En effet, c’est cette année que de grands artistes issus du terreau fertile 1965-1975 vont faire leur retour.

Tout d’abord, Michel Polnareff, auquel nous avions consacré cinq pages dans notre huitième édition, sortira un nouvel album en mars, son dernier remontant – tenez-vous bien – à 1990, soit il y a vingt-six ans. L’homme en rouge, qui contient les thématiques de notre édition spéciale « Noël 2015 », est le premier extrait de l’album et a déjà été dévoilé sur internet par l’artiste. Et Polnareff effectuera une grande tournée, avec deux dates en Suisse : le 28 mai à l’Arena de Genève et le 17 juillet à Sion. J’y serai ! Continuer la lecture de 2016, une grande année pour la chanson française

Pour la culture et le débat d'idées

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